11.09.2017 à 04:36

Mike Horn: «Mon voyage le plus difficile»

Exploit

L’aventurier a traversé seul l’Antarctique en 57 jours. Une expédition qui aurait pu presque être sa dernière. Rencontre lors de sa venue à Lausanne.

par
Fabio dell'Anna
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L'aventurier s'est confié sur sa femme Cathy, disparue en février 2015. Ci-contre, à Zurich le 22 novembre 2014.

L'aventurier s'est confié sur sa femme Cathy, disparue en février 2015. Ci-contre, à Zurich le 22 novembre 2014.

picture alliance R4311 / Mandoga Media / DPA
L'aventurier et explorateur, Mike Horn, publie «L'Antarctique, le rêve d'une vie», retraçant ce périple dont il rêvait depuis l'enfance.

L'aventurier et explorateur, Mike Horn, publie «L'Antarctique, le rêve d'une vie», retraçant ce périple dont il rêvait depuis l'enfance.

Maxime Schmid / Le Matin
L'aventure a duré 57 jours dans des conditions extrêmes.

L'aventure a duré 57 jours dans des conditions extrêmes.

Il y avait de l’électricité dans l’air hier. Quelques heures avant sa première conférence sur sa traversée de l’Antarctique, à la salle Métropole de Lausanne, Mike Horn était nerveux. Très nerveux. «Je ne suis pas doué pour présenter. Je le fais pour payer mes expéditions. C’est tout», nous dit-il avec sa franchise légendaire. Mais, une fois assis, un café à la main, à parler de son exploration, le Sud-Africain de 51 ans se relaxe. Au fil de la conversation, un sourire se dessine et les traits du visage s’adoucissent.

En mai 2016, il était parti de Monaco pour un tour du monde à la verticale avec son projet «Pole2Pole». Une première et, surtout, une folie. Aujourd’hui, il a réussi la moitié de son pari. «C’était une course permanente pour rester en vie», résume-t-il. Il a longé l’Atlantique en bateau avec son équipe pour rejoindre les côtes de la Namibie avant de traverser seul le désert de Namib. Il a pris ensuite la direction de sa terre natale pour embarquer de nouveau sur son voilier et se diriger vers le pôle Sud. «Le bateau est arrivé à environ 200 km du point de départ. La glace ne voulait plus se briser. J’ai dû m’arranger avec mon itinéraire. On avait déjà perdu presque un mois sur le programme», explique-t-il.

Une course contre la montre

Selon Mike Horn, le moment idéal pour cette traversée est «entre octobre et décembre». «À cette période, la lumière est présente durant 24 heures et les températures sont plus agréables. Il ne fait que –30 degrés. Alors que ça peut descendre jusqu’à –90», précise-t-il. Il a frôlé le sol glacé le 12 décembre. Parcourir 5100 km avec un traîneau pesant 220 kilos, tiré parfois à l’aide d’un kite, en si peu temps paraît mission impossible. Cinquante-sept jours plus tard, il a réussi l’exploit.

Très humble, l’habitant de Pully (VD) répète à plusieurs reprises: «Tout le monde peut le faire. J’ai peut-être un peu plus de mental grâce à mes anciennes expériences.» La clé pour celle-ci a été de changer de rythme pour rattraper le temps perdu. «Mes journées ne comptaient plus 24 heures mais trente. Je dormais cinq heures et je mangeais pendant cinq heures.» Il avalait entre 6000 et 12 000 calories par jour.

Dans ses réserves, on trouvait de l’huile d’olive, du beurre de cacao, des noix de macadamia, du chocolat et des repas lyophilisés. Quant à l’eau, c’était un autre problème. «Je devais marcher sur la glace pour la faire fondre. Je buvais sept litres le matin et sept le soir. Je ne pouvais pas faire de réserve car pendant mes déplacements l’eau gelait.» Au final, il a perdu plus de 18 kilos. «Plus le temps passait, plus je devenais faible. Mais je ne pouvais rien lâcher. J’étais obligé de faire mieux que la veille», dit l’aventurier en souriant.

La mort de près

La mort, il y a pensé à plusieurs reprises. Il l’a même frôlée durant ce périple. «Il s’agit certainement de mon voyage le plus difficile. Quand tu tombes en kite avec un vent à 45 km/h, il n’y a aucun moyen de t’arrêter. Je risquais de me fracasser contre la glace. Mes yeux étaient fatigués, la neige me paralysait, tout se passait très rapidement… Et j’étais seul. L’unique solution était de rester calme.»

Tous les jours, l’explorateur se dépassait et trouvait la force d’avancer grâce à ses souvenirs. «J’avais envie de rentrer vivant pour mes filles (ndlr: Jessica et Annika). Je suis parti car elles m’ont poussé à le faire. Depuis le décès de ma femme, Cathy (ndlr: en février 2015), je pensais que ma place était à leurs côtés. Elles m’ont dit que j’avais tort, que je devais partir.» Un conseil qui a pris tout son sens lorsqu’il est enfin arrivé au bout de cette première étape: «J’étais heureux d’être vivant. Cette sensation d’apprécier la vie, c’est le sentiment le plus beau.»

Mike Horn repartira dans quelques semaines pour continuer son périple à travers les forêts de la Nouvelle-Calédonie, la jungle de la Papouasie pour «une promenade de santé», la Russie et finalement attaquer, pour la deuxième fois de sa vie, le pôle Nord. «Je trouve mes plaisirs en faisant des choses complètement normales. Aujourd’hui, pour moi «normal» signifie: traverser les deux pôles», lâche-t-il dans un éclat de rire.

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