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ReportageLa Covid ne prend pas de vacances: Noël à l’hôpital de Morges

Alors que le peuple suisse est invité à célébrer ce 25 décembre avec précaution, la vie dans les établissements de santé ne s’arrête pas. Fatigués mais solidaires, les soignants sont sur le qui-vive à l’Hôpital de Morges (VD). Lematin.ch y était.

par
Laura Juliano & Fabio Dell'Anna

«Je voulais vraiment remercier le personnel», sanglote Lilette Deglon. Lematin.ch pose à peine un pas dans sa chambre à l’Hôpital de Morges que la patiente de 83 ans laisse échapper quelques larmes. «L’équipe fait un travail exceptionnel tous les jours. Encore plus aujourd’hui», lâche-t-elle. Isolée depuis dix jours à cause de la Covid, elle passe Noël dans l’une des quatre unités de l’établissement dédiées au virus. «J’ai eu une grosse toux et je me suis sentie éreintée, mais aujourd’hui ça va mieux. J’ai hâte de revoir ma famille.» En effet, aucune visite n’est admise. Un moment compliqué pour Lilette qui souhaite revoir ses petits-enfants et sa fille. Avec l’aide du personnel soignant, la patiente aura tout de même pu partager quelques minutes de rires et de complicité via Face Time, si réconfortantes en ce jour spécial.

À ses côtés, tablette entre les mains, Marie-Laure Moutenet, infirmière responsable d’unité de soins assiste aux retrouvailles. «C’est frappant de voir les couloirs déserts. D’habitude, on peut échanger avec les proches des patients. L’un de nos buts est de continuer à garder ce lien avec l’extérieur. Il est important de se voir à travers des vidéos, surtout en cette période où on a envie d’être auprès des siens», explique-t-elle sur le seuil de la porte vêtue de tout l’attirail de protection pour assurer sa sécurité.

«Je suis avec ma deuxième famille»

Elle souligne que la pensée positive est aussi une fonction primordiale pour garder le moral entre collègues. «Je suis quelqu’un d’optimiste. J’essaie de donner de mon énergie à mon équipe pour les soutenir du mieux que je peux. Il y a une réelle solidarité entre nous et nous répondrons présents pour une éventuelle troisième vague.»

Une motivation indispensable pour ces prochains mois, car cette deuxième vague a été plus éprouvante que la première pour les effectifs. «Actuellement, nous avons un taux d’absentéisme qui tourne autour du 6% sur 800 collaborateurs dans les soins. Mais nous sommes montés jusqu’à 12%. Nous avons demandé aux personnes qui ne sont pas à temps complet de venir en renfort et, bien entendu, nous avons fait appel à des intérimaires quand c’est nécessaire», confie Valérie Klein, directrice adjointe du département soins aigus et réadaptation.

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Lilette Deglon est une patiente atteinte de la Covid qui doit passer Noël à l’Hôpital de Morges. Marie-Laure Moutenet, infirmière responsable d’unité de soins, l’aide à garder contact avec ses proches en visio sur une tablette.

Lilette Deglon est une patiente atteinte de la Covid qui doit passer Noël à l’Hôpital de Morges. Marie-Laure Moutenet, infirmière responsable d’unité de soins, l’aide à garder contact avec ses proches en visio sur une tablette.

François Melillo
Quelques soignantes travaillant pendant Noël. Même si c’est bizarre pour certaines d’être loin de leurs proches, elles sont ravies d’être entourées de leur «deuxième famille».

Quelques soignantes travaillant pendant Noël. Même si c’est bizarre pour certaines d’être loin de leurs proches, elles sont ravies d’être entourées de leur «deuxième famille».

François Melillo
Un plan des soins intensifs. Lors de notre visite six patients étaient présents dont deux à cause du Covid.

Un plan des soins intensifs. Lors de notre visite six patients étaient présents dont deux à cause du Covid.

