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footMondial-2014 - Italie: attention à la bête blessée (PAPIER GENERAL-DOSSIER)

Par Emmanuel BARRANGUET Rome, 22 mai 2014 (AFP) - Le calcio a baissé de niveau et se retrouve à nouveau confronté à sa violence, mais l'Italie n'est jamais aussi dangereuse que lorsqu'elle se présente en crise à un grand tournoi comme la Coupe du monde.

L'Italie joue-t-elle mieux les pieds dans la boue ? En 1982, la "Nazionale" a remporté la Coupe du monde espagnole grâce au grand pardonné Paolo Rossi, suspendu deux ans jusqu'à la veille du tournoi pour son implication dans le scandale du "Totonero" de 1980. En 2006, l'Italie a repris la couronne mondiale sur les braises du "Calciopoli". Et lors du dernier Euro, elle est encore parvenue en finale malgré l'opprobre suscité par les paris du "Calcioscommesse", avec descente de police à l'aube au centre d'entraînement de Coverciano à deux jours du départ pour la Pologne. Le sphinx italien n'a pas peur du scandale et débarque au Brésil encore secoué par les événements de la finale de la Coupe d'Italie, le 3 mai, où trois blessés par balles, dont un grave, ont rappelé que le calcio n'avait pas réglé son problème de violence dans les stades, ni celui des liens douteux entre foot et crime organisé dans les tribunes populaires. Malgré ce nouvel accroc à son image, l'Italie figure "au second rang des favoris", selon l'expression utilisée à la fois par le sélectionneur Cesare Prandelli et le gardien et capitaine Gianluigi Buffon. Pourtant sa place sur le grand Monopoly du football s'est dépréciée et l'Italie de club n'a plus d'hôtel Rue de la Paix. Cette année son seul représentant à la phase à élimination directe de la Ligue des champions, l'AC Milan, a été balayé par l'Atletico Madrid en 8e de finale (1-0/4-1). Et la Juventus, triple championne d'Italie, a baissé pavillon en demi-finale de la consolante, l'Europa League, contre le Benfica Lisbonne (2-1/0-0), représentant du Portugal, le pays qui a relégué l'Italie à la cinquième place du coefficient Uefa, résultat vécu comme un camouflet dans la Péninsule. Hormis celui de la Juve et San Siro, les stades italiens souffrent de la comparaison avec les enceintes ultra-modernes des autres pays, ils perdent des spectateurs à cause de la violence et de la télévision, et les champions désertent. Après Thiago Silva, Zlatan Ibrahimovic ou Edinson Cavani, tous partis au Paris SG, l'étoile naissante Paul Pogba risque aussi de disparaître à l'horizon, attirée par des clubs plus riches et plus forts. Mais si le foot de clubs va mal, la sélection brille. Et l'histoire parle pour l'Italie, quatre fois vainqueur du trophée (1934, 1938, 1982, 2006), équipe la plus titrée derrière le Brésil (cinq victoires). Cependant elle se retrouve confrontée à un problème de pyramide des âges. Les leaders des finalistes de l'Euro-2012 ont vieilli de deux ans, avec Buffon (36 ans) et Andrea Pirlo (35 ans). Le climat brésilien et les épines du groupe D, l'Angleterre et l'Uruguay, avec le Costa Rica, pourraient faire mal. La troisième star, Mario Balotelli (23 ans), n'a pas confirmé le niveau stratosphérique atteint un soir de doublé contre l'Allemagne en demi-finale de l'Euro-2012. Et la relève tarde à éclore. "Les jeunes doivent en faire plus, nous attendons plus d'eux, explique Prandelli à l'AFP, il y en avait tant au sortir de l'Euro, des grands espoirs... Il me semble qu'ils peinent un peu". Ciro Immobile a accompli la seconde moitié de saison en boulet de canon, terminant meilleur buteur de Serie A (22 buts), mais il n'a pu être testé qu'une fois en amical, contre l'Espagne (défaite 1-0), en mars. Prandelli voit pour l'attaquant du Torino un destin à la Paolo Rossi (1982) ou à la "Toto" Schillaci (1990), qui avaient explosé lors d'un Mondial. Immobile est capable d'éclairs de génie et de volées dans le petit-filet. La force de l'Italie reste une organisation collective impeccable, basée sur une défense 80% Juve (Buffon, Andrea Barzagli, Leonardo Bonucci, Giorgio Chiellini) et un sens tactique de tradition, sublimé par la science de Prandelli. eba/ol/jcp

(AFP)

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