Hockey - Mondial 2021 uniquement en Lettonie: la victoire de l’opposition biélorusse
Publié

HockeyMondial 2021 uniquement en Lettonie: la victoire de l’opposition biélorusse

Une partie de la population biélorusse savoure une victoire: après des mois de campagne, les opposants à Alexandre Lukachenko ont obtenu que leur pays ne coorganise pas l’événement, comme initialement prévu.

Le président Alexander Lukashenko.

Le président Alexander Lukashenko.

AFP

Le Mondial 2021 devait être une vitrine pour le Belarus et Alexandre Lukachenko, grand amateur de hockey sur glace. Mais l’évènement, dernier rendez-vous majeur pour ce sport avant les Jeux olympiques d’hiver 2022 de Pékin, n’a finalement lieu qu’en Lettonie, pays avec lequel le Belarus devait organiser conjointement le tournoi opposant jusqu’au 6 juin, les seize meilleures équipes du monde.

A la suite des manifestations de masse et une répression meurtrière après la réélection controversée de Lukachenko en août 2020, ses opposants ont aussitôt réclamé que l’organisation du championnat du monde soit retirée à leur pays. Ils ont été rejoints par la Lettonie qui, le 17 août, a annoncé qu’elle ne voulait plus que le Bélarus accueille l’événement, rompant avec des décennies de collaboration avec son voisin.

«Notre objectif principal est de tout faire, si la situation au Belarus ne change pas, pour déplacer le championnat ailleurs», avait alors déclaré le ministre letton des Affaires étrangères, Edgars Rinkevics. La Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) a longtemps temporisé, jusqu’à ce qu’elle décide en janvier dernier, après que les principaux sponsors retirent leur soutien, de faire une croix sur le Belarus et de confier l’organisation du Mondial-2021 à la seule Lettonie.

«Honte»

Dans un entretien avec un journaliste russe à l’époque, Alexandre Loukachenko avait qualifié cette décision de «honte» et déclaré qu’il n’y avait «aucune raison» de ne pas permettre au Bélarus de co-organiser le tournoi. Le président du Belarus depuis 1994 avait également cherché à minimiser ce revers, indiquant que «ça passera» et qu’il n’était «pas particulièrement inquiet à ce sujet».

Pour la cheffe de file de l’opposition biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, qui s’est présentée contre Alexandre Loukachenko aux élections de 2020 et qui l’a accusé d’avoir truqué ce vote, la décision de l’IIHF était en revanche «une victoire». «Loukachenko n’a pas réussi à prétendre que tout était sous contrôle», avait-elle écrit sur sa chaîne Telegram, alors que le Bélarus a connu des manifestations de masse sans précédent contre Aleksandre Loukachenko depuis l’élection présidentielle.

Le Belarus a tout de même riposté contre la décision de l’IIHF en interdisant les importations aux sponsors qui ont poussé aux sanctions, notamment le constructeur automobile Skoda et la marque de cosmétiques Nivea.

«Les gens nous écoutent»

La campagne anti-Loukachenko a notamment été menée par la Fondation bélarusse de solidarité sportive, présidée par l’ancienne nageuse Aliaksandra Herasimenia, vice-championne olympique 2012 sur 50 et 100 m nage libre. Selon elle, la décision montrait que la communauté sportive «ne participerait plus au théâtre politique (de Loukachenko). Elle montre que les Biélorusses ne sont pas seuls, que les gens nous ont écoutés et ont partagé notre chagrin commun», a-t-elle déclaré à l’AFP.

Elle a aussi espéré que d’autres fédérations sportives internationales suivent l’exemple du hockey sur glace, en désignant l’Union européenne de cyclisme alors que les Championnats d’Europe de cyclisme sur piste doivent avoir lieu au Belarus le mois prochain. Aliaksandra Herasimenia, qui vit maintenant en Lituanie, est recherchée au Belarus pour avoir prétendument «porté atteinte à la sécurité nationale», car les sportifs sont aussi ciblés.

Après la décision de la fédération internationale de hockey sur glace, le président de la Fédération bélarusse Dmitri Baskov avait ainsi qualifié de «traîtres» les sportifs biélorusses qui avaient fait campagne contre leur pays. «Nous regrettons que l’IIHF et les grandes marques internationales soient devenues victimes de jeux politiques autour du Belarus «, avait-il déclaré.

Si le Belarus n’organise plus le Mondial 2021, son équipe y participe toujours: elle affrontera notamment en phase de poules la Russie, la Suisse et la Suède, tandis que la Finlande, championne du monde en titre, sera opposée dans l’autre groupe entre autres à la Lettonie, au Canada et aux Etats-Unis.

(AFP)

Votre opinion