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LausanneNestlégate: les victimes témoignent

En début d'audience, les neufs militants d'Attac qui avaient été espionnés par Securitas, sur mandat de Nestlé, ont expliqué brièvement en quoi l'affaire avait marqué un tournant dans leur vie.

par
Laurent Grabet/Pom
Susan George écrivaine franco-américaine, militante altermondialiste et présidente d'honneur d'Attac, lors de son arrivée au tribunal.

Susan George écrivaine franco-américaine, militante altermondialiste et présidente d'honneur d'Attac, lors de son arrivée au tribunal.

Keystone

Une activiste a confié être victime d'insomnies et de cauchemars. «Aujourd'hui encore, j'ai parfois l'impression d'être surveillée sur mon e-mail et mon téléphone.» «Découvrir qu'une élève de mon épouse a pris le relais de la première espionne m'a touché», a témoigné un autre militant. Qui déclare encore avoir longtemps cru «que ce genre de chose ne se passait que dans des mauvais films hollywoodiens». «J'ai vécu dans des pays ou dire la mauvaise chose à la mauvaise personne pouvait se révéler fatal», relève un de ses camarades. «Ma confiance accordée à ces deux espionnes a été trahie. A cause de leur surveillance, j'ai peur que des tierces personnes avec lesquelles nous étions en contact à l'étranger aient été victimes de sanctions ou de représailles.»

Des conséquences physiques

L'espionnage aurait aussi eu des conséquences physiques chez une autre victime, féminine. «Cette personne est venue à des réunions organisées chez moi. Cela m'a déstabilisée. J'étais enceinte quand l'affaire a éclaté. Tout cela m'a stressé et j'ai même accouché prématurément à 7 mois.» «Cette trahison a profondément altéré l'engagement politique qui est le mien depuis quinze ans, relève une dernière militante, très émue. Depuis cette histoire, je ne m'engage plus avec la même énergie ni avec le même enthousiasme.»

Susan Georges, co-fondatrice d'Attac France et auteure de la préface du livre «Attac contre l'empire Nestlé» a pour sa part déploré une «violation de nos droits dans un pays qui s'honore de ses traditions démocratiques multiséculaires».

A noter qu'une deuxième taupe, Fanny D. vient de faire savoir par courrier qu'elle ne se présentera pas devant le tribunal comme prévu, afin de «préserver son intégrité physique et psychique». «Je revendique mon droit au silence en tant que témoin.» La Vaudoise, dont la véritable identité avait été révélée dans la presse, était la supérieure des deux taupes. Elle écrit avoir été victime de multiples menaces: «Harcèlement, violations de ma sphère intime, déjections sur mon paillasson, fenêtres de mon domicile brisées (…) Je ne peux plus sortir en Suisse sans me sentir menacée. J'ai donc dû réorienter ma vie professionnelle à l'étranger.»

Tant Fanny D. que S. J. ne risquent qu'une simple amende pour ne pas s'être présentées au tribunal en tant que témoins. La troisième taupe Sara M. ne s'est pour l'instant pas désistée. Elle devrait donc se présenter cet après-midi.

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