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IndignationMort sur l'A1: «C'est absolument inadmissible»

L'attitude d'un chauffeur de taxi qui a débarqué son passager de 18 ans sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute scandalise toute une profession.  

par
Benjamin Pillard
A l'instar de nombreux confrères, David Jacobi, de Taxi David SA à Nyon (VD), est partagé entre incompréhension et indignation.

A l'instar de nombreux confrères, David Jacobi, de Taxi David SA à Nyon (VD), est partagé entre incompréhension et indignation.

Christian Bonzon

«A moins d'être menacé de mort, rien ne peut excuser un comportement pareil.» A la tête de sa propre compagnie de taxi, basée à Nyon (VD), David Jacobi était sidéré lorsque nous lui avons appris le tragique accident de la route qui a impliqué un confrère, dimanche matin à l'aube. Un taxi circulant en direction de Genève a abandonné son client, un Genevois de 18 ans, sur l'autoroute A1, à la hauteur de la jonction de Coppet (VD). Le jeune adulte n'aura survécu que quelques minutes avant d'être percuté par un automobiliste, alors qu'il venait de franchir la berme centrale.

«C'est à la fois horrible et très surprenant», reprend David Jacobi. «On n'a pas l'habitude d'entendre un cas aussi extrême, c'est absolument inadmissible!» Une indignation partagée par toute une profession, qui peine à comprendre comment un chauffeur a pu en arriver à condamner son client à une mort certaine. Selon les premiers éléments de l'enquête de police, les deux hommes sont sortis du véhicule stationné sur la bande d'arrêt d'urgence, où une dispute a éclaté. Le passager aurait alors quitté les lieux de son propre chef, à pied. C'est en tout cas la version du chauffeur, auditionné dimanche, qui assure que son passager était ivre. La police cantonale vaudoise refuse pour l'heure de communiquer le lieu où le client a été pris en charge par le taxi, ni même le canton dans lequel la compagnie est basée.

Image des taximen ternie

«On aura du mal à savoir ce qu'il s'est passé», estime pour sa part Patrick Gavarel, directeur de la compagnie Taxi-Phone Genève, scandalisé par l'incident, sans être complètement incrédule. «En ville, débarquer un client arrive chaque week-end.» En cause: des clients avinés sur le point de vomir, ou qui signalent qu'ils ne pourront pas régler leur course. «C'est un peu triste, mais cela devient un phénomène banal, qui reflète la société d'aujourd'hui: on ne rate pas une occasion d'arnaquer son prochain.» Pour Francisco Alvaro, 25 ans de service chez AAA Taxis à Nyon, le taximan doit assumer le risque que son client ne paie pas. «C'est à nous d'être psychologue. On peut leur laisser un bulletin de versement. L'argent n'est pas tout dans la vie. On ne peut pas tuer quelqu'un parce qu'il est sans le sou!»

Quelle que soit la responsabilité du chauffeur, le mal est fait en termes d'image. «Les gens considèrent nécessairement le chauffeur pour fautif», soupire Patrick Gavarel. «C'est pourtant loin d'être systématiquement leur faute, compte tenu de l'agressivité grandissante des clients.» Seule certitude: le chauffeur risque d'être poursuivi pour homicide par négligence.

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