Actualisé 19.05.2020 à 13:30

Football«Non mais 43 ans, quoi! C'est inimaginable»

Le Brésilien Hilton bat des records de longévité. Ceux qui l'ont vu débarquer à Servette en 2001 se frottent les yeux.

par
Simon Meier
Hilton, ici en 2002 face à Aarau, a toujours eu un excellent sens de l'anticipation.

Hilton, ici en 2002 face à Aarau, a toujours eu un excellent sens de l'anticipation.

Keystone

Vitorino Hilton, qui aura 43 ans le 13 septembre prochain, vient de prolonger son contrat avec Montpellier pour une saison supplémentaire, jusqu'en juin 2021. Le défenseur brésilien, jamais blessé ou presque, toujours efficace ou presque, court toujours. De quoi bluffer ses anciens coéquipiers servettiens, qui l'avaient côtoyé à Genève entre l'été 2001 et fin 2003? Oui, et pas qu'un peu. Les retraités Johann Lonfat, Alexandre Comisetti et Oscar Londono ont accepté de commenter le phénomène, avec beaucoup d'admiration et de respect.

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Johann Lonfat, 46 ans, retraité depuis 2008

«La première chose que cette longévité m’inspire, c’est énormément de respect, par rapport au sérieux que cela implique. Avoir la motivation de continuer, c’est une chose. Mais que le corps arrive à suivre comme ça, au plus haut niveau, alors que le jeu va toujours plus vite et que les duels sont de plus en plus durs, c’est incroyable! Moi aussi, j’aurais rêvé de continuer plus longtemps, mais mon corps était foutu. Et là, malgré toute la meilleure volonté du monde…

»Quand Hilton est arrivé à Servette, en 2001, on a tout de suite découvert quelqu’un d’un professionnalisme irréprochable. Même s’il était agréable en termes de personnalité, c’était l’opposé du Brésilien flambeur, olé-olé. C’est un gars qui vit pour le football et son club. Il a le feu, l’amour du jeu et la soif d'aller toujours plus loin. En plus, il avait un corps fait pour durer et encaisser les coups. Cela doit être dans les gènes, je me souviens notamment d’une explosivité et d’une détente verticale incroyables.

»Hilton bénéficie peut-être du fait qu’il évolue depuis toujours au poste de défenseur central. Quoique, on n’est plus à l’époque où tu peux rester dans un fauteuil, dix mètres derrière tout le monde. Et il est encore là, le gars, on ne le fait pas jouer de temps en temps pour faire plaisir au papy. Il reste titulaire, performant face à des gamins, des flèches qui pourraient être ses fils. Donc oui, c’est ça: respect.»

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Alexandre Comisetti, 46 ans, retraité depuis 2007

«Avec cette prolongation de contrat, cela signifie qu’Hilton évoluera à 43 ans en Ligue 1. Non mais 43 ans, quoi! C’est inimaginable, surtout dans un championnat comme celui-ci, l’un des plus rythmés et exigeants sur le plan physique. Outre le professionnalisme et la mentalité, il a aussi une morphologie parfaite pour durer. Je me rappelle un athlète pas très épais mais extrêmement costaud, un peu comme ceux qui font de la grimpe. Il était très sec, toujours bien campé sur ses jambes.

»Au-delà du physique, c’est fou qu’il ait à chaque fois envie de remettre le couvert dans la tête. Quand on pense à la pression permanente, aux responsabilités inhérentes à son poste de défenseur central, souvent capitaine de surcroît, c’est incroyable de le voir encore là. Moi, même si mon corps ne m’avait pas lâché – je me suis fait les croisés à 32-33 ans –, je ne crois pas que j’aurais continué aussi tard. J’ai essayé de revenir, mais c’était la blessure de trop, d’autant plus que j’avais déjà entamé ma reconversion professionnelle.

»A l’époque où Hilton est arrivé en Suisse, Servette faisait pas mal de trading, on voyait passer beaucoup de Brésiliens ou d’Africains en test. Avec lui, dès le premier entraînement, on avait compris qu’on était tombé sur un crack, un joueur au-dessus, différent. C’est marrant de voir sa tête de papy à la télé et de me dire que je jouais avec lui il y a presque vingt ans. Je me sens tellement loin de cela que ça me fait vraiment bizarre de me dire que j’ai encore un ex-coéquipier en activité.»

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Oscar Londono, 49 ans, retraité depuis 2008

«J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour le joueur bien sûr, mais aussi pour la belle personne qu’il est. Hilton est quelqu’un de très croyant, proche de ses valeurs. Lorsqu’il est arrivé à Genève, il était déjà un jeune papa et on sentait qu’à part le foot, tout tournait autour de la famille, sa femme et ses enfants. Il était très jovial, mais sans le moindre excès. On sentait beaucoup de rigueur et de professionnalisme chez lui. La première et seule fois où je l’ai vu perdre son calme, c’est lorsque nous commencions à ne plus être payés à Servette, avant même l’arrivée de Marc Roger.

»Lorsque j’ai arrêté, à 38 ans, je n’étais évidemment plus à son niveau. Lui a réussi à éviter les blessures graves, il n’a que je sache jamais été opéré de sa carrière. En tout cas, il a bien raison de continuer tant qu’il le peut: en tant que joueur, plus on gagne en maturité et plus on s’éclate. On ne se prend plus la tête, on s’accroche aux côtés positifs. Alors je lui souhaite de continuer à jouer au foot encore longtemps, avant d’entamer une belle reconversion avec Montpellier – quand on a un type comme ça dans un club, on ne doit pas le laisser partir.»

Simon Meier

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