Publié

Présidentielle chilienneMichelle Bachelet en tête mais contrainte à un 2e tour

L'ex-présidente Michelle Bachelet est arrivée dimanche largement en tête du premier tour de la présidentielle chilienne.

Michelle Bachelet salue ses partisans.

Michelle Bachelet salue ses partisans.

Keystone

Michelle Bachelet devra affronter sa rivale de droite Evelyn Matthei lors d'un second tour pour avoir échoué à dépasser les 50% des voix nécessaires pour éviter ce duel.

Après dépouillement de 96,46% des suffrages, Mme Bachelet est créditée de 46,73% des voix contre 25 % à Mme Matthei, selon le Service électoral (Servel). Ce face-à-face entre deux femmes est inédit dans l'histoire du Chili.

Evelyn Matthei, 60 ans, première femme investie par la droite chilienne pour une présidentielle après une cascade de retraits de leaders conservateurs, a créé la surprise. Avec 25%, elle a dépassé les scores de 14 à 21% pronostiqués par les instituts de sondages.

«Très près du but»

«Nous avons fait un grand effort et nous avons été très près du but», a commenté Michelle Bachelet. Cette socialiste de 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d'un pays sud-américain en 2006, était la grande favorite du scrutin.

Elle a présidé le Chili entre 2006 et 2010. A l'époque, la Constitution l'avait empêchée de postuler à un second mandat consécutif.

La participation des quelque 13,5 millions d'électeurs chiliens a été estimée à 56% par le président Sebastian Pinera, mais les chiffres officiels seront connus avant mardi. Aux municipales d'octobre 2012, l'abstention avait atteint 60%.

Destins bouleversés

Radicalement opposées politiquement, les deux postulantes à la présidence se connaissent depuis l'enfance. Lorsque Michelle avait six ans et Evelyn quatre, les fillettes se côtoyaient sur la base aérienne de Cerro Moreno, à Antofagasta au nord du Chili. Leurs familles étaient voisines et leurs pères très amis.

Mais le coup d'État d'Augusto Pinochet contre le président socialiste Salvador Allende, le 11 septembre 1973, devait bouleverser leur vie. Alberto Bachelet fut torturé à mort pour sa fidélité à l'égard du président déchu. De son côté, Fernando Matthei fit partie de la junte militaire jusqu'à devenir responsable hiérarchique du lieu de détention de son ami.

Programme de réformes

Michelle Bachelet est appuyée par une large coalition, la «Nouvelle majorité», regroupant communistes (qui n'ont pas participé à un gouvernement depuis 40 ans), démocrates-chrétiens et divers courants socialistes. Elle a promis de répondre aux attentes d'un pays différent de celui qu'elle avait quitté en 2010 pour diriger Onu-Femmes, organisme des Nations unies pour l'égalité des sexes.

L'ex-présidente a promis un ambitieux programme de réformes. Ce programme est notamment fondé sur une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature, une réforme fiscale envisageant une augmentation de l'impôt des sociétés destiné en particulier à une refondation du système éducatif. Il prévoit aussi l'amélioration du système de santé et des services publics.

Dans cette société chilienne très conservatrice, Mme Bachelet envisage de légaliser l'avortement, interdit au Chili, même à des fins thérapeutiques, et d'ouvrir le débat sur l'union entre personnes de même sexe. Evasion fiscale

De son côté, Evelyn Matthei n'envisage pas de «changements profonds» dans la société chilienne. Son projet libéral, inscrit dans la continuité du gouvernement de Sebastian Piñera, prône un meilleur contrôle de l'évasion fiscale et de la redistribution des ressources.

Sur l'éducation, un des grands thèmes de la campagne, Evelyn Matthei s'est contentée d'annoncer la création, si elle est élue, de subventions aux familles et non aux établissements scolaires, sans remettre en cause un système éducatif à deux vitesses hérité de la dictature.

Des élections législatives et sénatoriales étaient aussi organisées dimanche afin de renouveler la totalité de la Chambre des députés et plus de la moitié du Sénat (20 sénateurs sur 38). Les réultats n'étaient pas encore connus tôt lundi matin (en Suisse).

(ats)

Ton opinion