Espagne - Migrants: la photo d’un bébé sauvé des eaux émeut la planète
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EspagneMigrants: la photo d’un bébé sauvé des eaux émeut la planète

Un bébé de 2 mois a été secouru au large de l’enclave espagnole de Ceuta, où de très jeunes migrants affluent depuis lundi.

Le sauveteur ne savait pas si le bébé était mort ou vivant lorsqu’il l’a récupéré.

Le sauveteur ne savait pas si le bébé était mort ou vivant lorsqu’il l’a récupéré.

Guardia Civil

L’image d’un bébé sauvé des eaux a fait le tour du monde, suscitant une énorme émotion et est devenue le symbole de ce qui se déroule dans l’enclave espagnole de Ceuta. Le bébé migrant a été secouru par un membre de la Guardia Civil espagnole au large du petit port espagnol puis donné à un membre de la Croix-Rouge.

«Il était gelé, froid, il ne faisait pas de geste», a témoigné le sauveteur dans «El País», disant ne pas savoir s’il était mort ou vivant au moment où il l’a récupéré. «Notre travail habituel consiste à récupérer des corps morts dans les eaux. Mais cette fois, nous avons dû secourir des personnes vivantes, de tous les âges, dans toutes les conditions, et faire le tri entre ceux qui avaient le plus besoin de notre aide», a-t-il ajouté. Le bébé qui aurait deux mois se porte bien, selon la presse espagnole.

8000 candidats à l’exil

Depuis lundi, une marée humaine de plus de 8000 candidats à l’exil, en grande majorité des Marocains, a rejoint sans entraves le petit port espagnol à la faveur d’un relâchement des contrôles frontaliers: parmi eux, un nombre impressionnant de jeunes partis seuls ou d’enfants en bas âge, emmenés par leur famille. On a aussi vu des adolescents seuls, parfois très jeunes, tenter leur chance à la frontière, arriver par la mer sur la plage espagnole, se faire refouler ou traîner dans les rues de Ceuta.

«Je cherche ma fille de 15 ans, elle est sortie de la maison pour traverser, une autre fille m’a dit l’avoir vue à Ceuta, je n’ai pas de nouvelles, personne ne sait rien», déclare à l’AFP, visiblement inquiet, Abdelhak Bouchahtaoui, un quinquagénaire croisé près de la frontière.

De nombreux parents s’approchent des barrières barrant la route vers l’Espagne dans l’espoir d’avoir des nouvelles de leurs enfants partis de l’autre côté. Venue en catastrophe de Tanger, Ouafa a été «soulagée» de retrouver son fils de 15 ans, même si elle a, dans un premier temps, «espéré qu’il ait réussi à passer la frontière».

«Ma mère ne cesse de m’appeler pour que je revienne mais l’aventure ne me fait pas peur», lâche Abdellah, 16 ans, refoulé mardi par les gardes espagnols. Le jeune déscolarisé depuis deux ans et employé comme mécanicien à Tanger, a passé la nuit dans un jardin près du passage frontalier. D’autres ont investi les ruelles de Fnideq, où les habitants leur ont donné à boire et à manger.

«Aucun avenir» au Maroc

«Je n’ai aucun avenir ici, je veux travailler pour aider ma famille», peste Mohamed, arrivé mercredi à Fnideq après une longue marche. Adossé sur un mur en bas d’un immeuble de la petite ville côtière marocaine, il ne regrette pas d’avoir abandonné ses études pour tenter sa chance.

Comme lui, la plupart des mineurs désireux de s’exiler viennent d’un milieu défavorisé, sont déscolarisés et exercent parfois des petits métiers pour survivre. À Fnideq, tous rêvent d’une nouvelle brèche dans les contrôles frontaliers.

Au moins 4800 migrants, dont 1500 mineurs, ont été expulsés depuis lundi, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol. Cet afflux «impressionnant» de mineurs vers la frontière est une première, pour Omar Naji, un militant marocain des droits humains qui suit la question migratoire. «Leur expulsion par l’Espagne est contraire aux traités internationaux des droits des enfants», s’indigne-t-il. «Les autorités marocaines les ont impliqués pour faire pression sur l’Espagne à des fins politiques», condamne-t-il du même souffle.

«Je retenterai ma chance»

Mercredi après-midi, le flux vers Ceuta a peu à peu décru. Les quelques téméraires qui tentaient de rallier l’enclave à la nage ont été rapidement ramenés vers la rive marocaine par la marine royale. Côté espagnol, ceux qui arrivaient par la mer ont été très vite appréhendés et ramenés vers la frontière.

Si Abdellah se résigne à attendre, ayant de quoi «survivre quelques jours», son compagnon Hassan, 17 ans, a décidé de rentrer à pied chez lui, à Tanger. Il «rêve de vivre en Europe» mais ne veut pas «prendre le risque de partir aujourd’hui». «Un jour ou l’autre, je retenterai ma chance et j’y arriverai», dit-il.

En 2018, le Conseil économique, social et environnemental du Maroc (CESE), un organisme officiel, s’était alarmé du fossé «vertigineux» séparant les 11 millions de jeunes Marocains de la société et du «défi majeur» posé par leur insertion sociale.

Décrochage scolaire, chômage, emplois peu qualifiés, bas salaires, absence de couverture sociale les jeunes de 15-34 ans, qui représentent un tiers de la population, restent les grands oubliés de la croissance, selon ce rapport. La situation s’est encore aggravée avec la crise liée à la pandémie du Covid-19. L’an dernier, deux jeunes urbains étaient au chômage, selon les chiffres officiels.

(AFP/R.M.)

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