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footMondial-2014 - Pérou: Il y a 50 ans, la tragédie du stade national de Lima (PAPIER D'ANGLE)

Par Carlos MANDUJANO Lima, 23 mai 2014 (AFP) - Le Pérou commémore samedi une des plus grandes catastrophes de l'histoire du football, survenue au cours d'un match contre l'Argentine il y a 50 ans et qui fit 320 morts au stade national de Lima à la suite d'un mouvement de foule dans les tribunes.

A quelques semaines de la grande fête planétaire de la Coupe du monde qui débute le 12 juin au Brésil voisin, le Pérou se souvient de ce fatal 24 mai 1964 alors que l'équipe nationale cherchait à se qualifier pour les jeux Olympiques de Tokyo. "Nous voulons envoyer un message contre la violence dans les stades et espérer qu'une catastrophe semblable ne se reproduira plus jamais, car ce qui s'est passé il y a 50 ans a endeuillé le monde entier", a déclaré Francisco Boza, directeur de l'Institut Péruvien du Sport (IPD). Le Congrès péruvien a observé jeudi une minute de silence en mémoire des victimes et une messe solennelle sera célébrée samedi dans la cathédrale de Lima, à laquelle sont invités les anciens joueurs de ce match tragique, dont l'ancienne star du football péruvien Hector Chumpitaz, âgé de 70 ans. Ce dernier avoue aujourd'hui à l'AFP que cette catastrophe l'a traumatisé et rempli d'angoisse chaque fois qu'il a dû fouler par la suite la pelouse d'un stade. "Quand j'arrivais au stade, la première chose que je faisais c'était de chercher des yeux les sorties de secours", dit Chumpitaz, évoquant ce dimanche fatidique de mai lorsque la décision de l'arbitre uruguayen Angel Eduardo Pazos d'annuler le but tant attendu des Péruviens mit le feu aux poudres. A la 88e minute de jeu, alors que le but concrétise un match nul contre l'Argentine, et que les Péruviens pensent obtenir leur billet pour le Japon, la décision du juge tétanise d'abord les quelque 47.000 spectateurs incrédules. Mais après quelques minutes de confusion, alors que joueurs et dirigeants péruviens en sont encore à protester, deux spectateurs ulcérés parviennent à escalader le grillage et, armés de bouteilles de verre brisées, à pénétrer sur la pelouse pour s'en prendre à l'arbitre. Le match est arrêté et aussitôt les policiers interviennent à coups de pied, de poings et matraquent les deux hommes. La foule descend alors des gradins, casse et jette les sièges en bois, repoussée par des chiens policiers et les gaz lacrymogènes. Dans ce déferlement de violence, la panique gagne les tribunes. La plupart des spectateurs tentent de fuir vers la sortie, mais les portes du stade restent fermées, provoquant un goulot d'étranglement fatal. C'est là que meurent écrasées, étouffées ou asphyxiées plus de 300 personnes. "La foule en colère brûla ensuite l'autobus qui transportait la sélection argentine, les portes du stade étaient comme enflées par la quantité de cadavres, comme s'il s'agissait d'une femme enceinte", se souvient Chumpitaz, considéré par la FIFA comme un des meilleurs défenseurs sud-américains du XXe siècle. Pour sa part, Eleodoro Diaz, 79 ans, un des survivants de la tragédie, évoque "un véritable moment de folie, personne n'y comprenait rien, tout le monde cherchait à fuir et ne trouvait pas la sortie, les femmes et les enfants pleuraient". "Cette tragédie a marqué ma vie, je n'avais jamais rien vu de pareil, les gens étaient debout, furieux, l'arbitre ne pouvait rien faire", ajoute-t-il. Après l'hécatombe, le stade sera fermé pendant 60 jours et des ingénieurs travailleront à améliorer la sécurité des installations sportives, placées désormais sous l'autorité du ministère de l'Intérieur et de la Fédération péruvienne de football. Aldo Panfichi, sociologue à l'Université catholique, estime pour sa part que "le détonateur" de la tragédie fut "la brutalité policière et l'utilisation des chiens pour réprimer" la foule. Après la suspension de la rencontre, l'Argentine fut en mesure de se qualifier pour les jeux Olympiques de Tokyo. Le Pérou, pays où le football déchaîne les passions, est privé de Coupe du monde depuis 1982. cm-ms/ag/ol/chc

(AFP)

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