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IntempériesMétéo fatale pour les rapaces

Un nombre record de ces oiseaux aux becs crochus sont victimes du mauvais temps. Surtout chez les très jeunes.

par
Pascale Bieri

«En trente-neuf ans, je n'avais jamais vu ça!» Hier encore, Patrick Jacot, responsable du Centre ornithologique de réadaptation (COR) à Genthod (GE), a reçu deux jeunes rapaces victimes de la météo catastrophique de ces derniers temps. Ce qui porte à une soixantaine, le nombre de faucons, de buses ou encore de chouettes et de hiboux, parfois proches de l'agonie, «hospitalisés» au cours des deux derniers mois. Un triste record.

«C'est dramatique! De nombreux nids ont été projetés au sol suite à des coups de vents, de la grêle ou de fortes pluies. Sur 4 ou 5 petits, il en reste parfois un que les gens retrouvent totalement détrempé et souvent en état d'hypothermie», explique Patrick Jacot.

Des nichées tardives

Mais pourquoi les jeunes rapaces sont-ils tout particulièrement frappés par ces intempéries? Simplement, parce qu'ils nichent plus tardivement que la plupart des autres oiseaux. Et qu'en plus les nichées ont été retardées par la météo. «En principe, les jeunes s'envolent début juin. Là, on a remarqué qu'il y a encore de tous petits poussins», souligne l'ornithologue. Et il n'est pas rare qu'ils meurent carrément au nid. «La femelle reste aussi longtemps que possible sur eux pour les réchauffer. Dans un premier temps, c'est le mâle qui se charge de ramener la nourriture, mais une fois qu'ils sont un peu grands, et qu'ils mangent davantage, elle doit aussi se mettre à chasser. Du coup, les petits sont exposés à la pluie et ils prennent froid.»

Bref, les oisillons recueillis au Centre sont tout d'abord placés en nursery dans des éleveuses (des cages avec de la chaleur et de l'humidité), puis ils prennent place dans des cages de quarantaine, équipées d'un peu de végétation et de troncs pour se percher, et enfin dans de grandes volières où ils apprennent à voler, avant d'être relâchés bagués.

Dans l'assiette des chats

La plupart des pensionnaires viennent de Genève, mais aussi des autres cantons romands et de France voisine. C'est notamment le cas d'un faucon pèlerin, qui a été récupéré près de Bonneville (F). Une espèce particulièrement rare (en Suisse, on ne compte plus que 300 couples nicheurs).

Là, il s'agit d'un adulte. Car les grands aussi souffrent de la météo. Et dès qu'ils sont affaiblis, ils ne parviennent plus à résister au froid. Ce qui est arrivé à ce pèlerin. «Une dame le nourrissait au sol depuis quelques jours. Il mangeait même dans la gamelle des chats… Elle a donc trouvé cela étrange et nous a contactés.» Mais le rapace n'aurait-il pas pu être pris en charge en France? «Il n'y a plus de station de soins dans la région pour des questions économiques», explique Patrick Jacot.

Car toutes ces structures, y compris le COR, fonctionnent grâce au bénévolat et aux dons. Ce qui devient de plus en plus difficile. A titre d'exemple, pour remettre d'aplomb ce faucon, qui souffrait de nombreux endoparasites et qui n'avait plus que la peau et les os, il faudra compter 250 fr. de nourriture (caille et filets de volaille), 300 fr. de médicaments et 200 fr. de frais de transport. La facture est encore plus élevée pour des jeunes ou des oiseaux blessés qui nécessitent des interventions vétérinaires. Mais voilà qui n'empêche pas Patrick Jacot de rêver du jour où il relâchera son bel oiseau. «Je l'imagine déjà perché sur son rocher, dans la montagne.»

Pour tous renseignements ou oiseaux trouvés, vous pouvez appeler le 079/624.33.07

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