10.11.2020 à 11:36

Hockey sur glaceMoins de public donc moins de pénalités? Pas si vite!

Depuis le début de saison, la moyenne de pénalités est supérieure à celle des années précédentes. Pourtant, l’absence de public aurait dû minimiser les émotions.

von
Grégory Beaud
Avec ou sans public, Tristan Scherwey ne change pas. 

Avec ou sans public, Tristan Scherwey ne change pas.

KEYSTONE

Avant d’ouvrir la fiche de calculs, l’idée était la suivante: constater que l’absence de public faisait diminuer le nombre de pénalités. Evident non? «Instinctivement, c’est ce que je pense aussi, avoue Nicolas Fluri, l’un des arbitres principaux de National League. Sur la glace, on remarque clairement qu’il manque un élément émotionnel. Tout le monde essaie de faire au mieux, mais c’est vrai que l’intensité n’est pas la même.» Cela doit donc se traduire par une baisse notables des pénalités.

Pourtant la réalité des chiffres est différente. Il n’y a certes que 45 matches de disputés contre 300 lors de la saison dernière. Mais une tendance se dessine. De 7,59 pénalités mineures sifflées la saison dernière, la moyenne par rencontre est passée à 8,55. Cela se traduit évidemment par un temps de power-play moyen plus grand. Lors de la saison 2019-2020, les équipes patinaient 5’30’’ en avantage numérique contre 6’28’’ pour l’exercice en cours avec, pourtant, un pourcentage de réussite sensiblement supérieur lors du présent championnat (de 19,53 à 20,63%), ce qui devrait en théorie induire des périodes de supériorité numérique plus courtes.

«La vidéo est intraitable»

Parmi les idées préconçues, il y a aussi celle qui veut que les arbitres sifflent davantage en faveur de l’équipe à domicile. Lors des trois dernières saisons, la formation évoluant devant ses partisans se voyait pénaliser respectivement 44%, 47% et 46% du temps. Sans cette pression populaire, qu’en est-il? Pour l’heure et grâce aux chiffres compilés par nlicedata.com, 48% des sanctions mineures sont infligées à la formation jouant à la maison. Un chiffre légèrement supérieur mais pas franchement significatif. «Pour moi, le public a toujours été un facteur de motivation, appuie Nicolas Fluri. Même pour un arbitre, cette pression est bonne. Et nos matches sont tout autant analysés que par le passé. Si nous faisons une erreur, la vidéo sera intraitable (rires).»

Nicolas Fluri (à g.)  entend davantage les joueurs sur la glace.

Nicolas Fluri (à g.) entend davantage les joueurs sur la glace.

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Sans surprise, c’est au niveau des pénalités que l’on peut qualifier d’émotionnelles que la différence est la plus grande. Lors du championnat précédent, les équipes écopaient en moyenne de 1’05’’ de pénalité pour dureté excessive. Et cette saison? A peine plus de 40’’ par match. «Il y a tellement de facteurs à prendre en compte, tempère notre interlocuteur. J’ai tendance à comparer un match de hockey à un puzzle. Dès qu’il manque une pièce, rien n’est pareil. Que ce soit les joueurs, les arbitres, le public, les coachs etc. Tout le monde joue un rôle. Pour vous donner un exemple, dans une patinoire où les vestiaires sont en retrait, nous n’avions pas l’impression qu’un match de National League allait avoir lieu dans quelques minutes. Alors si c’est étrange pour nous, je me rends bien compte que les joueurs doivent en souffrir également.»

Pour moi, le public a toujours été un facteur de motivation. Même pour un arbitre, cette pression est bonne.

Nicolas Fluri, arbitre de National League.

A compter de cette saison par contre, l’emphase a été mise sur les pénalités pour faire trébucher (tripping). En 45 rencontres, 82 sanctions ont été appelées pour une telle faute (1,82 par match). La saison dernière, cette infraction était sifflée en moyenne 1,38 fois par rencontre. Par le passé, il est souvent arrivé que les normes du début de saison évoluent au fil du championnat et qu’une ligne dure s’assouplisse semaine après semaine.

S’il préconise d’attendre la fin de saison pour voir si cette tendance va se poursuivre, Nicolas Fluri voit tout de même un petit côté «positif» à l’absence de public. L’interaction. «On entend largement plus les entraîneurs et les joueurs sur la glace, remarque-t-il. En règle général, je demande à mes juges de ligne de me donner le pouls de ce qu’ils entendent sur le banc. Avec cette nouvelle réalité, ce n’est plus vraiment nécessaire.» Au moins ça, même si cela ne compense évidemment pas tout le reste.

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