Histoire - Neuchatel pratiquait la torture au XIXe
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HistoireNeuchâtel pratiquait la torture au XIXe

Un travail universitaire met en lumière une affaire de condamnation à mort: pour faire avouer ses méfaits à un faux-monnayeur, les autorités d’alors l’ont torturé.

par
Vincent Donzé
Entrée solennelle du roi et du prince en ville de Neuchâtel, le 12 juillet 1814

Entrée solennelle du roi et du prince en ville de Neuchâtel, le 12 juillet 1814

Université de Neuchâtel

Pour faire avouer ses méfaits à un faux-monnayeur neuchâtelois, les autorités de la Ville de Neuchâtel ont recouru à la torture… au XIXe siècle! Dans son mémoire de Master en droit intitulé «Évolution du droit criminel à Neuchâtel sous l’Ancien Régime, à l’aune de l’affaire Schallenberger», l’étudiant de la Faculté de droit Jules Aubert décrypte un fait divers qui bouleversera la relation entre le roi et l’administration neuchâteloise.

Le traitement réservé au faux-monnayeur a provoqué un scandale du côté de Berlin et du roi de Prusse, alors souverain de la Principauté de Neuchâtel. «Et pour cause: la torture est abolie dans le Royaume de Prusse depuis 1740», remarque Jules Aubert.

Le récit de l’étudiant:

«En 1814, après une succession d’événements historiques improbables - à l’instar de Napoléon Bonaparte prenant les rênes de la région pour un temps -, Neuchâtel se retrouve en mains prussiennes. Mais alors que la Principauté avait jusqu’ici bénéficié d’une indépendance totale, les magistrats doivent pour la première fois rendre des comptes à Berlin».

«C’est ainsi que le 30 janvier 1815, le dossier du procès de Samuel Schallenberger est transmis au Roi de Prusse. Ce Bernois d’origine a été condamné à mort par la Cour de Valangin pour avoir fabriqué de la fausse monnaie. Le Conseil d’État neuchâtelois expose, avec quelque embarras, qu’il a dû employer la torture pour obtenir les aveux de ce criminel».

«En Prusse, c’est la consternation. Neuchâtel a encore recours à des méthodes archaïques, comparé au Royaume de Prusse. Berlin traite alors cette affaire comme si Neuchâtel était une partie intégrante du Royaume qui aurait réussi à conserver une pratique judiciaire propre. Cette approche va considérablement crisper les autorités neuchâteloises et instaurer un climat de défiance entre la Principauté et la Prusse».

«Finalement, le Roi de Prusse fera tomber la condamnation à mort et Schallenberger écopera d’une peine de prison de dix ans. Cet événement constitue un point de bascule dans les discussions qui auront trait à la réforme du droit criminel à Neuchâtel. Les magistrats de la Principauté parviendront cependant à paralyser pratiquement toutes les évolutions. C’est finalement la jeune République, en 1848, qui concrétisera l’ensemble des projets initiés à la suite de cette fameuse affaire».

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