14.10.2020 à 01:52

Désarmement nucléaireMoscou refuse l’offre américaine de prolonger New Start

Le traité bilatéral New Start a été conclu en 2010 pour maintenir les arsenaux des deux pays bien en deçà de leur niveau pendant la Guerre froide.

Le négociateur américain Marshall Billingslea, ici à Vienne en juin, dirige depuis juin les pourparlers avec Moscou sur le traité bilatéral New Start venant à expiration début 2021.

Le négociateur américain Marshall Billingslea, ici à Vienne en juin, dirige depuis juin les pourparlers avec Moscou sur le traité bilatéral New Start venant à expiration début 2021.

AFP

Les États-Unis ont fait état mardi d’un «accord de principe» avec Moscou pour prolonger le traité de désarmement nucléaire New Start, pour subir aussitôt une rebuffade de Moscou qui a jugé «inacceptables» les conditions de Washington.

«Nous sommes en fait désireux de prolonger le traité New Start pendant un certain temps, à condition qu’ils acceptent en retour de limiter --de geler-- leur arsenal nucléaire», a déclaré le négociateur américain Marshall Billingslea qui dirige depuis juin les pourparlers avec Moscou sur le traité bilatéral New Start venant à expiration début 2021 -- juste après la fin de l’actuel mandat de Donald Trump, candidat à sa réélection le 3 novembre. «Nous pensons qu’il y a un accord de principe au plus haut niveau de nos deux gouvernements», a ajouté le diplomate américain lors d’une conférence en ligne organisée par le centre de réflexion Heritage Foundation.

La réponse, cinglante, de Moscou ne s’est pas faite attendre. «La Russie et les États-Unis ne se sont pas mis d’accord sur un gel de leurs arsenaux nucléaires», a tweeté la mission permanente de la Russie à Vienne. Un tel gel serait «inacceptable» pour Moscou, a déclaré aux agences russes le négociateur de Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov.

Le traité bilatéral New Start, conclu en 2010 maintient les arsenaux des deux pays bien en deçà de leur niveau pendant la Guerre froide, limitant à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1550 le nombre de têtes nucléaires sur ces lanceurs.

«Si les Américains étaient d’accord avec les documents que nous leur avons remis, et les acceptaient, un tel accord pourrait être conclu même demain. Mais dans des conditions avec de telles divergences, je ne peux même pas imaginer sur quelle base nos collègues à Washington émettent de telles hypothèses», a précisé Sergueï Riabkov à l’agence Ria Novosti. Selon lui, la Russie et les États-Unis ont encore «des points de vue différents sur la manière de renforcer le contrôle des armements à l’avenir».

Conclure «dès demain»

Pourtant, le négociateur américain avait écourté un voyage en Asie la semaine dernière pour rencontrer Sergueï Riabkov à Helsinki. Mardi, il a expliqué avoir alors senti que la Russie semblait prête à un compromis. Marshall Billingslea a aussi noté que Moscou devait encore donner son aval définitif à l’accord verbal avec son homologue russe et lui donner l’autorité nécessaire pour définir les détails d’un accord plus formel. «Nous sommes prêts à conclure cet accord. Nous pouvons le conclure demain, en fait», a-t-il dit.

Il a souligné que les États-Unis souhaitaient toujours que la Chine se joigne aux futures négociations de désarmement nucléaire. «Tout accord que nous conclurons avec les Russes doit être formulé et formaté de façon à nous permettre d’étendre cet arrangement aux Chinois lorsqu’ils rejoindront la table des négociations», a-t-il expliqué.

Les États-Unis insistent depuis le début des négociations pour que la Chine se joigne aux discussions, soulignant que l’arsenal chinois se développe à grande vitesse. Mais Pékin, qui considère que son arsenal est encore bien inférieur à celui de Moscou ou Washington, refuse de participer à des négociations tripartites.

La Russie et les États-Unis détiennent toujours, à eux deux, plus de 90% des armes nucléaires dans le monde, selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Washington dispose en 2020 de quelque 5800 ogives nucléaires et Moscou de 6375, contre 320 pour Pékin, 290 pour Paris et 215 pour Londres, selon l’institut suédois.

C’est le dernier accord nucléaire encore en vigueur après que le président américain Donald Trump a renié trois accords: celui sur le nucléaire iranien, le traité INF sur les missiles terrestres de moyenne portée, et le traité Ciel ouvert, ou Open Skies, visant à vérifier les mouvements militaires et les mesures de limitation des armements des pays signataires.

(AFP/NXP)

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