14.12.2017 à 12:12

«MICHKA» LE CANICHE EST ACQUITTÉ!

Justice

Il y a un an, le chien écopait d'une amende de 350 francs pour avoir fait pipi à Genève.

par
Valérie Duby
Agnès a confié son soulagement en retrouvant «Michka» devant le Tribunal de police.

Agnès a confié son soulagement en retrouvant «Michka» devant le Tribunal de police.

Yvain Genevay

Bien au chaud dans son sac marine, «Michka» le caniche ne sait pas que sa maîtresse vient de remporter une grande victoire. Hier, devant le Tribunal de police de Genève, Agnès, sa propriétaire, a pu se faire entendre. Enfin. Elle a raconté son histoire, comment en ce 11 novembre 2016, à la sortie du bus, «Michka» a lâché trois petites gouttes sur le passage Montbrillant. «Un homme derrière moi m’a crié: «Madame, madame, madame!» C’était un policier, très agressif. Il m’a demandé mes papiers. Je tremblais au point que je n’arrivais pas à les sortir», se souvient la septuagénaire qui recevra une bûche de 350 francs (200 francs d’amende plus 150 francs d’émoluments) quelques jours plus tard. Sur le banc des accusés du tribunal, on présente une photo des lieux du «crime» à Agnès qui entoure au crayon rouge les trois gouttes d’urine de «Michka».

Au bout de l’absurde

L’amende de 350 francs, Agnès la contestera devant le Service des contraventions qui reverra son tarif à la baisse: 160 francs. Insuffisant. Agnès et son avocat, Me Robert Assaël, ont voulu aller jusqu’au bout de cette affaire et de son absurdité. Hier, devant le Tribunal de police, l’avocat pénaliste genevois a rappelé que l’article 21 de la loi sur les chiens (sur lequel repose la contravention) évoque une déjection. Ce qui n’a rien à voir avec l’urine. Me Assaël rappelle aussi comment l’affaire «Michka» est quasi devenue une «affaire d’État», ayant été évoquée comme une Genferei outre-Sarine, ayant conduit à une pétition lancée par Manuel Alonso Unica, président du Mouvement de défense des propriétaires de chiens de Genève et qui a recueilli plus de 5000 signatures. «Imaginez, 350 francs d’amende, cela fait 120 francs la goutte. C’est deux fois le tarif si vous êtes amendé au volant en téléphonant…» Et Me Assaël de s’interroger: «Qu’aurait dû faire ma cliente pour empêcher «Michka» de faire pipi? Lui mettre des Pampers?»

Soulagée

Après délibération, le Tribunal de police a rendu son jugement. «Sans le zèle de ce policier, nous n’aurions pas débattu sur la sémantique du mot déjection», relève son président, Patrick Monney. «Pour en revenir sur un plan plus strict et aride du droit, le fait est que madame n’aurait pas pu faire cesser le bref soulagement de son meilleur ami.» Agnès est donc acquittée. Elle remercie les juges, embrasse son avocat, ses amis venus la soutenir avec leurs chiens devant le Palais de Justice. La septuagénaire s’en va retrouver «Michka» qui l’attend. «Je suis soulagée, évidemment, confesse-t-elle. Mais je me demande quand même comment j’ai pu me retrouver devant un tribunal!» La semaine dernière, Agnès a vu un individu qui urinait sur la vitrine d’un restaurant du passage Montbrillant. Il n’y avait personne pour l’amender…

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