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SuisseMigros troublée par l'alcool

Le distributeur multiplie les stratégies pour vendre des spiritueux malgré la règle édictée par son fondateur. Addiction Suisse souligne pourtant l’importance de celle-ci.

par
Fabien Feissli
On ne trouve pas d’alcool dans les rayons de Migros, mais le géant orange en vend tout de même via ses filiales.

On ne trouve pas d’alcool dans les rayons de Migros, mais le géant orange en vend tout de même via ses filiales.

Keystone

Aller chercher de l’alcool à la caisse accueil de votre Migros est désormais possible. Mis en place cette année par le distributeur, le système PickMup permet de faire livrer des produits de n'importe quel magasin du réseau orange dans votre supermarché de quartier. Et donc, des spiritueux. Car si Migros se plie toujours à la volonté de son fondateur, Gottlieb Duttweiler, de ne pas vendre d’alcool, ses filiales LeShop.ch, Globus, Migrolino et Denner proposent, sans sourciller, des spiritueux. Le dernier cité, souvent à la sortie d’un supermarché orange.

En 2012, Claude Hauser, alors président sortant de la Fédération des coopératives Migros allait même plus loin. «Avoir du vin en rayon, travailler avec des vignerons suisses ne poserait absolument aucun problème», déclarait-il au dominical alémanique Sonntag. Une proposition restée lettre morte depuis. La règle de Gottlieb Duttweiler tient bon. «Même s’ils utilisent différents subterfuges pour la contourner, ils ne peuvent pas faire une croix publiquement sur les valeurs fondatrices de Migros», analyse Guillaume Roud de l’agence de communication Trio. Pour lui, ne pas vendre de l’alcool fait désormais partie de l’ADN du distributeur.

Porte-parole de l’entreprise, Tristan Cerf abonde. «Cela n’a pas de logique commerciale mais cela fait partie de notre identité», explique-t-il. Il n’imagine pourtant pas voir de sitôt de l’alcool dans les rayons des supermarchés du géant orange. «Après plusieurs votations, les coopérateurs ont montré qu’ils tiennent à ce principe et ne désirent pas changer nos statuts», ajoute-t-il.

«Ne pas être tentés»

Du côté d’Addiction Suisse, Corine Kibora salue la politique menée par Migros. «C’est l’assurance pour les jeunes ou pour les personnes qui ont surmonté une maladie liée à l’alcool de pouvoir faire leurs courses sans être tentés», détaille-t-elle. La porte-parole ajoute que cette interdiction permet également de rappeler que l’alcool n’est pas une boisson ordinaire.

Si elle regrette que l’objectif de santé publique prôné par Migros soit aujourd’hui écorné par les différentes stratégies de contournement mises en place, Corine Kibora comprend que l’entreprise soit prise dans une tension entre leurs valeurs historiques et la logique économique. «Et finalement, ce n’est pas à une entreprise privée d’assumer seule cette responsabilité. C’est à la Confédération d’avoir une stratégie sur la manière dont on veut mettre l’alcool à disposition, en tenant compte des coûts sociaux liés à sa consommation.»

Migros ne vend pas d'alcool, mais...

PICKMUP

Le nouveau système de livraison mis en place par le distributeur permet de se faire livrer des spiritueux à la caisse accueil de son supermarché.

DENNER

Rachetés en 2007 par Migros, les magasins Denner, qui eux vendent des spiritueux, fleurissent à l’intérieur des centres commerciaux orange.

MIGROLINO, LESHOP.CH, GLOBUS

Malgré les réticences de la maison mère, les différentes filiales de Migros proposent de l’alcool sans sourciller.

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