Actualisé 03.07.2020 à 06:41

NIFFF 2020: cette année, on frissonne à la maison

Cinéma

Le festival du film fantastique de Neuchâtel se réinvente à l’aune de la pandémie en s’invitant chez le public. Ouverture ce vendredi avec une version online dotée de sa propre émission de TV.

par
lematin.ch
A découvrir grâce au NIFFF, le survival norvégien «Breaking Surface», de Joachim Hedén.

A découvrir grâce au NIFFF, le survival norvégien «Breaking Surface», de Joachim Hedén.

DR

Voilà déjà 19 ans que le Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) scrute l’imaginaire et les pulsions du genre. Il aurait dû se tenir cette année dans les petites rues de la cité horlogère du 3 au 11 juillet mais crise pandémique oblige, la manifestation se déroulera finalement en ligne, sous une forme entièrement numérique.

Les amateurs d’hémoglobine, de monstres et de serial killers en puissance, mais aussi de douces rêveries, ont donc cette fois-ci rendez-vous sur une plateforme de streaming pour une édition forcément particulière. Un «Hors-série», comme ont choisi de le nommer les organisateurs, préférant faire de l’événement une parenthèse et repousser ainsi l’édition anniversaire à 2021.

«En 4 mois, le coronavirus a complètement chamboulé l’univers cinématographique, nous explique Anaïs Emery, directrice artistique du festival. Le jour où on a compris que non seulement on ne pourrait pas tenir un événement physique mais qu’en plus, avec tous ces films dont l’agenda se décalait, on allait avoir de la peine à réunir autant d’œuvres de qualité que d’habitude, on a pris la décision de repousser notre 20e anniversaire et d’avoir en lieu et place une alternative numérique. Avec une sélection, il est vrai plus modeste en quantité, mais où l’on retrouvera néanmoins l’ADN du festival: toute la diversité et la richesse du genre».

Au programme? 21 productions internationales, entre un survival turc musclé («AV The Hunt»), un moyen métrage de S. F. français rythmé par la musique électro de Carpenter Brut («Blood Machines»), un blockbuster consacré au plus populaire des superhéros indonésiens («Gundala»), un film de monstre aquatique irlandais («Sea Fever») ou encore une comédie musicale japonaise mettant en scène un personnage qui déteste le genre («Dance With Me»). Le tout, à visionner les fesses collées à son canapé, à la maison. Ou en vadrouille sur son smartphone. Les soirées endiablées et l’atmosphère conviviale du festival vont assurément nous manquer mais on espère être tout aussi dépaysé avec cette version online et y retrouver notre lot de frayeurs, de merveilleux et d’onirisme.

Fantastique, la NIFFF TV!

Pour les festivaliers, direction le site du NIFFF où l’on trouvera, à travers la plateforme Cinefile, les films en pay-per-view (10 francs la séance, 45.- les 5 ou 111.- pour l’abonnement général): à voir uniquement entre le 3 et le 11 juillet, chacun limité à 1000 spectateurs au maximum et, petit détail qui a son importance, géobloqués pour la Suisse, soit uniquement visibles depuis notre territoire. «Un système qui nous permet d’organiser des premières suisses et internationales (ndlr: et même une première mondiale avec «AV The Hunt») tout en permettant aux films de poursuivre leur carrière dans d’autres festivals», précise Anaïs Emery.

Mais la vraie plus-value de cette année, c’est la création d’un show TV développé et produit par l’équipe du NIFFF, mis en ligne tous les jours à 21 heures. L’émission sera menée par la comédienne, metteure en scène et écrivaine Audrey Cavelius, avec à ses côtés une dizaine de chroniqueurs pour aborder débats, grands entretiens et diverses pastilles. Le tout en compagnie non seulement des acteurs et réalisateurs des films présentés mais aussi d’invités de haut vol qui viendront déclarer leur amour au genre et parler de son évolution durant ces 20 dernières années. Citons les réalisateurs Luca Guadagnino («Call Me By Your Name»), Alex de la Iglesia («El bar»), Nicolas Winding Refn («Drive») ou Eli Roth («Hostel»). Mais aussi notre Zep national et le romancier Pierre Bordage (la trilogie des «Guerriers du silence»). L’émission sera accessible depuis le site web, tout comme à travers une application smartphone flambante neuve, «NIFFF» (IOS et Android), qui permettra également au public de voter pour leurs œuvres préférées en scannant un QR code apparaissant à la fin du film visionné. Cerise sur le gâteau, on y trouvera aussi de petits challenges quotidiens organisés tout au long des festivités permettant de gagner des prix de toutes sortes.

