Motocyclisme: Misano, un an après
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MotocyclismeMisano, un an après

En septembre 2017, Aegerter et Lüthi passaient la ligne d'arrivée en tête sur le circuit italien. Que reste-t-il aujourd'hui?

par
Jean-Claude Schertenleib Misano

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10 septembre 2017

Pluie sur le circuit Marco Simoncelli de Misano Adriatico. Deux hommes surfent sur l’asphalte glissant, presque seuls au monde. Ils sont nés à 46 kilomètres (étrange coïncidence chiffrée, pas vrai les fans?) de distance. Le No 77 est le premier à passer la ligne, un peu plus d’une seconde devant le No 12, qui fait l’immense opération du week-end, lui qui se bat alors pour le titre mondial Moto2. Dans leur tour d’honneur, ils sont rejoints par un troisième Helvète, venus d’un peu plus loin à l’est, du côté de Zürich, il se nomme Raffin. Jesko Raffin et signe du même coup ce qui est alors sa meilleure performance de la saison. Trois Suisses dans le top 10, l’un d’entre eux bien placé pour la course au titre, un autre qui attendait ce moment depuis plus de trois ans, depuis sa première et alors seule victoire en Allemagne, en 2014.

C’est la fête au pied du podium. Dominique Aegerter et Tom Lüthi ne portent plus les mêmes couleurs, on raconte qu’ils ne sont pas les meilleurs copains du monde, mais ils sont bien là, à s’embrasser, à crier, bientôt à chanter. A pleurer. Les drapeaux suisses sont beaux au cœur de la marée jaune – on est ici en territoire «rossien» – et dans une cabine de télévision, deux potes retiennent à peine leurs pleurs au micro. Le moment est historique, le futur prometteur. Tom va rouler en MotoGP, Domi va lui succéder régulièrement en tête des pelotons et Jesko sera plus qu’une alternative en cas de pépins, une valeur sûre.

Que reste-t-il un an après? 0 point pour Tom Lüthi en 11 courses en MotoGP. Dominique Aegerter est dix-septième du championnat du monde Moto2, cela fait deux courses de suite qu’il n’arrive pas à marquer de points, donc qu’il ne trouve plus la porte du top 15. Et Jesko Raffin a dû redescendre en championnat d’Europe, une compétition qu’il domine certes, mais dont le niveau est si faible cette année que ses victoires et ses podiums ne pèsent pas grand-chose à l’heure des décisions futures.

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6 septembre 2018

Soleil de plomb sur le circuit Marco Simoncelli de Misano Adriatico. Tom Lüthi fête son 32e anniversaire. Il a eu droit à un gâteau, les messages affluent sur son portable. Qu’aimerait-il s’offrir comme cadeau? Un bain de jouvence de dix ans, afin de tout (ou presque) recommencer? «Pas vraiment, non. J’ai tellement appris pendant ces dix dernières années, que je ne regrette pas de les avoir vécues. Mieux, je continue d’apprendre et cela m’aidera l’an prochain, puis après...»

Misano 2017: Lüthi allait récupérer les 25 points de la victoire un mois plus tard, la moto de Dominique Aegerter ayant été déclarée non conforme (trace d’une huile non homologuée lors des essais qualificatifs du samedi). Misano 2018: De la grandeur à la déchéance du sport motocycliste suisse: «Chacun de nos cas est différent. Moi, je peux parler de moi. Après Misano, j’ai encore eu quelques belles courses en Moto2, puis il y a eu l’accident des essais en Malaisie. J’étais une nouvelle fois vice-champion du monde, j’avais un contrat pour le MotoGP, mais j’allais, en raison de mes blessures, commencer cette nouvelle aventure avec un handicap.» Un handicap qui diminue au fil des courses, mais qui ne lui a pas encore permis de marquer ces fameux premiers points: «Je n’ai pas sous-estimé mon défi, mais ce serait un mensonge de dire que je m’attendais à cela, je ne pensais pas rencontrer autant de difficultés.» Amer anniversaire? «Non, pas du tout. Il me reste sept occasions en MotoGP. Puis, il y aura la nouvelle Moto2.» Okay, vivement Misano 2019...

Dominique Aegerter. Tendu comme un arc. Fatigué de tenir le même discours et, plus encore, de les entendre dans les bouches gourmandes des propriétaires de teams qui ont une place à offrir... contre beaucoup d’argent: «Oui, j’ai des contacts. Non, je n’ai rien de concret, parce que je n’ai pas un contrat devant moi à signer. Tous disent la même chose: il faut voir, on doit en parler avec nos partenaires, etc...» Etrange moment, étrange monde, où l’on fait bouillir la soupe jusqu’à ce que le couvercle de la casserole explose; où l’on met aux enchères des places. Ce ne sont pas les marchés de Provence de Gilbert Bécaud:

«Voici pour cent francs du thym de la garrigue,

un peu de safran et un kilo de figues.

Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches,

ou bien d'abricots?»

Non, cela ressemble plus à de sordides marchandages de province:

«Pour un demi-million, tu peux rouler chez moi,

pas b’soin d’aller vite, ne t’mets pas en émoi.

Donne-moi aussi, une enveloppe sous la table,

ou du cash palpable?»

Il est là, Dominique, pas à compter en public, mais dans sa tête. A se remémorer sa vie de ces douze derniers mois: la victoire annulée, le décès soudain de son patron, la vente de l’équipe à un repreneur qu’on n’a jamais vu, l’opération sauvetage, le crowdfunding et l’accident d’entraînement, au cœur de la saison: «La seule erreur qui peut m’être imputée, je l’assume. Mais je dois m’entraîner. Et pas seulement dans une salle de sports...» Il affirmera encore: «Je sais toujours piloter...» On en est persuadés. Vivement Misano 2019...

Jesko Raffin. Souriant parce que de retour dans le paddock non pas seulement dans le costume de consultant pour «SF», mais bien comme pilote. De remplacement. Pour, si tout va bien, quatre courses, dont le GP d’Australie sur ce circuit de Phillip Island qu’il adore et où il est si brillant. Quatrième l’an dernier, quand bien même le système l’avait déjà classé comme «cas non intéressant.» A moins de 22 ans. Bon Misano 2018, Jesko!

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