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InterviewMichel Cymes: «Je ne suis ni dragueur ni puant»

Le docteur le plus drôle de la télévision française est le héros d'une bande dessinée. Avant de, peut-être, jouer le vétérinaire dans une série.

par
Laurent Flückiger
Michel Cymes et sa comparse Marina Carrère-d'Encausse.

Michel Cymes et sa comparse Marina Carrère-d'Encausse.

Visual Press Agency

Le médecin le plus populaire de la télévision française, c'est lui: Michel Cymes, 56 ans, chirurgien spécialisé dans l'ORL. Depuis des années, il n'y a pas un bêtisier où on ne voit le bon docteur provoquer un fou rire à sa comparse, Marina Carrère-d'Encausse. Car, quand France Télévisions ne fait pas appel à lui pour une émission sur la médecine, Michel Cymes anime depuis 1998 quotidiennement et avec humour «Le magazine de la santé» sur La cinquième puis sur France 5. Une émission où il n'est jamais à court de vannes, surtout quand le sujet touche au sexe.

«La vanne de trop», justement, c'est le titre d'une BD qui vient de paraître dont Michel Cymes est le héros. Après s'être fait virer de la télé pour avoir ridiculisé une patiente, le personnage ouvre son propre cabinet médical, qui devient le théâtre de situations les plus cocasses. Au fil des pages, Dr Cymes est décrit comme quelqu'un de pas très fréquentable. Rien que de la fiction? Réponses de l'intéressé, joint au téléphone.

Dans cette BD, on découvre un Dr Cymes imbu de lui-même, dragueur et pas vraiment à l'écoute de ses patients. Laquelle de ces caractéristiques vous correspond?

Ah mais attention, c'est que de la caricature. Je suis ni dragueur ni puant!

Vous avez déjà risqué de vous faire virer de la télévision?

Franchement, non. Je fais très attention. C'est sûr que quand on fait des vannes, on peut déraper. Ma règle, c'est que si j'hésite à la faire, je ne la fais pas.

Vous recevez des plaintes de téléspectateurs?

Jamais. Ou alors on me les enterre. (Rires.) Si les gens n'ont pas envie de sourire ou d'apprendre des choses, ils ne regardent pas l'émission.

Dès le lancement, en 1998, du «Magazine de la santé», vous avez montré qu'on pouvait faire de l'humour en parlant de la santé. Pourquoi cette volonté?

Au début de l'émission, je déconnais et on me disait que ce n'était pas possible de faire ça. Finalement, j'ai ajouté de l'humour petit à petit. Mais ce n'était ni un but ni une préméditation, j'ai juste laissé parler le naturel. Et comme il n'y a pas eu de baisses d'audiences, j'ai continué. Aujourd'hui, avec le recul, les gens nous disent que ça rend le sujet plus digeste.

Le Dr Cymes de la BD dit que ses deux raisons de vivre sont son émission et sa femme. Vous vous retrouvez là-dedans?

La médecine, c'est ma passion. Ma femme, et plus généralement ma famille, est ma deuxième priorité. Sans aucune hiérarchie entre les deux.

Vous avez besoin qu'on vous reconnaisse dans la rue?

Le besoin, non. Est-ce que ça me plaît? Je ne me pose pas la question, ça fait partie du métier. Je n'en ai pas fait une obsession.

Mais vous êtes le médecin le plus populaire de France, c'est juste?

C'est difficile à dire. Le plus populaire du paysage audiovisuel français, probablement.

Etre héros d'une BD, c'est une consécration?

En réalité, c'est une idée de Sébastien Mao, le scénariste, que je ne connaissais pas. Il m'a présenté un projet que j'ai trouvé crédible et je l'ai aidé avec des anecdotes qui me sont arrivées avec des patients. Par exemple, des gens qui viennent avec toutes sortes d'objets hétéroclites coincés à l'intérieur de leur corps. Des patients qui me dictent leur ordonnance ou d'autres qui me font du gringue.

Qui vous font du gringue depuis que vous passez à la télé?

Avant aussi.

Est-ce que Michel Cymes devient une marque?

Certains pensent que coller mon nom à quelque chose de médical va le crédibiliser, certes. Mais est-ce une marque? Je n'en sais rien.

Vous exercez toujours à côté de vos passages à la télévision?

Oui! Mais, attention, je n'exerce pas à côté, c'est la télévision qui est un à-côté. Je consulte deux à trois matinées par semaine et c'est une priorité! Grâce à Marina (ndlr: Carrère-d'Encausse), qui prépare l'émission, j'ai une grande liberté.

Le regard de vos patients a-t-il changé depuis que vous passez à la télévision?

Pas vraiment. J'ai des patients que je vois depuis longtemps. Et j'ai une secrétaire médicale qui a un vrai savoir-faire pour trier les vrais patients de ceux qui ne viendraient que parce que je passe à la télévision.

Vous ne craignez pas qu'avec cette BD et votre personnage, les gens pensent que vous exercez mal?

C'est surtout que je ne veux pas qu'on pense que cette bande dessinée est une autopromotion. Que j'ai pété les plombs. Que je me mets en scène.

Seize ans et le succès du «Magazine» ne tarit pas. Comment vous l'expliquez?

L'intérêt pour la médecine est plus fort aujourd'hui. Et ce, pour deux raisons. Les gens sont passionnés par les nouvelles découvertes et on n'arrête pas de leur dire qu'ils vont vivre plus longtemps. Ils sont d'accord avec ça, mais ils veulent être en bonne santé. Il y a donc une vraie prise de conscience par rapport au dépistage et à l'hygiène de vie, notamment.

En 2009, vous aviez imité de façon remarquable Dr House pour le lancement d'un site de vidéos santé. Qu'avez-vous de commun avec lui?

L'humour pince-sans-rire, peut-être. Sinon, pas grand-chose. J'aimerais surtout avoir un taux de réussite à 100% comme le sien. Mis à part cela, je ne connais pas bien les séries médicales. Je regarde très peu la TV et quand c'est le cas, j'ai plutôt envie d'autre chose.

Et d'avoir vous-même un rôle dans une fiction un jour?

Eh bien justement, la semaine dernière j'ai tourné le pilote d'une série à format court pour France Télévisions. J'y joue le rôle d'un vétérinaire! Il y avait notamment Elie Semoun. Je me suis éclaté. Mais c'est un pilote, donc à voir si ça se fait ou non.

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