E3 2018: Microsoft met du charbon dans la machine à produire des jeux

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E3 2018Microsoft met du charbon dans la machine à produire des jeux

Le géant américain a annoncé des investissements massifs dans le développement de nouveaux titres. Les effets peinent à se faire sentir à court terme.

par
Jean-Charles Canet

La conférence E3 2018 de Microsoft en 3 minutes.

Les grandes manœuvres de l'industrie du jeu vidéo commencent cette semaine avec l'ouverture de l'Electronic Entertainment Expo (E3) à Los Angeles (du 12 au 14 juin). Et comme a l'accoutumée, le salon est précédé des conférences des principaux acteurs du secteur. Samedi, Electronic Arts (éditeur des licenses «FIFA», «Star Wars» et «Battlefield») a eu l'honneur d'ouvrir le feu avec un show généralement considéré comme assez mou, appréciation qu'il nous sera difficile de contredire.

Le gros morceau s'est cependant déroulé dimanche soir à 22h00 précise avec la première conférence «constructeur», en l'occurence de Microsoft dont le département «gaming» gère autant du hardware – la console Xbox One – et du software. L'an dernier le géant américain avait longuement présenté la Xbox One X, une machine de mi-génération, sortie à la fin de l'année 2017, plus puissante que le modèle original mais 100% compatible. Cette année, c'est sur le plan des jeux que Microsoft était attendu au tournant, la firme de Redmond ayant été peu heureuse en matière de jeux exclusifs original ces dernières années surtout en comparaison de son grand rival Sony et sa PlayStation 4. Ce dernier en effet, pendant que Microsoft annulait le développement de titres à problèmes, alignait des jeux de premier plan avec la régularité du métronome.

Microsoft a-t-il réussi son coup, celui qu'il ne devait pas manquer? Son ouverture l'a laissé penser avec la révélation d'un nouvel épisode de la saga phare du studio «Halo», titré «Halo Infinite».

La bande-annonce, plutôt un teaser, était à la fois intrigante et spectaculaire mais sans révélation sur le gameplay, ce qui laisse entendre qu'il faudra attendre encore de longs mois avant de voir la couleur de la superproduction.

Alors, ces exclusivités?

Le reste du spectacle, mené sans temps morts ni digressions inutiles, a consisté au dévoilement d'une cinquantaine de titres dont 18 qualifiés «exclusif». Dans cette dernière catégorie force est de constater que l'annonce de «Halo Infinity» n'était pas un arbre qui cache la forêt, loin de là. Une clairière tout au plus. Pour cette année, la seule exclu digne de ce nom prend une nouvelle fois la forme d'un jeu automobile: «Forza Horizon 5». Et, pour le reste, il faudra faire avec des contenus supplémentaires pour «Player Unknown Battlegrounds» (qui garde son titre d'exclusivité console) et pour «Sea of Thieves», jeu de pirates bac à sable , qui en bien besoin. Et il faudra attendre 2019 pour la suite du catalogue maison, soit l'arlésienne «Crackdown 3» (cette fois daté pour le mois de février) et le très mignon «Ori and the Will of the Wisps», jeu de plateforme dont le mois de sortie n'est pas encore précisé. Les gamers peuvent enfin espérer un nouvel épisode de la saga «Gears of War» (baptisé cette fois «Gears 5»). A vue de nez, cet épisode qui, selon de sa bande-annonce, paraît vouloir secouer un tantinet le cocotier, devrait débarquer pour le fêtes de Noël... 2019.

«World Premiere» à qui en veut

Ces annonces stratégiques ont été réparties dans une alignée, par ailleurs impressionnante, de «World Premiere», soit des jeux qui sortiront sur plusieurs plateformes, dont la Xbox, mais qui sont officiellement présentés pour le première fois. On retient avant tout «Cyberpunk 2077», parce que CD Projekt Red, le développeur du jeu de rôle «The Witcher» est derrière. Et «Devil May Cry 5» parce que c'est le retour d'un titre mythique après une très longue absence.

Montage des principales annonces de la conférence de Microsoft à l'E3 2018

Voilà pour les jeux. On relève que Microsoft n'a fait aucune annonce matérielle (pas de casque de réalité virtuelle pour la Xbox, par exemple). On relève également que Microsoft, par la voix de Phil Spencer, patron de la division jeux vidéo, a pris le temps de réaffirmer sa volonté de rester un acteur majeur dans cette industrie particulière et, pour ce faire, a confirmé le retour d'investissements massifs dans le secteur. Cela se traduit par la création d'un tout nouveau studio de développement aux Etats-Unis (The Initiative à Santa Monica) et par le rachat de Playground Games (le studio créateur des «Forza»). Des procédures d'intégration dans le giron sont par ailleurs en cours pour Ninja Theory (dont le dernier haut fait est le jeu «Hellblade»), Undead Labs («State of Decay 2») et Compulsion Games («We Happy Few»).

Sur le long terme

La principale difficulté pour Microsoft est que cette dernière annonce produira des effets, certes, sans doute, mais surtout sur le long terme. Sur le court, Big M est condamné à continuer de s'appuyer surtout sur des productions tierces partagées («Shadow of the Tomb Raider», «Battlefield V»...) en proclamant à qui veut l'entendre que les plus belles versions se retrouveront sur la Xbox One X, console actuellement la plus puissante du marché. Argument pertinent mais qui peut être discuté au cas par cas.

Pour notre part, on espérait découvrir l'existence d'au moins un jeu original, exclusif et à forte valeur narrative ajoutée. Une nouvelle licence à même de se hisser aux niveaux atteints dans l'écurie Sony par «Horizon Zero Dawn» en 2017 ou de «God of War» en 2018. Force est de constater que ce ne fut pas le cas.

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