Actualisé 13.04.2018 à 04:57

Mise en jambes avec un crack en Valais

Défi

«Le Matin» va participer à la Patrouille des Glaciers pour vous raconter la course de l’intérieur. Le recordman de l’épreuve, Florent Troillet, est notre coach.

par
Laurent Grabet
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Florent Troillet, recordman de l'épreuve.

Florent Troillet, recordman de l'épreuve.

Sebastien Anex
Florent Troillet (à g.) explique à notre journaliste comment maîtriser l'art subtil des virages en Z.

Florent Troillet (à g.) explique à notre journaliste comment maîtriser l'art subtil des virages en Z.

Sebastien Anex
Ou comment retirer de sa spatule les peaux de phoque collées pour venir à bout des montées sans glisser en arrière.

Ou comment retirer de sa spatule les peaux de phoque collées pour venir à bout des montées sans glisser en arrière.

Sebastien Anex

La Patrouille des Glaciers, la PdG pour les intimes ou ceux qui - comme nous - rêvent de le devenir, ça ne s’improvise pas! Histoire de mettre toutes les chances de notre côté de boucler cette épreuve aussi mythique qu’interminable, on s’est dit que suivre en avant-première un des cours de préparation que Florent Troillet envisage de mettre sur pied ne pouvait pas faire de mal.

Le garde-frontière valaisan de 36 ans est retraité du circuit depuis 2015 et champion du monde 2010, dix petites secondes devant un certain Kilian Jornet, l’Espagnol étant considéré comme la référence mondiale du ski-alpinisme. Son record de 5h52’, établi sur la PdG 2010 avec Martin Anthamatten et Yannick Ecœur, tient.

Ne pas connaître l’élimination

Le 17 avril prochain, mes coéquipiers et moi, nous nous satisferions volontiers d’un temps deux fois plus long pour venir à bout des 53 km et des 4000 m de dénivelés positifs reliant Zermatt à Verbier.

Mais même pour se montrer à la hauteur de cette modeste ambition, pas de secret: beaucoup, beaucoup, beaucoup d’entraînement s’impose. «Faudra investir du temps pour ne pas trop souffrir et passer les trois barrières horaires avant l’élimination», nous prévient d’emblée Florent Troillet de sa voix calme.

Le hic, contraintes familiales et professionnelles obligent, c’est que mes coéquipiers et moi ne sommes pas certains de pouvoir engranger ne serait-ce que le tiers des 100 000 m de dénivelés positifs sur les skis généralement conseillés pour se frotter avec aisance à ce mythe de l’ultraendurance. Notre «victoire» n’en sera que plus belle, espère-t-on. Ou notre échec plus cuisant… «Vu que vous faites pas mal de cardio toute l’année, ça devrait passer», nous rassure notre coach, qui semble être aussi un recordman en matière de modestie et de gentillesse.

Le champion s’adapte à nos obligations et à notre condition physique honorable et nous prescrit «seulement» trois séances de sport d’endurance par semaine, dont au moins une de 2 à 3 heures sur les lattes. «Un minimum», selon lui, pour espérer avaler les montées à l’allure de 650 m/h qu’il nous préconise. Pour le reste, il s’agit de soigner les détails techniques. C’est précisément pour cela que le Bagnard nous emmène à vive allure sur les pentes du Mont-Rogneux, son terrain d’entraînement favori. «Ils soulèvent des tonnes»

Belle occasion pour lui de constater que nous ne tombons pas dans le piège classique consistant à soulever, même modérément, nos skis à chaque pas en montée. Beaucoup de «peaux de phoqueurs» le font sans même s’en rendre compte. «Ils soulèvent ainsi du poids à chaque pas, soit des tonnes sur une course aussi exigeante que la PdG», explique Troillet, dont la paire de skis ne pèse que 1,5 kilo, fixations comprises, et qui nous prescrit d’en acquérir d’aussi légers.

Arrive une pente de plus de 30 degrés nous imposant des virages en Z et donc des conversions. Il y en aura pléthore sur la PdG et maîtriser le petit coup de talon rendant la chose facile et rapide est un plus qui nous échappe.

Le geste de Florent est encore plus épuré, gracieux et efficace lorsqu’il s’agit de gérer les transitions et notamment le dépeautage. En d’autres termes, le fait de retirer de sa spatule les peaux collées pour venir à bout des montées sans glisser en arrière. Le champion y parvient en quelques secondes sans même déchausser. Sachant qu’il y aura une quinzaine de transitions au long du parcours, il gagne ainsi un temps précieux. Idem pour les phases de portage, où l’on doit évoluer droit dans la pente les skis sur le sac. Il y en aura deux sur la course. Là encore, il est possible de le faire sans enlever son sac à dos. «On économise une énergie phénoménale en maîtrisant tous ces gestes», nous encourage Florent alors que nous tentons maladroitement de l’imiter.

En descente, le plus à l’aise doit être devant. Florent conseille vivement de s’entraîner à skier encordés – c’est obligatoire sur les portions crevassées du parcours – et que cela ne s’improvise pas. «Il faudrait aussi skier un peu de nuit à la frontale pour ne pas découvrir ça sur le début de la course», ajoute Troillet.

Pour ce qui est de l’état d’esprit, le Bagnard conseille de «garder toujours la volonté d’aller au bout tout en découpant mentalement le parcours en sous-objectifs intermédiaire». Sur la seconde moitié du parcours, les spectateurs seront là. Se doper à leur encouragement est autorisé et même chaudement conseillé. Question nutrition, il faut s’alimenter régulièrement et boire avant d’avoir soif, de la même façon qu’il faut mettre une couche supplémentaire d’habits avant d’avoir froid. Mais nous voilà déjà à la Cabane Brunet, objectif de notre randonnée «le ski-alpinisme pour les nuls». Le gardien, Jean-Marc Corthay, nous y accueille d’un chaleureux «Bienvenue à vous, obsédés de la spatule!» On veut y voir la preuve que nous nous sommes mués en patrouilleurs crédibles.

En bref

L’édition 2018 de la Patrouille des Glaciers, course militaire internationale de ski-alpinisme de l’armée suisse ouverte également aux civils, se tiendra du mardi 17 avril au samedi 21 avril, avec des départs échelonnés (programme complet sur le site www.pdg.ch). On parle de la «grande» Patrouille entre Zermatt et Verbier (53 km) et de la «petite» entre Arolla et Verbier (26 km).

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