12.03.2012 à 08:21

BDNaruto, le ninja qui terrasse Astérix et Tintin

Cheveux jaunes en pétarde, effronté à point, le ninja du manga de Masashi Kishimoto fête ses dix ans en France. Il continue d'y pulvériser des records de ventes.

Créé au Japon en 1999 dans le magazine hebdomadaire de bandes dessinées pour jeunes garçons Shukan Shonen Jump, Naruto est publié dans la langue de Molière depuis 2002 par les éditions Kana, grâce à la passion d'un ex-libraire belge pour la bande dessinée, quelle qu'en soit l'origine.

«J'ai découvert Naruto il y a une douzaine d'années», explique Yves Schlirf, fondateur et directeur général de Kana.

«A partir du moment où on a commencé à éditer des mangas, on a épluché les magazines des grandes maisons nippones, dont Shonen Jump de Shueisha, l'une des grosses machines à produire des succès», raconte-t-il.

«Je suis tombé sur cette aventure de ninja (combattant-espion du Japon médiéval), genre d'histoire qui plaît aux gamins, avec le côté baston, performances, intrigues et défense de valeurs, un truc parfait pour un public d'enfants que la bande dessinée franco-belge avait laissé de côté».

Pas d'intérêt particulier pour les mangas

A l'époque, à part la série un rien loufoque Dragon Ball d'Akira Toriyama déjà publiée par Glénat, il n'y avait pas chez les éditeurs un intérêt particulier pour les mangas pour jeunes adolescents. Yves Schlirf a profité du vide.

Il a cependant fallu convaincre la maison-mère de Naruto de laisser partir cette idole des gamins japonais à l'étranger.«Nous sommes allés au Japon, nous avons fait un beau discours pendant trois heures aux responsables de Shueisha pour expliquer qui étaient Kana et le groupe, mais cela ne les a pas du tout intéressés, et ils nous ont carrément dit +on ne travaillera pas avec vous+», se souvient Yves Schlirf. «C'est un article de presse sur ma librairie et moi qui les a convaincus, alors que nous allions les quitter, dépités.»

Ce reportage expliquait qu'un libraire belge, Yves Schlirf, importait des mangas en japonais et les vendait par centaines à Bruxelles à des lecteurs qui vraisemblablement ne comprenaient pas un mot de japonais mais se passionnaient pour les dessins.

Et ses interlocuteurs nippons de lui déclarer in fine: «puisque vous aimez vraiment le manga, nous allons oeuvrer ensemble».

Près de 60 tomes

Depuis 2006, Naruto, dont les aventures s'étalent sur près de 60 tomes, est la bande dessinée la plus vendue en France, caracolant en tête des palmarès et terrassant aussi bien Tintin et Astérix que les Simpsons.

Quelque 14 millions de volumes de Naruto en français ont été écoulés depuis 2002, selon Kana.

«Naruto n'a pas marché tout de suite, mais les ventes ont augmenté régulièrement. L'acquisition des droits audiovisuels nous a permis de populariser le personnage avec la TV», souligne Yves Schlirf.

Reste que le succès phénoménal de Naruto, tant au Japon qu'en France, tient d'abord au héros, très ciblé, très construit, pour garantir une identification avec le lecteur.«La grande qualité graphique est aussi importante, Kishimoto sait réellement dessiner, il est très expressif», insiste Yves Schlirf qui rappelle aussi le côté transgressif du manga à l'époque.

Début d'essoufflement

«Un peu comme quand le rock est arrivé et que les anciens se sont demandé ce qu'était cette musique de sauvages, les parents se disaient +c'est quoi ces saloperies japonaises en noir et blanc+, ce qui incitait d'autant plus les gosses à se plonger dedans en rigolant.»

Après dix ans cependant, Naruto s'essouffle un peu.

«Tout le problème du manga et de Naruto est de renouveler le public, car même si la série Naruto a évolué et accompagné le lectorat avec un personnage qui a grandi, aujourd'hui nous sommes confrontés au fait que les plus jeunes ne viennent pas nécessairement à Naruto», reconnaît Yves Schlirf.

Au Japon, Shueisha est en train de lancer un dérivé de Naruto avec un héros plus jeune, et Kana, maison qui n'existerait probablement pas sans ce ninja, compte beaucoup sur ce rajeunissement pour entretenir le marché du manga dans son ensemble. Car les ventes exceptionnelles de Naruto permettent aussi de faire découvrir au public français de jeunes mangaka (dessinateurs de mangas) nippons comme Inio Asano (Bonne nuit Punpun) ou des vétérans tel Sanpei Shirato (La légende de Kamui).

(AFP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!