Actualisé 13.09.2018 à 08:14

N'y a-t-il qu'une seule personne corrompue à Berne ?

Editorial

En levant l'immunité du conseiller national Christian Miesch pour un soupçon de corruption passive, le Parlement a ouvert la boîte de Pandore. Quelle est la limite acceptable des contreparties touchées par les élus?

par
Eric Felley
Le 25 septembre, Christian Miesch (UDC/BL) quittait le Conseil national applaudi par ses collègues. Il y a fait trois passages entre 1991 et 2015. Le Ministère public de la Confédération le poursuit pour corruption passive.

Le 25 septembre, Christian Miesch (UDC/BL) quittait le Conseil national applaudi par ses collègues. Il y a fait trois passages entre 1991 et 2015. Le Ministère public de la Confédération le poursuit pour corruption passive.

Keystone

Une «bourde», c'est ainsi que Yves Nidegger a qualifié mercredi soir sur la RTS le cas de son ex-collègue de parti, Christian Miesch (UDC/BL), poursuivi pour corruption passive.

Aujourd'hui âgé de 70 ans, dont une quinzaine d'années à Berne, le Bâlois se retrouve dans le collimateur du Ministère public de la Confédération pour avoir envoyé une facture de 4635 francs au lobbyiste Thomas Borer. Cette somme serait la rétribution d'une intervention déposée à Berne dans le cadre de l'affaire kazakhe en 2015.

Une facture d'épicier

C'est la première fois que le Parlement lève l'immunité parlementaire d'un des siens pour une affaire de corruption. Le présumé corrupteur, Thomas Borer, est aussi poursuivi. Ces 4635 francs étaient semble-t-il destiné à payer un abonnement de train 1ère classe. Mais pourquoi, puisque l'élu y a droit de toute façon? De prime abord, cette somme paraît dérisoire, tant elle ressemble à une facture d'épicier. Ce qui choque, c'est la commercialisation d'un acte parlementaire pour quelques milliers de francs. Elle donne l'image insoutenable d'un Parlement où l'on pourrait acheter des prestations.

Boîte de Pandore

La levée de l'immunité s'est faite dans la douleur. La commission ad hoc du Conseil national a dit non, puis oui sous la pression du Conseil des Etats. Certains saluent un geste qui doit sonner comme un avertissement. D'autres peuvent craindre que l'on ait ouvert la boîte de Pandore. De nombreux parlementaires touchent de l'argent pour participer à des groupes de réflexion sur la santé, la sécurité, l'armement, les eaux minérales, le tabac, les casinos, l'énergie, les transports, etc. Ceux-ci sont organisés par des intérêts bien précis qui comptent en retour sur l'obligeance de leurs invités. D'autres ont des mandats plus professionnels dans des conseils d'administration. Sont-ils rétribués pour leur qualité professionnelle ou pour l'influence qu'ils ont au Parlement?

Dans le pot de miel

Beaucoup d'élus doivent se livrer ce jeudi à une introspection critique sur les avantages qu'ils reçoivent et si leurs contreparties financières se justifient. Dans le cas de Miesch, le lien est direct entre la prestation et la rémunération. Dans d'autres situations, ce lien est indirect, subtil, dilué, caché, mais il est bien là. A la fin, comme disait l'autre avec un brin de cynisme, la seule règle est de ne pas se faire prendre la main dans le pot de miel. C'est sans doute le sens de la «bourde» dont parle Yves Nidegger. Mais la règle pourrait changer.

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