Masques à usage unique - Ne les jetez pas mais laissez-les sécher, proposent des chercheurs vaudois
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Masques à usage uniqueNe les jetez pas mais laissez-les sécher, proposent des chercheurs vaudois

Pour lutter contre la grande consommation de masques et leur impact sur l’environnement, des scientifiques préconisent de les réutiliser après 7 jours.

par
Eric Felley
Selon Unisanté au bout d’une semaine, les masques sont tout à fait réutilisables et sans risque.

Selon Unisanté au bout d’une semaine, les masques sont tout à fait réutilisables et sans risque.

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Des chercheurs d’Unisanté à Lausanne et d’Environmental Action ont étudié l’impact sur l’environnement de différentes stratégies d’utilisation des masques destinés à la population: «Afin de déterminer quelle solution est la plus efficace en termes écologique et sanitaire». Ils se sont fixés comme objectif d’établir «des recommandations qui tiennent compte à la fois de l’impact environnemental et de l’efficacité protectrice, afin de limiter la surproduction et la surconsommation de masques tout en maintenant la santé de la population.»

Ce mardi, ils ont communiqué les résultats de leurs recherches. Même si les masques dits «chirurgicaux» sont normalement destinés à un usage unique selon les prescriptions de l’Office fédéral de la santé publique, certains traitements peuvent permettre de les réutiliser «sans altérer significativement leur capacité barrière». Par exemple en les exposant à une chaleur de 70 °C pendant 30 minutes ou en les gardant à température ambiante pendant 7 jours. Selon les chercheurs, ils peuvent être réutilisés par la même personne jusqu’à 10 fois, ce qui permet de réduire d’autant le nombre de masques utilisés.

Virus désactivé après 7 jours

En France, en octobre dernier, des scientifiques avaient déjà évoqué cette piste en préconisant le stockage des masques dans des enveloppes en papier pour les faire sécher pendant une semaine avant de les réutiliser. Virginie Courtier-Orgogozo, chercheuse en génétique de lévolution et directrice de recherche au CNRS, avait cité alors une étude parue dans le «Lancet», qui montrait qu’après 7 jours, «malgré une concentration de départ élevée aussi bien sur la face externe que sur la face interne du masque, 99,9% des particules virales n’étaient plus actives».

Cependant, la recommandation de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) est toujours de jeter les masques d’hygiène ou chirurgicaux après un usage unique. Pour le professeur David Vernez, chef du Département santé au travail et environnement à Unisanté, leur approche est différente: «Nous avons développé une vision plus pragmatique que la norme, plus terre à terre. Nous constatons que l’utilisation des masques a un impact considérable et nous avons examiné quelles sont les modalités d’utilisation qui diminuent cet impact, tout en garantissant des conditions «safe». Nous proposons quelque chose de plus simple, plus économique, plus écologique pour une protection tout aussi efficace.»

«Jusqu’à présent, l’urgence du besoin a prévalu sur ces considérations».

Cette solution permet de lutter contre la consommation à grande échelle de masques chirurgicaux qui n’est pas sans conséquences: «Ces masques sont en effet fabriqués en matériaux synthétiques, notent les chercheurs, principalement du polypropylène, et majoritairement importés de Chine. Au-delà des risques de pénurie, ces masques acheminés depuis l’étranger et non biodégradables ont un impact à la fois économique et environnemental. On estime que plusieurs milliards de masques jetables pourraient avoir pénétré dans l’océan en 2020, ce qui représente des dizaines de milliers de tonnes de pollution plastique pour l’environnement marin. Jusqu’à présent, l’urgence du besoin a prévalu sur ces considérations».

Les auteurs de cette étude estiment que l’adoption par 10% de la population suisse de la solution dite «du semainier», ou l’utilisation de masques en coton «faits maison», équivaudrait en moyenne à économiser des émissions de CO₂ équivalentes à 5600 vols individuels de Paris à New York et «à éviter que l’équivalent de 10 millions de bouchons de bouteilles en plastique en PP ne se retrouve dans la nature».

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