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VisiteMichelle fait la tête, «mais elle va adorer»

Les Alémaniques sont nombreux à traverser le pays pour assister au Salon de l'auto de Genève. Entre copains, mais aussi en famille.

par
Guillaume Laurent

Saliver devant de belles carrosseries est une affaire d'hommes. Les préjugés sont formels et les statistiques le prouvent: seuls 19% des visiteurs du Salon de l'auto de Genève sont des femmes. Que ce soit entre collègues, cousins ou beaux-frères, le déplacement représente pour tout mâle une occasion unique: une journée entièrement dédiée aux gros moteurs, charmantes hôtesses et autres jantes chromées. Pourtant, certains décident de sacrifier bières et blagues vaseuses pour partager leurs fantasmes automobiles avec leur compagne et leurs enfants. Rencontre avec deux familles dans le train entre Berne et Genève.

«On est tous les trois contents d'y aller», affirme Patrik Oswald, aux côtés de sa femme et de sa fille. Mais Michelle, 11 ans, n'a pas l'air tout à fait d'accord avec son papa. Elle secoue la tête et fronce les sourcils. Son truc à elle, c'est le snowboard. Et elle ne comprend pas bien pourquoi elle a dû quitter ses montagnes enneigées d'Engadine pour aller admirer des voitures. «C'est parce qu'elle n'a encore jamais vu le Salon, mais elle va adorer», souffle Patrik convaincu. Partis le matin précédent de Saint-Moritz, les Oswald ont traversé toute la Suisse pour se rendre à Genève. Après une nuit passée à Berne, ils sont sur le point d'arriver à destination, juste à temps pour l'ouverture des portes. Sonia, qui, elle, partage l'enthousiasme de son mari pour les voitures, trépigne d'impatience: «Ça fait plus de vingt ans que nous ne sommes pas venus, ça m'a manqué!»

Des chiffres en baisse

Tous deux accros aux belles mécaniques, Patrik et Sonia avaient renoncé au pèlerinage genevois depuis qu'ils ont décidé de fonder une famille. Mais lorsque leur fils de 18 ans a annoncé qu'il comptait s'y rendre avec des amis, ils n'ont pas pu résister. «On y pensait depuis quelques années déjà et ça a fini de nous convaincre», glisse Patrik.

En train ou en voiture, entre copains ou en famille, le Salon de l'auto de Genève attire de moins en moins d'Alémaniques. C'est en tout cas ce que révèle l'enquête commandée l'année dernière par l'organisateur. De 55% des entrées suisses en 2008, ils ne représentaient plus que 40% de l'affluence nationale en 2013. Aux alentours de Palexpo, ils sont cependant encore nombreux à s'exprimer dans la première langue nationale.

Il est 16 h et la bière coule à flots dans le train retour qui s'apprête à quitter la gare de l'aéroport de Genève. Principalement composés d'hommes, les groupes parlent fort, se réjouissent des merveilles automobiles qu'ils ont découvertes et se plaignent de leurs jambes fourbues.

Simon Birrer, lui, carbure à l'eau plate et aux biscuits. Comme les Oswald, il a choisi de venir à Genève en famille, avec sa femme Ruth et leur fils Raphael. Lorsqu'il raconte le Salon, papa a les yeux qui brillent: «J'étais encore un ado quand je suis venu la première fois. C'était il y a plus de vingt ans, avec ma copine de l'époque», s'enthousiasme-t-il, avant de s'arrêter net et d'échanger un rire gêné avec sa femme. «On fait toujours tout en famille», reprend cette dernière. La journée a été longue pour les Birrer: pour être parmi les premiers à Genève, l'expédition a commencé avant 7 h à Kriens (LU). Mais du haut de ses 10 ans, Raphael, casquette d'une marque de luxe vissée sur la tête, a toujours le sourire aux lèvres: «Moi, j'aime bien venir. Mais je crois que ça fait encore plus plaisir à mon papa.» Et ce dernier de rebondir, d'un sourire comblé: «Aujourd'hui, il s'est assis dans au moins 50 voitures.»

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