François Melillo


Noël ne change rien au programme. Malgré des sapins décorés dans les corridors, la pandémie ne fait pas de cadeaux. Nous croisons plusieurs soignantes dans les étages qui le confirment. Pourtant, toutes affirment être contentes d’être présentes en ces jours de fêtes, malgré la grande charge de travail. «Je suis avec ma deuxième famille. Heureusement, mes enfants acceptent très bien la situation et ne font pas attention à la date», explique Karine Cretin, aide-soignante.

«C’est mon premier Noël loin de ma famille. C’est un peu bizarre, mais c’est aussi l’occasion d’apporter un peu de joie et de bonne humeur à d’autres personnes», sourit Aurélie Steiner, qui vient de terminer son diplôme d’infirmière. «Ces premiers mois étaient intenses. Le côté émotionnel est très lourd. La solitude des patients me touche particulièrement et nous essayons de faire au mieux», ajoute-t-elle.

Deux tiers des lits Covid occupés

Si l’on observe une baisse des hospitalisations dans toute la Suisse romande, l’Hôpital de Morges reste le deuxième établissement après le CHUV avec le plus de cas Covid dans le canton de Vaud. Il y en a 52 actuellement, alors qu’à la fin novembre le nombre s’élevait à 85, c’est-à-dire la capacité maximale.

«La vie ne s’est jamais arrêtée ces derniers mois, ce qui change complètement la situation par rapport à mars et avril», réagit Catia Ferreira, infirmière cheffe des urgences. «Il y a beaucoup plus de personnes touchées. Heureusement, plein de choses ont été mises en place depuis plusieurs mois pour se préparer au mieux», dit-elle, tandis qu’au même moment, une ambulance débarque avec un patient Covid alité.

Le service compte désormais des chambres scellées pour la sécurité de chaque malade, ainsi que des nouveaux tests antigéniques. «Cela est un gain de temps énorme (ndlr: les résultats arrivent dans les 15-20 minutes) et nous permet de libérer des places plus rapidement en cas d’afflux important.»

Il faut savoir que la filière de dépistage continue son activité avec 300 frottis réalisé le 23 décembre dernier. Un record pour cette dernière semaine. «Les voyageurs qui souhaitent se rendre à l’étranger ont besoin d’une démonstration objective pour prouver qu’ils sont négatifs. Et puis, évidemment, dans un contexte de rencontre durant les périodes de fêtes, les personnes peu symptomatiques veulent être sûres de leur état de santé», souligne le Dr. Mikael De Rham, directeur général de l’Ensemble Hospitalier de la Côte dont fait partie l’Hôpital de Morges.

Vigilance et prévoyance, pour des fêtes en toute sécurité

D’ailleurs, la responsable du développement des pratiques Caroline Trautz appelle à toutes les familles de rester vigilantes pendant les fêtes. «Il ne faut pas rencontrer plusieurs foyers dans les mêmes jours. Veillez aussi à aérer les pièces et à vous laver les mains. S’il y a plusieurs générations, gardez vos distances ou alors portez le masque lorsque l’on ne mange pas. On préconiserait plutôt d’être dans un salon éloigné les uns des autres et pas à une table de proximité.»

Des conseils que le directeur général recommande fortement. «Nous sommes une institution au service d’une région. Nous travaillons tous les jours de l’année, 24 heures sur 24, et notre responsabilité est de faire ce qu’il faut au bon moment, ainsi que de communiquer les bonnes informations.»

En ce 24 décembre, une cellule de crise a réuni les principaux responsables de l’établissement pour faire le point sur la situation encore fragile et préparer au mieux un plan de mesures visant à enrayer une potentielle recrudescence de cas après les fêtes. «Nous avons vécu une année difficile, certes, mais il y a toujours du travail. Après une première vague qui a pris tout le monde par surprise, notre principal défi pour cette deuxième vague a été de l’anticiper. Nous avons saisi l’accalmie de cet été pour entreprendre toute une série de mesures, note le Dr. Mikael De Rham. Je tiens à remercier les professionnels de la santé qui ont tout donné cette année. Ils se sont investis et se sont exposés à des risques avec courage. Je leur suis reconnaissant.»

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