Hommage au scénariste de «Taxi Driver»

Le festival rendra aussi un hommage – le premier de son histoire – au scénariste et réalisateur Paul Schrader en lui attribuant un Narcisse d’honneur. Connu pour avoir écrit deux des meilleurs films de Martin Scorsese («Taxi Driver» et «Raging Bull») mais aussi pour avoir mis en scène les fascinants «Etrange séduction» et «Light Sleeper», le cinéaste sera l’invité d’honneur du dernier NIFFF TV, le 11 juillet. Dommage qu’aucun de ses longs métrages ne soit programmé en parallèle.

Alors bien sûr, le NIFFF n’est de loin pas la première manifestation cinématographique à se retrouver chamboulée par le coronavirus. Si Fribourg (FIFF), Cannes et notamment Genève (FIFDH) ont dû se résoudre à purement et simplement annuler leur édition 2020, d’autres, à l’instar du NIFFF, ont opté pour une version online. Le festival d’animation d’Annecy vient ainsi de réunir, du 15 au 30 juin dernier, près de 16'000 passionnés et d’ici quelques semaines, ce sera au tour de Locarno de faire ses preuves. Pourtant, à l’heure où les salles de cinéma rouvrent, on peut s’interroger sur le pourquoi d’un festival dématérialisé.

«On a dû se décider sur la suite que l’on voulait donner à la manifestation à la mi-avril, explique Anaïs Emery, suffisamment tôt pour pouvoir tester la faisabilité de notre solution. Rappelons qu’à l’époque, on était encore dans un autre monde, semi-confiné, nos journées rythmées par les décisions du Conseil Fédéral, et avec un avenir très incertain. Et lorsque début juin, il a été décidé de rouvrir les salles, il était bien trop tard pour rebondir. Le NIFFF, c’est quand même 48'000 spectateurs à accueillir et dont il faut gérer les allées et venues. Sans compter que la situation des salles est aujourd’hui très compliquée, entre les mesure strictes de protection et les contaminations qui repartent à la hausse».

Physique, numérique, ou les deux?

Alors quid de l’avenir des festivals? Si les plus importants de la rentrée ont fait le pari d’une édition bel et bien physique, avec tapis rouge et spectateurs en chair et en os, comme ceux de Venise, de San Sebastian ou de Deauville, la question de la pandémie reste bien présente et ces manifestations devront forcément faire face à des capacités de salles réduite. Quitte à déployer une édition online en parallèle pour satisfaire l’ensemble du public? «Il est clair que les mesures sanitaires vont dorénavant entrer dans les calculs des organisateurs, continue la directrice artistique du NIFFF. Si on ne peut plus remplir les salles, les chiffres de fréquentation ne seront plus le seul moyen de juger de la qualité d’un festival et je n’exclus pas du tout une manifestation qui se déroulerait à la fois en physique et en numérique».

Mais pour l’amie des monstres et des zombies, c’est de toute façon la fin de l’aventure NIFFF. Après avoir cofondé la manifestation et assuré sa direction artistique pendant 14 ans, Anaïs Emery reprendra en effet dès le 1er janvier les rênes du GIFF, le Geneva International Film Festival. «J’avais l’impression d’avoir bouclé la boucle avec le fantastique, conclu-t-elle. Je suis très contente de ce que je laisse derrière moi et je me réjouis de changer de réalité!»

Le NIFFF, lui, en attendant de finalement fêter ses deux décennies l’an prochain, déploiera dès cet automne, et jusqu’au printemps, un projet itinérant pour (re)découvrir quelques pépites ayant marqué son histoire. Rendez-vous donc cette fois dans de vraies salles (une poignée en Romandie, le programme n’est encore pas connu) pour frissonner sur grand écran, à l’unisson.

Christophe Pinol

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