14.08.2020 à 03:05

Israël-ÉmiratsNormalisation en vue, divergences sur le projet d’annexion

Après l’annonce de l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis, les interprétations divergent sur le projet israélien d’annexion de territoires palestiniens.

La mairie de Tel-Aviv, en Israël, porte les couleurs des Émirats, le 13 août 2020.

La mairie de Tel-Aviv, en Israël, porte les couleurs des Émirats, le 13 août 2020.

AFP

Les Émirats arabes unis et Israël doivent signer d’ici trois semaines à Washington un accord historique destiné à normaliser leurs relations, ce qui ferait d’Abu Dhabi la troisième capitale arabe seulement à suivre ce chemin depuis la création de l’État hébreu, même si les lectures divergent sur le projet israélien d’annexion de territoires palestiniens.

Aux yeux des Émirats, en échange de cet accord, Israël a accepté de «mettre fin à la poursuite de l’annexion des territoires palestiniens». «Lors d’un appel entre le président Trump et le Premier ministre Netanyahu, un accord a été trouvé pour mettre fin à toute annexion supplémentaire», a affirmé le prince héritier d’Abu Dhabi, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane sur son compte Twitter.

Mais Benjamin Netanyahu n’a pas confirmé, loin de là: l’annexion de pans de ce territoire palestinien occupé est «reportée» mais Israël n’y a «pas renoncé». «J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion», a-t-il même proclamé. «La formulation a été choisie avec soin par les différentes parties. +Pause temporaire+, ce n’est pas écarté définitivement», a avancé pour sa part l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman.

L’Égypte et la Jordanie mesurées

Saluant l’accord trouvé, la France a jugé que «la décision, prise dans ce cadre par les autorités israéliennes, de suspendre l’annexion de territoires palestiniens est une étape positive, qui doit devenir une mesure définitive», selon le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

L’Égypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes à entretenir des liens diplomatiques avec l’État hébreu après les traités de paix conclus respectivement en 1979 et 1994, sont restées mesurées. Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays est un allié des Émirats et des États-Unis, a sobrement salué l’accord, estimant que cela empêcherait une annexion de pans de la Cisjordanie.

La Jordanie n’a ni salué ni rejeté l’accord, jugeant que son avenir dépendrait des prochaines actions d’Israël, qui doit mettre un terme à «son entreprise illégale» d’occupation de territoires, selon Aymane Safadi, chef de la diplomatie jordanienne.

«Jour historique»

L’annonce de l’accord a été faite par Donald Trump dans un tweet: «Une ÉNORME avancée», a tweeté le président américain en louant un «accord de paix historique» entre «deux GRANDS amis» de Washington. Il a par la suite précisé que l’accord serait signé «dans les trois prochaines semaines» à Washington, en présence des deux dirigeants israélien et émirati.

L’établissement de relations diplomatiques entre Israël et les alliés des États-Unis au Moyen-Orient, y compris les riches monarchies du Golfe, est un objectif clé de la stratégie régionale de Donald Trump pour contenir la République islamique d’Iran, ennemi intime de Washington et de l’État hébreu. Depuis sa fondation en 1948, Israël a de son côté eu des relations tumultueuses avec le monde musulman et arabe.

Pour Benjamin Netanyahu, il s’agit d’un «jour historique», d’un accord qui représente une «nouvelle ère» pour le monde arabe et Israël.

Accomplissement majeur

À cette heure, cette annonce constitue aussi un accomplissement majeur en politique étrangère pour Donald Trump, alors que la campagne pour sa réélection en novembre s’annonce difficile. Dévoilé en janvier, un plan de Donald Trump pour le Proche-Orient, immédiatement rejeté par les Palestiniens et critiqué par la communauté internationale, avait offert à Israël la possibilité d’annexer des territoires et colonies juives de Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international.

L’accord est en tout cas une «victoire» pour la diplomatie, a commenté l’ambassadeur des Émirats à Washington, Youssef al-Otaïba sur Twitter. «C’est une avancée pour les relations entre Israël et les pays arabes», a-t-il ajouté, soulignant que l’accord «préserve l’option de deux États (israélien et palestinien), défendue par la Ligue arabe et la communauté internationale».

Dans le même sens, le ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats, Anwar Gargash, a souligné que l’accord ouvrait la voie à l’option de deux États. «La plupart des pays y verront une initiative courageuse pour garantir une solution à deux États, à l’issue de négociations», a-t-il déclaré en conférence de presse. Il n’a pas voulu donner de date précise pour l’ouverture d’ambassades entre Abou Dhabi et Israël, précisant toutefois que cela interviendrait «prochainement». L’option de deux États a été ignorée jusqu’ici par le président Trump dont le plan de paix ne comporte aucune référence à un État palestinien vivant aux côtés d’Israël.

Saluant l’accord dans un communiqué, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a confié espérer qu’il créerait «une occasion pour les dirigeants israéliens et palestiniens de reprendre des négociations substantielles, débouchant sur une solution à deux États conformément aux résolutions onusiennes en la matière».

Palestiniens vent debout contre l’accord

Pour sa part, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a salué «un pas en avant significatif pour la paix au Moyen-Orient». «Les États-Unis espèrent que cette étape courageuse sera la première d’une série d’accords qui mettront fin à 72 ans d’hostilités dans la région», a déclaré Mike Pompeo.

Mais l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a, elle, qualifié de «trahison» l’accord de normalisation et a appelé à une «réunion d’urgence» de la Ligue arabe pour le dénoncer. En guise de protestation, elle a aussi ordonné le rappel «immédiat» de l’ambassadeur palestinien à Abou Dhabi. «Les dirigeants palestiniens rejettent ce que les Émirats arabes unis ont fait. Il s’agit d’une trahison de Jérusalem et de la cause palestinienne», a indiqué dans un communiqué la direction palestinienne appelant à une «réunion d’urgence» de la Ligue arabe pour dénoncer le projet soutenu par les États-Unis.

Le Hamas palestinien l’a aussi condamné. Cet accord «ne sert pas la cause palestinienne mais est considéré comme une continuation du déni des droits du peuple palestinien», a dit à l’AFP Hazem Qassem, porte-parole du mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza.

L'accord entre Israël et les Emirats est une «stupidité stratégique»

L'accord de normalisation des relations entre Israël et les Emirats arabes unis conclu sous l'égide des Etats-Unis est une «stupidité stratégique», a réagi vendredi le ministère iranien des Affaires étrangères.

Cet accord annoncé la veille est une «stupidité stratégique d'Abou Dhabi et de Tel-Aviv qui renforcera sans aucun doute l'axe de résistance dans la région. Le peuple opprimé de Palestine et toutes les nations libres du monde ne pardonneront jamais la normalisation des relations avec l'occupant et le régime criminel d'Israël et la complicité des crimes du régime», a déclaré le ministère iranien dans un communiqué.

L'accord Israël/Emirats est «une contribution importante à la paix»

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a jugé vendredi que l'accord de normalisation des relations entre Israël et les Emirats arabes unis était «une contribution importante à la paix dans la région».

C'est «un pas historique», a estimé le chef de la diplomatie allemande dont le pays assure actuellement la présidence tournante de l'UE. «Nous espérons que cet accord (...) va permettre de donner un nouvel élan au processus de paix au Proche-Orient».

(AFP/NXP)

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