Interview - Nathy Peluso: «La salsa n’est pas une musique pour les vieux»
Publié

InterviewNathy Peluso: «La salsa n’est pas une musique pour les vieux»

Avec son album «Calambre», la chanteuse argentine mélange les sonorités latines et hip-hop. Un véritable électrochoc. Elle sera sur la Scène du Lac à Montreux ce jeudi 8 juillet. Rencontre sans filtre.

par
Fabio Dell'Anna

Nathy Peluso est une superstar dans les pays latins. Ses vidéos ont atteint plus de 100 millions de vues sur YouTube.

Laura Juliano

La singularité de Nathy Peluso vous touche immédiatement. C’est une onde de choc qui révolutionne la musique latine. À 26 ans, l’Argentine domiciliée à Barcelone n’a peur de rien. Elle mélange différents genres comme le jazz, le hip-hop, le rap, la pop, le swing ou encore la salsa. Un style unique que l’on peut découvrir sur son album «Calambre» sorti l’an dernier. Cet album lui a d’ailleurs valu deux nominations aux Latin Grammy Awards. «Je ne m’y attendais pas du tout. C’était l’un des meilleurs moments de ma carrière», nous lâche la jeune femme aux 4 millions d’abonnés sur Instagram, lors de notre rencontre dans le lobby d’un hôtel montreusien.

Son regard vairon, ses dents incrustées de diamants et ses longs ongles rouges captivent. Sa spontanéité ainsi que son rire non contrôlé nous font sourire. Rien n’est calculé avec Nathy Peluso. Elle n’arrive pas à faire semblant, tout comme elle ne cache pas son excitation de jouer sur la Scène du Lac au Montreux Jazz, ce jeudi 8 juillet. «Je suis une fan du festival. J’avais déjà eu l’occasion de venir à Zurich et dans d’autres endroits dont je n’arrive pas à prononcer le nom, plaisante-t-elle, mais c’est ma première fois à Montreux.» Elle ajoute: «C’est sincèrement l’un des plus beaux lieux que j’ai jamais visité.»

Vous chantez, vous rapez, vous dansez et vous composez vos chansons. Depuis quand saviez-vous que vous alliez devenir artiste?

Depuis toute petite. Je dansais et je chantais partout. J’inventais des shows en portant les talons de ma mère. J’ai toujours su que j’allais devenir une artiste. J’ignorais juste si cela allait avoir un rapport avec la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie…

Finalement, vous avez choisi la musique et avez sorti votre album «Calambre» l’an dernier. L’année 2020 n’a pas été si mauvaise!

La pandémie a tout de même été terrible, mais cela m’a permis de prendre mon temps pour terminer ce disque et pour donner l’amour dont la musique a besoin. Nous sommes toujours très stressés. J’ai pu mieux me concentrer sur ce disque qui a été un tournant important dans ma carrière.

Cet album a un son très singulier avec des influences hip-hop, salsa ou rap. Comment l’expliquez-vous?

C’est naturel pour moi. J’aime la musique de manière générale. J’écoute beaucoup Frank Sinatra, Etta James, Oscar Peterson, Chopin et beaucoup de musique pop. Je suis une mélomane. Je chante sur du jazz, de la salsa, de la pop… Tous les rythmes m’inspirent. Quand je crée, je ne réfléchis pas à un style en particulier. J’aime trouver une mélodie, ajouter ensuite un rythme par-dessus et mixer toutes mes influences sans avoir peur du résultat.

Vous venez de sortir le titre «Mafiosa», qui a des sonorités salsa.

Cette chanson met en avant les femmes au pouvoir et les hommes qui ont peur de cette situation. Vous savez, la salsa a toujours été une musique pour les hommes et on ne parle que des hommes également dans la mafia. J’ai décidé de changer les règles pour que les gens ouvrent leurs yeux et réalisent les inégalités auxquelles on doit encore faire face de nos jours. Concernant les sonorités utilisées dans le titre, il y a plusieurs artistes qui ont ramené la salsa au goût du jour. Même si beaucoup de personnes pensent encore que seuls les vieux ou les latinos apprécient cette musique. C’est faux! C’est un rythme magnifique et j’essaie de le ramener sur le devant la scène à ma manière.

Vous chantez la salsa, mais vous la dansez aussi. Où avez-vous appris à bouger votre corps ainsi?

J’ai toujours dansé. C’est une passion. Quand j’avais 20 ans, j’ai commencé à étudier à l’université la gestuelle dans le théâtre. J’ai beaucoup travaillé sur de l’improvisation et mes mouvements. J’ai aussi étudié le ballet et la danse contemporaine. Je me suis donné beaucoup de peine pour exprimer la liberté du corps dans ma musique et mes shows. Et soudain, j’ai découvert que, lorsque les gens voient quelqu’un se mouvoir de façon naturelle, ils ressentent quelque chose de différent et de fort. J’ai donc voulu essayer quelque chose de nouveau. Et ça marche. Je suis heureuse, je suis juste moi-même et les gens apprécient.

Être vous-même est l’une des valeurs que vous voulez communiquer le plus?

Je ne l’ai pas planifié. Quand je suis sur scène, je suis juste naturelle. Vous n’allez peut-être pas voir la plus belle performance, mais cela a plus d’impact émotionnellement car je suis honnête. Je pense que la musique est une force de la nature. Et la force de la nature comporte des erreurs tout comme des moments parfaits. Pourquoi essayons-nous toujours d’être irréprochables? Il faut être professionnel, mais la musique est humaine. C’est ainsi que je mène ma carrière. Mon intention est donc de communiquer n’importe quel sentiment. Je ne sais pas ce que vous allez ressentir. Je ne suis pas dans votre tête et je ne contrôle pas vos émotions.

Pourtant vos clips sont toujours parfaits visuellement.

(Rires.) Merci! Je parlais surtout de mes performances et de mon approche de la musique. Concernant mes clips, je suis une vraie perfectionniste. Je me rends malade, d’ailleurs. Je corrige tout, tout le temps. Je me dis que tout peut toujours être mieux. Les couleurs, l’ambiance, la chorégraphie… Tout est fait pour mettre en valeur le message que j’aimerais passer. C’est important de faire attention à chaque détail car mon intention doit être claire.

C’est pour cela que vous cassez un grand nombre d’assiettes dans votre dernier clip «Mafiosa»? Vous êtes très contrariée de la situation de la femme par rapport à l’homme?

Exactement! J’ai dû briser au moins 70 assiettes. J’ai effrayé tout le monde pendant le tournage. Je n’arrêtais pas de hurler: «C’est parfait! Il m’en faut plus. Le résultat va être fun.» Au final, je suis ravie du rendu et ça m’a fait beaucoup de bien. C’était presque thérapeutique. Je le conseille à n’importe qui. (Rires.)

Votre opinion