Asile: Migrants: cantons mieux préparés que d'autres
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AsileMigrants: cantons mieux préparés que d'autres

Face à la pression des arrivées de migrants relativement forte dans toute la Suisse, les cantons sont très inégaux.

Un migrant devant l'ancien dépôt Heineken à Renens qui accueillera jusqu'en mars 2016 un maximum de 70 personnes.

Un migrant devant l'ancien dépôt Heineken à Renens qui accueillera jusqu'en mars 2016 un maximum de 70 personnes.

Keystone

A Zurich, les communes devront accueillir sept migrants pour 1000 habitants dès le 1er janvier 2016 contre cinq actuellement. Les maires montent au créneau. Face à la pression des arrivées de migrants relativement forte dans toute la Suisse, certains cantons sont mieux préparés que d'autres.

A Genève, près de 1000 requérants d'asile ont été accueillis cette année, a dit Bernard Manguin, porte-parole à l'Hospice général. Au total, plus de 6000 personnes vivent pour moitié dans les centres d'hébergement, dont 400 en abris de protection civile et pour moitié dans des logements individuels.

Près de 1000 d'entre elles ont obtenu un statut qui leur permettrait de quitter ces structures d'accueil. La crise du logement explique essentiellement cette situation.

Réquisition de logement

En moyenne, un requérant reste quatre ans et demi dans le circuit de logement de l'asile à Genève. Selon Bernard Manguin, les capacités d'accueil sont dépassées, tandis que l'année n'est pas terminée.

C'est là que le canton peut faire appel aux communes, avec plus ou moins de succès. Pour faire plier les récalcitrantes, Genève vient de se doter du dispositif Osiris, par voie d'arrêté, lui permettant de réquisitionner des abris PC ou autres logements.

Dans le canton voisin, Vaud dispose déjà de cette possibilité, explique Evi Kassimidis, chargée de communication de l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM), l'organisation qui gère la prise en charge, l'assistance et l'hébergement des requérants d'asile. Le département cantonal de l'économie et du sport peut ainsi obliger une commune de plus de 2000 habitants à mettre à disposition son abri PC.

Se dédouaner politiquement

«Le département concerné y a souvent recours», par exemple dans la région nyonnaise. Mais des communes jouent aussi le jeu de la solidarité, comme Renens. D'autres en revanche demandent expressément que le canton réquisitionne «officiellement» l'abri PC: cela permet à leurs autorités de se dédouaner politiquement auprès de la population, pas toujours favorable à l'accueil de migrants.

Comme à Genève, près de 6000 migrants sont accueillis dans les immeubles de l'EVAM, les abris PC ou autres logements individuels. Là aussi, quelque 900 d'entre eux auraient déjà pu quitter ces structures.

«Nous posons un délai pour les célibataires, mais c'est déjà plus difficile avec les familles», relève Céline Kolhprath. Le séjour dans les abris PC peut aller jusqu'à neuf mois, voire un an, «ce qui est considérable».

Contrairement à Zurich, les cantons de Genève et Vaud ne fixent pas de quota par commune. L'EVAM se réfère toutefois à un ratio pour éviter une trop forte densité de migrants par endroits.

Le système des quotas existe en revanche entre Confédération et cantons, en rapport à leur population. Vaud reçoit ainsi du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) le devoir d'héberger 8% des requérants ayant déposé une demande d'asile en Suisse. Cela devrait avoisiner 3000 personnes pour 2015. A Genève, le taux est fixé à 5,7%. Il est de 17% à Zurich et de 13,5% à Berne.

Tentes et maisons en kit

Tandis que les présidents des communes zurichoises montent au créneau pour s'insurger contre les demandes du canton, dans le canton de Berne, des requérants dorment sous des tentes chauffées, comme à Kappelen-Lyss depuis le mois de septembre. En Argovie, le canton a aussi recours à des tentes, mais vient en outre d'acheter 200 maisons en kit d'IKEA, les mêmes qu'utilise le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU.

Le SEM a annoncé en début d«année qu«il fallait compter cette année avec 29'000 ( ou- 2500) personnes, a rappelé Céline Kohlprath, porte-parole. Mercredi soir, son collègue Martin Reichlin précisait à la télévision publique alémanique SRF que les autorités fédérales ont revu à la hausse ces estimations, avançant plutôt les chiffres de 34'000 arrivées.

Les échanges sont réguliers avec les cantons. Le SEM les informe de l«évolution de la situation pour qu«ils puissent prendre leurs dispositions, a poursuivi Mme Kohlprath.

Appréciation politique

Selon Caritas à Genève, qui s'est occupé jusqu'à peu de l'accueil des migrants avant de transmettre le flambeau à l'Hospice général, l'appréciation est différente selon les cantons et les communes. Ceux-ci estiment souvent, comme à Zurich, être avertis trop tard: c'est là qu'entre en jeu l'appréciation politique au-delà des faits.

Car en Suisse, le rapport à l'asile reste ambivalent. Le peuple a dit oui à plusieurs durcissements dans le domaine de l'immigration au cours de ces dernières décennies. Reste qu'il fait aussi preuve de solidarité en accueillant des requérants à domicile, ou en travaillant comme bénévoles dans des abris PC: «Nous n'avons jamais reçu autant d'appels de personnes souhaitant venir en aide aux migrants», a relevé Evi Kassimidis.

(ats)

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