Actualisé

Affaire BliliNeuchâtel s'enfonce dans le scandale

Les autorités universitaires et politiques neuchâteloises ne savent plus comment résoudre la crise déclenchée par les révélations du «Matin» sur les casseroles du professeur en management Sam Blili.

par
Ludovic Rocchi
1 / 1
Michel Bise, Avocat du Pr. Blili et député (PS) au Parlement neuchâtelois.

Michel Bise, Avocat du Pr. Blili et député (PS) au Parlement neuchâtelois.

Dominic Favre, Keystone

Un an de crise, des centaines de milliers de francs dépensés en enquêtes diverses et toujours pas de solution. Il y a de quoi se poser des questions face à l'incurie des autorités neuchâteloises à résoudre l'affaire du plagiat et d'autres dérapages qui entachent l'Université, sa Faculté des sciences économiques et, en particulier, son directeur de l'Institut de l'entreprise, Sam Blili.

Pire, depuis le week-end écoulé et les dernières révélations du «Matin Dimanche» sur une société privée appartenant à Sam Blili, c'est carrément la panique à bord. Fait exceptionnel, au beau milieu de la soirée de samedi, le rectorat et le Conseil d'Etat ont publié chacun un communiqué urgent, après avoir appris un «fait nouveau».

Un «fait nouveau» pas si neuf!

Et de se renvoyer la balle sur la procédure à suivre pour suspendre de ses fonctions le Pr Blili le temps d'en finir avec les enquêtes en cours. Le rectorat exige une suspension «immédiate», le Conseil d'Etat rétorque vouloir suivre la voie normale, entendre le professeur et décider cette semaine d'une éventuelle suspension. Cette soudaine agitation à de quoi surprendre, car «le fait nouveau» qui la provoque n'est pas vraiment neuf. En effet, à l'automne 2012 déjà, «Le Matin» a soumis l'information concernant la société du Pr Blili à de hauts responsables universitaires et politiques.

Enquête à trous

A l'époque, une vaste enquête interne avait été ouverte, notamment pour établir si les mandats extérieurs du Pr Blili pouvaient poser problème. Après mille heures d'enquête et l'audition de dizaines de témoins essentiellement axées sur des accusations de mobbing, aucune recherche n'a toutefois été effectuée sur la société privée du professeur! «Nous sommes passés à côté de l'information», avoue un enquêteur.

Voilà qui fait désordre: un simple clic de souris sur Internet et les registres du commerce permet de découvrir que Sam Blili a fait enregistrer la Sàrl Dacha en juin 2012 à Soleure. On y lit que les buts de cette société visent des opérations immobilières en Suisse et à l'étranger. Comme le Pr Blili est payé à 100% par l'Université de Neuchâtel (environ 15 000 francs par mois), il semblait logique de vérifier si la création de sa société privée était compatible avec son statut. De toute évidence, cela n'a pas été fait jusqu'à maintenant. Selon l'avocat du professeur, Michel Bise, cette vérification n'avait nullement lieu d'être, Dacha n'ayant aucune activité économique.

Plutôt soutenu jusqu'ici

Mais, de toute manière, c'est le professeur qui aurait dû informer de lui-même sa hiérarchie. C'est en tout cas ce qu'a affirmé le rectorat dans son communiqué samedi soir, précisant que la création de la société Dacha par le Pr Blili «aurait dû faire l'objet d'une demande d'autorisation de sa part à la rectrice de l'Université selon la réglementation en vigueur».

D'où, grande première dans cette affaire sans fin, la réaction courroucée du rectorat exigeant une «suspension immédiate» du professeur. Jusqu'ici, il a plutôt été soutenu, les autorités s'ingéniant avant tout à minimiser ses pratiques problématiques et estimant que ce n'est pas vraiment de sa faute – concept du «plagiat par négligence» – si le livre de référence de son master jusqu'en 2012 est truffé de grossiers copiés-collés et de reprises trafiquées.

Dick Marty pas écouté

Mieux encore, le rectorat et le Conseil d'Etat ont tout fait, avant ce dernier week-end, pour éviter de suspendre le professeur mis sous enquête pour plagiat dès le mois de mai dernier. Selon nos informations, le président du Conseil de l'Université, Dick Marty, l'a pourtant instamment demandé. Mais ni la rectrice, Martine Rahier, ni la nouvelle ministre de l'Education, la socialiste MonikaMaire-Hefti, ne sont entrées en matière.

C'est en fait le professeur contesté qui a pris lui-même ses distances en présentant un certificat médical. Hier, son avocat, Michel Bise, a malgré tout dénoncé la manière «scandaleuse» dont son client est traité par le rectorat. Il a bien sûr aussi menacé de poursuites pénales nos confrères du «Matin Dimanche». Sur le site Arcinfo, l'avocat, par ailleurs député socialiste, s'est désolé de voir Neuchâtel «perdre la boule» dans cette affaire. On ne saurait mieux dire!

Plainte pour calomnie contre «Le Matin Dimanche»

Votre opinion