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VotationsNeuchâtel: pas de TransRun entre le Haut et le Bas

Pour moins de 400 voix, les Neuchâtelois ont dit «non» au projet de RER TransRun, devisé à près d'un milliard de francs. Ils ont désavoué ce faisant leurs autorités qui avaient dit ne pas avoir de projet de rechange.

Moins de 400 voix séparent les opposants, majoritairement du Bas du canton de Neuchâtel, aux partisans, situés essentiellement dans les districts du Haut.

Moins de 400 voix séparent les opposants, majoritairement du Bas du canton de Neuchâtel, aux partisans, situés essentiellement dans les districts du Haut.

Keystone

Les citoyens du haut du canton, favorables à la construction de cette pièce maîtresse du futur RER neuchâtelois, ont été minorisés. Le district de La Chaux-de-Fonds a dit «oui» à plus de 70% et celui du Locle à plus de 60%. Mais sur l'ensemble du canton, le non l'emporte pour un peu moins de 400 voix.

Les citoyens ont désavoué leurs représentants au parlement et au gouvernement. Ils ont rejeté la copie de leurs autorités par 50,29% des voix contre 49,71% (33'724 non contre 33'332 oui). La participation s'est élevée à 51,5%.

Malgré la défaite sur le projet de RER, le Conseil d'Etat «continuera de travailler pour renforcer la cohésion cantonale», a déclaré Philippe Gnaegi, président du gouvernement, lors d'une conférence de presse. Conscient que deux camps se sont affrontés durant la campagne, il compte bien mettre au premier plan le rétablissement de cette cohésion.

Le «oui» du Haut, le «non» du Bas

Grande perdante du scrutin, la ville de La Chaux-de-Fonds est «consternée» par le résultat. Mais comme l'a relevé la conseillère d'Etat Gisèle Ory, elle-même chaux-de-fonnière, sa ville aurait pu faire pencher la balance en faveur du «oui» avec un taux de participation plus élevé que les décevants 46,3% enregistrés dimanche. La ville des Montagnes a dit oui à 71,18%.

Les districts du Haut du canton ont été clairement minorisés. Le clivage est cependant moins criant qu'en apparence. Il y a des «oui» dans le Bas, tel celui de la ville de Neuchâtel avec près de 54% des voix, et des «non» dans le Haut, par exemple dans le district du Locle, à La Brévine, avec 67,4% des voix. Le district du Locle a dit oui à plus de 60%.

Statu quo ferroviaire

Pour le conseiller d'Etat Claude Nicati, en charge du dossier RER, le résultat du vote signifie que le «réseau ferroviaire neuchâtelois sera assaini mais pas transformé» dans le sens du projet d'agglomération soutenu par la Confédération. Les études nécessaires au renouvellement de la ligne actuelle vont débuter ces prochains jours, ont annoncé de leur côté les CFF.

Parmi les partis, PLR et PS souhaitent remettre l'ouvrage sur le métier. Un nouveau projet d'amélioration des transports publics devra rapidement être trouvé. Ceci est d'autant plus justifié que le résultat est extrêmement serré, selon les socialistes.

Chantier complexe

Le TransRun prévoyait la construction d'une nouvelle liaison ferroviaire entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, longue de 16,7 km dont 12 sous terre. Le temps de parcours aurait dû être réduit de moitié à 14 minutes, grâce à l'évitement du détour par la gare en cul-de-sac de Chambrelien.

Le coût du RER-TransRun devait s'élever à 919 millions de francs, dont 830 millions pour la liaison rapide. Avec les contributions fédérales, et en particulier la participation de 241 millions des CFF, le coût à la charge du canton (60%) et des communes (40%) aurait passé de 919 à 560 millions. Ce réseau devait être opérationnel à l'horizon 2022.

A l'exception de l'UDC, tous les partis représentés au Grand Conseil avaient recommandé l'acceptation du projet. Le parlement l'avait pour sa part adopté en juin par 87 voix à 16.

Trop ambitieux

Selon les opposants, emmenés par les députés Raymond Clottu (UDC) et Philippe Bauer (PLR), le projet était «ambitieux, trop ambitieux». A leur avis, il faut d'abord faire le ménage, venir à bout de la réforme hospitalière, assainir les finances cantonales et la caisse de pensions de l'Etat avant de se lancer dans un investissement qualifié de «pharaonique pour le canton le plus endetté de Suisse».

Les opposants ne se sont pas du tout montrés convaincus par les mesures d'équilibre financier, deux volets assortis au projet par le Conseil d'Etat pour rassurer la droite: le projet de RER-TransRun proprement dit et l'obligation de respecter l'équilibre budgétaire pendant la durée du remboursement de l'emprunt y afférent, soit entre 2023 et 2047.

Le gouvernement très engagé

Le Conseil d'Etat n'avait pourtant pas ménagé sa peine pour convaincre les indécis et a multiplié les interventions pour défendre cet investissement. Il a inlassablement souligné l'importance de cette nouvelle infrastructure pour rendre le canton plus attractif, accroître la mobilité des citoyens et effacer les clivages entre le Haut et le Bas.

(ats)

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