Révolté: «Mon bar n'est pas un tripot»
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Révolté«Mon bar n'est pas un tripot»

Un bistrotier neuchâtelois a été condamné pour avoir toléré que des immigrés jouent aux cartes leurs consommations dans son bar. Il fait recours en justice.

par
Vincent Donzé
Isak Halimi n’a pas du tout apprécié la descente de police dans son bar, à Peseux (NE).

Isak Halimi n’a pas du tout apprécié la descente de police dans son bar, à Peseux (NE).

Yvain Genevay

Quatre immigrés érythréens jouant au rami dans son établissement… C’est, au dire d’un bistrotier de Peseux (NE), la raison pour laquelle la police a effectué une descente au Bar 17. Dénoncé à la Commission fédérale des maisons de jeu, celui-ci a été poursuivi – et condamné – pour avoir organisé «à plusieurs reprises» des jeux de hasard. Selon le constat de police, le tenancier a «laissé des clients s’adonner à des jeux de cartes avec des gains en nature». Interrogés, les quatre immigrés ont admis avoir joué leurs consommations – des cafés ou, à l’occasion, un Coca Zero – au rami.

Circonstance aggravante pour Isak Halimi: les jeux de cartes achetés étaient laissés au bar pour être réutilisés la fois suivante. «Je me doutais qu’ils jouaient leurs consommations, mais j’ignorais que c’était illégal», a déclaré le bistrotier aux enquêteurs. Une ignorance qui lui a valu 1500 francs d’amende et 2570 francs de frais de procédure. Mais l’homme a aussi été condamné pour avoir refusé d’ouvrir les locaux annexes de son bar en exigeant, à tort, un mandat de perquisition. Cette procédure, jugée par le Tribunal régional du Littoral et du Val-de-Travers, lui a coûté 8 jours-amendes à 180 francs avec sursis pendant deux ans et 1170 francs de frais. «Les immigrés érythréens n’ont pas toujours de quoi payer une consommation, mais comme ils sont aimables et courtois, je les laisse jouer aux cartes», se défend Isak Halimi. Une mansuétude qui déplaît à certains citoyens peu contents d’assister à une concentration de migrants sur la Grand-Rue.

Un ancien PMU

S’il avoue avoir fermé les yeux sur des tickets de consommations joués dans son bar, le gérant kosovar assure qu’il n’aurait pas toléré des paris en liquide. «Mon bar n’est pas un tripot! J’ai même sorti tous les jeux de cet ancien PMU pour en faire un bar latino de karaoké», plaide-t-il.

Le bistrotier a décidé de recourir en justice pour contester les amendes et redorer l’image de son bar, mais aussi parce que l’intervention policière, dirigée selon lui «contre des gens de couleur», ne lui a pas plu. Une accusation réfutée par le porte-parole de la police Georges-André Lozouet: «Le contrôle n’était pas orienté contre les immigrés! Il est risible de sous-entendre que l’intervention était raciste, alors que les policiers eux-mêmes sont de multiples origines», lance-t-il.

S’il admet ne pas avoir ouvert spontanément la porte de ses locaux annexes, Isak Halimi précise que les huit policiers qui ont effectué la descente dans son bar n’y ont rien trouvé de répréhensible. Georges-André Lozouet affirme, quant à lui, que c’est justement le comportement réfractaire du gérant qui l’a mis dans le pétrin: «Quand on entrave tout, on est condamné», souligne-t-il. Isak Halimi peut s’attendre à d’autres descentes de police…

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