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BoycottNon aux «profiteurs du taux de change»

Depuis ce matin et jusqu'à nouvel ordre, des magazines français comme «Paris Match» ou «Elle» sont retirés des rayons des magasins Coop de Suisse romande.

par
Valérie Duby
«Ce sont des acteurs étrangers qui fixent les prix!» Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC.

«Ce sont des acteurs étrangers qui fixent les prix!» Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC.

Laurent Crottet

Coop ne fait pas dans la demi-mesure. Elle a lancé via la presse dominicale une campagne nationale. Parce que «trop, c'est trop». «Dans l'intérêt de nos clients, nous avons décidé, après de vaines négociations, de supprimer certains articles de notre assortiment», peut-on lire sur la pub. En Suisse romande, les magazines Paris Match, Grazia, Elle, Gala et Point de Vue sont supprimés de l'assortiment jusqu'à nouvel avis. D'autres titres disparaissent des rayons de Suisse alémanique et du Tessin.

Par ce boycott, le géant de la grande distribution dit «Stop aux profiteurs du taux de change». L'énorme différence de prix – on parle de 55 à 60% en moyenne, mais certains titres montrent des écarts de plus de 100% – entre les magazines étrangers achetés en Suisse et hors du territoire national ne date pas d'hier. Mais, avec l'abandon, le 15 janvier dernier, du taux plancher entre le franc et l'euro, «le déséquilibre s'est accentué», note Urs Meier, porte-parole de l'entreprise. Coop attend des maisons d'édition françaises des réductions de 10 à 20%.

Un relais bienvenu

Secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC), Mathieu Fleury salue la démarche et évoque un «relais un peu inattendu mais bienvenu dans un combat que la FRC mène depuis longtemps». «L'ampleur du scandale est visible pour tout un chacun. Il faut envoyer un coup de semonce à ces messieurs de Paris!» Rappelons que ce sont les maisons d'édition françaises qui fixent elles-mêmes les prix (imprimés sur le journal). En clair, «ce sont des acteurs étrangers qui dictent leurs lois aux distributeurs, ajoute Mathieu Fleury. Même si Coop n'est pas un acteur majeur dans ce secteur, la démarche peut engendrer une bonne dynamique.»

Comme le fait remarquer le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Berberat (PS), les librairies ont baissé leurs prix de 6 à 10% depuis le 1er mars dernier, les importateurs ayant consenti une baisse de prix liée au cours de l'euro. «Ce qui est possible dans la branche du livre devrait aussi l'être dans celle des journaux et périodiques étrangers.» L'homme connaît bien le sujet. Cela fait trois ans qu'il dépose des textes parlementaires en rapport avec le prix des journaux étrangers.

«La Suisse n'est pas une vache à lait»

Pour l'anecdote, Didier Berberat cite l'exemple du magazine Géo, «qui coûte plus cher en Suisse qu'au Canada». Qu'on ne vienne pas dire au politicien que les frais de transport justifient – même en partie – les tarifs pratiqués dans notre pays! «La démarche de Coop est intéressante. Le boycott est une mesure extrême qui comporte des risques. Mais c'est parfois la seule façon de faire bouger les choses, conclut Didier Berberat. La Suisse n'est pas la vache à lait de l'Europe!»

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