Actualisé 21.02.2020 à 15:53

Mésanges contre chenilles urticantes? «Ça ne marchera pas»

Jura

Pour favoriser un espéré prédateur à plumes, 200 nichoirs ont été fabriqués pour la commune de Courrendlin. Le plan laisse sceptique.

par
lematin.ch
À la menuiserie des Castors de Porrentruy (JU), Dominique et Daniel ont fabriqué 200 nids pour Courendlin (JU).

À la menuiserie des Castors de Porrentruy (JU), Dominique et Daniel ont fabriqué 200 nids pour Courendlin (JU).

lematin.ch/Vincent Donzé

L'évasion de chenilles urticantes a fait se gratter jusqu'au sang tout un quartier de Courrendlin (JU), l'été dernier. Seule l'intervention d'un désinfestateur avait permis d'éliminer les colonies processionnaires installées dans des chênes. La stratégie choisie pour éviter une récidive? Poser 200 nichoirs à mésanges, fabriqués par un atelier protégé de Porrentruy.

La stratégie communale est détaillée dans «Le Quotdien Jurassien»: cent nichoirs sont posés par la commune, les villageois étant invités à en poser cent autres dans leur jardin avant la fin de l'hiver, moyennant une petite contribution.

Piège à phéromones

Le maire Joël Burkhalter a d'autres tours dans son sac, comme des pièges à phéromone. Mais les nichoirs formeront l'essentiel de la riposte, à condition d'être posés à une hauteur de cinq mètres, pas trop au soleil, ni trop à l'ombre, ni trop au vent.

«Les mésanges sont de super-auxiliaires lorsqu'on sait qu'elles consomment une quarantaine de chenilles par jour», explique dans le QJ un collaborateur scientifique de l'Office cantonal de l'environnement.

Au 6e stade

Ce spécialiste jurassien indique que les poils urticants n'apparaissent sur les chenilles processionnaires du chêne qu'au 6e stade de leur développement. Mais pour le directeur romand de Birdlife Suisse, la pertinence de la méthode est douteuse.

«Seul le coucou mange les chenilles urticantes», soutient François Turrian. Problème: aucun nichoir ne s'adresse à lui: «Quand ce squatter pond douze œufs, c'est dans douze nids d'une autre espèce», rappelle-t-il. Aucune chance de voir un coucou entrer dans un nichoir dont le diamètre du trou est adapté aux mésanges bleues, huppées, nonnettes et noires.

Muqueuse intestinale

Pourquoi le coucou est-il l'unique mangeur de chenilles urticantes? «Il est le seul à pouvoir régurgiter ses poils en recrachant sa muqueuse intestinale. Cette façon de retrousser son estomac n'appartient qu'à lui», explique le directeur romande de BirdLife Suisse

Problème supplémentaire avec les chenilles processionnaires: leur cocon de soie tissé sous une branche pour une colonie entière est impénétrable.

Avec la mésange, la commune de Courrendlin a-t-elle misé sur un mauvais cheval? «Chercher un moyen de lutte naturel, c'est toujours intéressant. Et la mésange servira à manger la pyrale du buis», nuance François Turrian.

Contre le chenille processionnaire, son opinion est faite: «Ça ne marchera pas».

Vincent Donzé

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