Colombie: Négociations de paix entre Bogota et l'ELN
Publié

ColombieNégociations de paix entre Bogota et l'ELN

Les discussions commenceront le 27 octobre prochain et seront délocalisées à Quito.

1 / 147
Les autorités colombiennes ont annoncé dimanche avoir déjoué un attentat contre le leader de l'ex-guérilla des FARC, Rodrigo Londoño. (Lundi 13 janvier 2020)

Les autorités colombiennes ont annoncé dimanche avoir déjoué un attentat contre le leader de l'ex-guérilla des FARC, Rodrigo Londoño. (Lundi 13 janvier 2020)

Keystone
La Colombie a connu dimanche les plus pacifiques de ces dernières années. Une femme devrait devenir maire de Bogota. (27 octobre 2019)

La Colombie a connu dimanche les plus pacifiques de ces dernières années. Une femme devrait devenir maire de Bogota. (27 octobre 2019)

AFP
La dissidence des Farc, a annoncé, dans une vidéo diffusée mercredi, la création d'un mouvement politique clandestin, suite à son soulèvement armé la semaine dernière. (4 septembre 2019)

La dissidence des Farc, a annoncé, dans une vidéo diffusée mercredi, la création d'un mouvement politique clandestin, suite à son soulèvement armé la semaine dernière. (4 septembre 2019)

AFP

Le gouvernement de Colombie et la guérilla de l'ELN ont annoncé lundi qu'ils débuteraient le 27 octobre des négociations de paix officielles. Les pourparlers seront délocalisés dans la capitale de l'Equateur, Quito.

«Les délégations du gouvernement et l'ELN (Armée de libération nationale, ndlr) avons décidé d'installer le 27 octobre à Quito la table publique des conversations», selon un communiqué lu par les deux parties au siège du ministère vénézuélien des Affaires étrangères, à Caracas.

A Bogota, le président colombien Juan Manuel Santos, qui a reçu vendredi le prix Nobel de la paix pour ses efforts en vue de la fin du conflit armé, a aussitôt réagi. «Nous sommes une nation spéciale, qui continue de croître en dépit des adversités», a-t-il déclaré lors d'une allocution depuis le palais présidentiel Casa de Narino.

«La paix ne nous glissera pas entre les doigts. Au contraire, elle sera plus forte et maintenant que nous allons de l'avant avec l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), elle sera complète.»

A partir du 27 octobre, les deux camps s'engagent à tout faire «pour créer un environnement favorable à la paix». Huit jours après le camouflet de l'échec surprise du référendum sur l'accord de paix négocié avec la principale guérilla du pays, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), la nouvelle est encourageante.

Otage libéré

Dès lundi matin, l'ELN, seconde guérilla du pays, avait donné des motifs d'espoir avec l'annonce de sources officielles qu'une «annonce importante» allait venir dans les prochaines heures. L'optimisme avait gagné du terrain au fil de la journée, avec la libération d'un otage civil, remis au CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dans le département d'Arauca, à la frontière du Venezuela, selon l'organisme humanitaire.

Selon l'église catholique, il s'agit de Nelson Alarcon, enlevé il y a trois mois. C'est le troisième otage, sur les quatre qu'elle détenait d'après des estimations officielles, que l'ELN relâche en deux semaines.

Cette guérilla inspirée de la révolution cubaine avait entamé dès janvier 2014 des conversations secrètes avec les autorités colombiennes, peut-être encouragées par le dialogue mené publiquement à La Havane entre les Farc et le gouvernement, depuis novembre 2012. Elle compte encore 1500 combattants contre environ 5765 pour les Farc.

Les Farc saluent

Fin mars, l'ELN et le gouvernement avaient annoncé l'ouverture d'un dialogue public, mais sans donner de date. Son ouverture avait été retardée par le refus de l'ELN de libérer tous ses otages, condition posée par Juan Manuel Santos.

Cette barrière semble désormais levée: dans le texte lu à Caracas, l'ELN s'engage à «initier le processus de libération des otages avant le 27 octobre». «Deux cas» sont évoqués, sans plus de précision, alors que les sources officielles estiment que la guérilla retiendrait encore un otage: l'ancien député Odin Sanchez, qui s'était lui-même rendu à l'ELN en avril en échange de son frère malade.

Sans même attendre la confirmation officielle lundi soir, le commandant en chef des Farc, Rodrigo Londono, plus connu sous ses noms de guerre Timoleon Jimenez ou Timochenko, avait exprimé dans la journée son soutien à ce processus. «#DelegaciónELNPaz (Délégation de paix de l'ELN) compte avec notre soutien militant et solidaire. Beaucoup de succès dans ce processus qu'ils entament aujourd'hui», a-t-il tweeté.

Peu avant, le chef négociateur des Farc, Ivan Marquez, avait félicité les deux parties également sur Twitter: «Très bonne nouvelle pour le pays, l'accord entre l'ELN et le gouvernement pour commencer le dialogue».

Relancer l'accord

L'accord signé entre le gouvernement colombien et les Farc, nées en 1964 peu avant l'ELN et comme elle d'une insurrection paysanne, est en suspens depuis son rejet le 2 octobre lors d'un référendum, marqué par une abstention record de plus de 62%.

Lundi soir, Juan Manuel Santos, dont le gouvernement multiplie les réunions avec les partisans du «Non» et parallèlement avec les Farc à Cuba afin de relancer l'accord, a appelé à un dialogue «fructueux», en demandant de «ne pas présenter des propositions impossibles», de «ne pas retarder» les discussions, et de «partir de deux bases fondamentales: réalisme et vérité».

La Colombie est déchirée depuis plus d'un demi-siècle par un conflit armé complexe qui, au fil des décennies, a impliqué plusieurs guérillas d'extrême gauche, des milice paramilitaires d'extrême droite et les forces armées. Il a fait plus de 260'000 morts, 45'000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

(ats)

Votre opinion