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Témoignage«Michael était comme mon frère»

Première mondiale: la justice française a décidé de dédommager cinq fans éplorés pour la peine ressentie lors de la mort de Michael Jackson. Dont une Neuchâteloise.

par
Renaud Michiels
La Neuchâteloise Myriam Humbert-Droz est fan et collectionne toutes sortes d'objet se rapportant à Michael Jackson: tableaux, vêtements, grande statuette, etc.

La Neuchâteloise Myriam Humbert-Droz est fan et collectionne toutes sortes d'objet se rapportant à Michael Jackson: tableaux, vêtements, grande statuette, etc.

Yvain Genevay

L'invraisemblable est venu avant-hier du Tribunal d'Orléans. Condamné à 4 ans de prison pour l'homicide involontaire de Michael Jackson, le Dr Murray a été sanctionné pour la peine qu'il a infligée à des fans du Loiret, au sud de Paris. Et à une Neuchâteloise. «A ma connaissance, c'est la première fois au monde qu'un préjudice affectif est reconnu suite à la mort d'une pop star», s'est félicité l'avocat des requérants, Emmanuel Ludot.

«On a gagné! J'ai gagné!»

Le Dr Murray a été condamné à verser 1 euro symbolique à cinq des 34 plaignants. «Je ne l'ai pas su tout de suite. Je regardais les infos sur M6, on parlait de Hollande, d'Obama et voilà qu'ils annoncent qu'on a gagné! Que j'ai gagné! C'était dingue, je n'y croyais pas. L'important, c'est que nous avons obtenu cette reconnaissance que nous sommes des victimes», explique Myriam Humbert-Droz. Cette Neuchâteloise fait partie de l'association «Michael Jackson Community», créée et menée par Myriam Walter, du Loiret. Qui fait, elle aussi, partie des gagnantes. «J'ai presque fait un bond de trois mètres, j'étais hyperheureuse. Après deux ans de bagarre, je ne croyais pas que ça allait passer», nous raconte-t-elle. Cette victoire est avant tout celle de cette Française de 56 ans qui arbore un logo de la star tatoué sur sa poitrine. «Au lendemain de la mort de Michael, j'ai vu la détresse de fans, des déprimes, des dépressions. Il y a même eu des suicides. J'ai contacté un avocat qui m'a dit qu'un préjudice moral pouvait être reconnu.»

Abus d'antidépresseurs

Avocat qui a donc plaidé la souffrance vécue par ses clients, étayée par des témoignages ou des dossiers médicaux où il est question de boîtes d'antidépresseurs trop vite vidées. «Le jour de sa mort, j'étais à Genève pour prendre un train. J'ai vu des bougies, des photos. J'ai compris et j'étais comme tétanisée», se souvient Myriam Humbert-Droz. «En ce qui me concerne, je ne parlerais pas de dépression mais j'ai été énormément affectée.» Son amie française dit, elle, avoir ressenti «un gigantesque manque».

De là à être dédommagées, de là à être considérées comme victimes du décès d'un homme qu'elles ne connaissaient pas… Le préjudice affectif est habituellement réservé aux proches, par exemple aux parents d'une personne assassinée. Résultat, les commentaires acerbes pleuvent et beaucoup jugent la décision de la justice française risible voire indécente. «Oui, je sais, certains ne comprennent pas, trouvent ça bizarre, exagéré. C'est difficile à expliquer, mais il était comme mon frère, un membre de ma famille, il fait depuis toujours partie de ma vie», répond la Neuchâteloise.

Myriam Walter, elle, tente de rire des critiques. «On me traite de folle, d'illuminée. Sauf que la justice nous a donné raison. Alors si je suis une illuminée, je suis fière de l'être! On nous dit que ce n'était pas un proche, mais j'ai grandi avec Michael, il est au moins très proche de mon cœur. Je sais évidemment qu'il y a bien plus grave dans le monde, mais ça n'empêche pas que des fans puissent souffrir. La seule critique qui m'atteint est de balancer qu'on veut se faire du pognon sur le dos de Michael. On parle de cinq euros!»

Les deux Myriam admettent être des fans absolues du roi de la pop. Avec toute la panoplie. «Je suis une grande collectionneuse. J'ai tout ou presque: vitrine, tableaux, grande statuette, etc. Et je m'habille parfois comme lui pour des spectacles, la totale», sourit la Suissesse. «J'ai mon musée, mes posters, les billets pour Londres qui resteront à jamais inutilisés. Oui, il prend une très grande place, il fait partie de la maison», raconte la Française.

Pour elles, la reconnaissance de leur statut de victimes a un second immense intérêt. Il leur permet de faire une demande – au maire de Los Angeles comme à la mère de Michael Jackson – pour accéder à la tombe de la star, qui n'est pas publique. «Je rêve d'un voyage en fin d'année», souffle Myriam Walter. «Se recueillir sur sa tombe ce serait, comment dire… ça me tient énormément à cœur», commente la Neuchâteloise rattrapée par l'émotion.

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