Porrentruy (JU): Nageur frontalier: «Mon accès à la piscine n’a jamais été limité»
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Porrentruy (JU)Nageur frontalier: «Mon accès à la piscine n’a jamais été limité»

Les autorités ont d’abord interdit l’accès des bassins aux étrangers, avant de rétropédaler. À l’instar de Frédéric, les travailleurs français détenteurs d’un abonnement annuel n’ont pas été pénalisés.

par
Vincent Donzé
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Frédéric, un frontalier habitué de la piscine de Porrentruy, a pu continuer à venir faire quelques longueurs sur sa pause de midi, vu qu’il disposait d’un abonnement.

Frédéric, un frontalier habitué de la piscine de Porrentruy, a pu continuer à venir faire quelques longueurs sur sa pause de midi, vu qu’il disposait d’un abonnement.

Lematin.ch/Sébastien Anex
Malgré l’assouplissement des mesures, la piscine reste toujours inaccessible à la grande majorité des personnes ne résidant pas en Suisse.

Malgré l’assouplissement des mesures, la piscine reste toujours inaccessible à la grande majorité des personnes ne résidant pas en Suisse.

Lematin.ch/Sébastien Anex
Frédéric joue ici au volley avec son collègue Romuald, également de nationalité française et titulaire d’un abonnement. Certains de leurs confrères ne sont plus venus à la piscine pour jouer aux traditionnelles parties de beach-volley du mercredi.

Frédéric joue ici au volley avec son collègue Romuald, également de nationalité française et titulaire d’un abonnement. Certains de leurs confrères ne sont plus venus à la piscine pour jouer aux traditionnelles parties de beach-volley du mercredi.

Lematin.ch/Sébastien Anex

La fermeture de la piscine de Porrentruy (JU) aux non-résidents a fait les gros titres jusqu’à Paris! Motivée par la pandémie et les incivilités, cette mesure jugée discriminatoire a été assouplie cette semaine par le Conseil municipal, à sa première séance après les vacances. Les travailleurs frontaliers sont-ils de retour? «En réalité, ils ne sont pas tous partis…», confie le personnel de la piscine.

Sous couvert de la Covid-19, il s’agissait d’interdire l’accès à des fauteurs de troubles, qui sur le toboggan jaune crachaient et sautaient au passage des enfants. «Avec mon abonnement annuel, mon accès n’a jamais été limité», rapporte Frédéric, un travailleur frontalier qui nage depuis huit ans pendant sa pause de midi, moyennant deux fois dix minutes en voiture, entre Chevenez et Porrentruy, par l’autoroute. Pour lui et ses collègues, les piscines de Boncourt et de Delémont sont trop éloignées.

Pièce d’identité

À l’entrée de la piscine, mercredi, l’agent de sécurité n’était pas là, signe que les perturbateurs ne sont pas réapparus. La caissière n’a pas demandé de pièce d’identité aux visiteurs. Ce jour-là, les travailleurs étaient à nouveau autorisés à nager, à condition de détenir un abonnement annuel, un permis de travail ou l’attestation d’un employeur.

«Je ne retrouve pas mon abonnement mais vous me reconnaissez, n’est-ce pas?» demande une habituée. «C’est elle qui ne me reconnaît pas: c’était une de mes profs…», murmure la caissière. Rentrée scolaire oblige, la matinée était calme. Elle l’aurait été davantage encore sans le passage de deux classes d’école.

Banlieues françaises

À la buvette, où l’alcool n’est servi qu’aux heures de repas, Rachel jongle entre pizzas et salades: «Pendant l’interdiction, mon chiffre d’affaires a augmenté», affirme-t-elle. Explication: les abonnés ajoulots qui désertaient la piscine par crainte des perturbateurs français sont revenus.

Qui étaient les perturbateurs? Des habitants des banlieues françaises, plus difficiles à gérer pour les policiers jurassiens. Les travailleurs français portent un regard critique sur les interventions policières: «Les policiers sont intervenus pour de la musique diffusée trop fort et des conversations trop bruyantes, en posant des questions intrusives, comme de savoir s’ils fumaient», rapporte un frontalier pour qui les perturbateurs ne sont que des chahuteurs.

«Si les restrictions d’accès freinent la propagation du virus, d’accord. Mais s’il s’agit de combattre des incivilités, il y a d’autres moyens de le faire», estime un travailleur frontalier. «Il ne fallait pas mettre tous les résidents français dans le même sac», ajoute un autre.

Pause de midi

Leur carrure en témoigne, les nageurs qui travaillent à l’usine Busch de Chevenez ont l’habitude de nager à Porrentruy à la pause de midi. Mercredi, comme à leur habitude, ils n’ont croqué ni pizza ni salade. Mais en payant leur abonnement annuel valable également à la piscine couverte, ils contribuent au financement des installations: «Pendant l’exclusion des étrangers, on s’est posé la question d’un remboursement partiel», disent Frédéric et Romuald.

Durant l’interdiction, ces deux travailleurs frontaliers ont manqué de partenaires pour jouer au beach-volley: face à la réglementation, leurs collègues sans abonnement ont renoncé à venir. Après le travail, Romuald n’a pas, comme parfois, retrouvé sa famille à la piscine: cette dernière y reste interdite. Les travailleurs frontaliers se sont sentis «un peu gênés» devant le flou juridique. La situation la plus absurde? «Une collègue suisse a fait demi-tour devant la caisse avec ses enfants parce qu’elle ne portait pas sur elle un document d’identité prouvant sa nationalité», rapporte un frontalier.

Attestation signée

«Les frontaliers viennent en famille surtout le week-end», commente la caissière. Mercredi, ni Frédéric ni Romuald n’avaient eu connaissance de l’assouplissement des restrictions annoncées la veille. Française établie en Belgique, Sophie a profité de la piscine avec ses deux enfants, pendant un séjour chez ses beaux-parents: «Il m’a suffi d’une attestation signée par ma belle-mère», dit-elle.

«Si vous interdisez les étrangers, vous mettez fin à tout tourisme», estime cette baigneuse française attablée à la terrasse, tandis que Rachel mettait du café sur la braise pour éloigner les guêpes.

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