Nos légendes: Normand Dupont, l'artiste qui n'a jamais quitté la patinoire

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Nos légendesNormand Dupont, l'artiste qui n'a jamais quitté la patinoire

Icône de Bienne et d'Ajoie, le Québécois s'apprête à prendre sa retraite d'agent de joueurs. Coup de rétro avec un passionné passionnant.

par
Sport-Center
A 63 ans, Normand Dupont dispute toujours des matches caritatifs avec les Anciens du Canadien de Montréal.

A 63 ans, Normand Dupont dispute toujours des matches caritatifs avec les Anciens du Canadien de Montréal.

Anciens Canadiens

27 ans. Voilà 27 ans que Normand Dupont (qui a fêté son 63e anniversaire le 5 février) a disputé son dernier match professionnel. Après avoir enfilé durant sept saisons l'uniforme du HC Bienne, dont il était devenu la figure marquante de la fin des années 80 en compagnie notamment du gardien Olivier Anken, l'élégant attaquant québécois avait joué les prolongations pendant deux campagnes avec Ajoie.

Deux points par match

Mais, même s'il avait fêté une promotion en LNA avec le club jurassien en 1992, son nom reste étroitement lié à un HCB avec qui il avait connu cinq saisons (de 36 matches à l'époque) à plus de 70 points personnels. Au téléphone, quand on évoque l'aventure avec l'icône du club seelandais installée à Montréal, on devine une large sourire sur son visage et on perçoit de l'émotion dans sa voix.

«Quand l'offre de Bienne était arrivée, j'étais partagé entre deux sentiments. Celui de ne pas avoir eu la carrière espérée en NHL (ndlr: cinq saisons avec Montréal, Winnipeg et Hartford) et celui de commencer une nouvelle vie, de découvrir une autre culture, un autre hockey.»

Premier choix du Canadien au repêchage 1977 de la NHL, à une période où le club de la métropole québécoise collectionnait les Coupes Stanley et reposait sur un noyau emmené par Guy Lafleur, Dupont n'avait pas réussi à forcer l'alignement du Tricolore et avait été échangé aux Jets de Winnipeg malgré un camp d'entraînement éclatant en 1980. «J'en ai longtemps voulu à l'organisation», note-t-il. Au terme d'une saison 83-84 où il avait navigué entre la NHL et la AHL, il avait commencé à envisager de trimbaler ses crosses sur le Vieux-Continent.

«Les gars travaillaient la journée»

Avant de prendre sa décision, il avait consulté son «chum» Dan Poulin, qui tenait la ligne bleue biennoise. Il avait cédé aux sirènes et n'a jamais eu l'occasion de regretter ce choix. «Au début, ce n'était pas évident de remplacer Richmond Gosselin, qui avait été la vedette de l'équipe. J'avais dû m'adapter à un autre style de jeu. Mais je me souviens que Monsieur Jean Helfer avait été adorable avec moi. Il m'avait donné le temps nécessaire pour que je trouve mes repères et pour que ma femme et moi ne manquions de rien.»

Normand Dupont, en février 1991 lors d'un match de LNA Berne-Bienne (photo: Keystone)

Normand Dupont, en février 1991 lors d'un match de LNA Berne-Bienne (photo: Keystone)

En dehors de la patinoire, Normand Dupont s'était facilement accoutumé à un mode de vie qu'il qualifie de «calme» même si les restaurants et les magasins avaient des heures d'ouverture moins généreuses qu'au Canada. «En fait, rigole-t-il, au fil des années, j'avais plus de misères avec la vie montréalaise. En été, quand je rentrais au pays, tout me semblait tellement speed…»

Au Stade de Glace, à ses débuts, il avait également mesuré un décalage avec le milieu dans lequel il avait baigné sur le continent nord-américain. «Mon premier choc avait été de réaliser que la quasi totalité de mes coéquipiers n'étaient pas professionnels. Ils exerçaient un métier qui leur permettait de gagner leur vie en journée et s'entraînaient ou jouaient en LNA en soirée. Au début, c'était un choc. J'ai pensé que j'étais arrivé dans un environnement amateur. Mais j'ai vite changé d'opinion. Les gars avaient une sacrée faculté pour passer d'une vie à l'autre.»

Un tour du chapeau contre Davos, le 23 novembre 1985

Un tour du chapeau contre Davos, le 23 novembre 1985

Des étrangers sous pression

Dans les années 80, alors que chaque club de LNA ne pouvait aligner que deux étrangers, les importés étaient souvent considérés - pas toujours à juste titre - comme les baromètres de l'équipe. Leur cote de sympathie était étroitement liée à leur fiche de production. «Il y avait de la pression, c'est sûr, reprend Normand Dupont. Mais cela n'a jamais été un problème pour moi. Avec mon expérience acquise en Amérique du Nord, je savais que la pression la plus forte était celle que je me mettais. Je vivais dans un contexte où un joueur étranger devait produire et je me disais que c'était normal, que cela faisait partie de mon job.»

Comme il a conservé une moyenne de plus de deux points par rencontre avec le HCB, le Montréalais a davantage été confronté aux éloges qu'aux sifflets. «C'est vrai, les gens étaient sympas avec moi. En fait, il étaient sympas avec toute l'équipe car on avait un bon groupe de gars. C'était vraiment plaisant de côtoyer les Anken, Leuenberger et autre Cattaruzza au quotidien.»

Roi des compteurs de la saison 1989-1990.

Roi des compteurs de la saison 1989-1990.

Pourtant, un jour de 1991, sans qu'il sente vraiment le vent tourner, son siège s'est mis à vaciller dans le vestiaire d'un HC Bienne dont les membres de la direction avaient changé. «Après les arrivées de Slava Bykov et d'Andreï Khomutov à Fribourg, plusieurs équipes avaient choisi de suivre la mode russe.» Bienne avait été l'une d'entre elles.

«A 34 ans, c'était l'occasion, pour moi, de relever un autre challenge, même en LNB, raconte Dupont. J'avais été approché par Monsieur Charly Corbat qui venait d'enrôler Richmond Gosselin au poste d'entraîneur.» Un an plus tard, après une association fructueuse avec son compatriote Lane Lambert sur la première ligne d'attaque (il avait obtenu 116 points en 46 matches, play-off compris), le Québécois célébrait une promotion en LNA. «A Bienne, avec Dan Poulin et Gaston Gingras, j'avais toujours joué avec un défenseur étranger. A Ajoie, c'était cool de faire la paire avec un attaquant importé.»

Agent certifié NHL

Douze mois plus tard, pourtant, les sourires s'étaient mués en grimaces. Après une campagne pourrie par les blessures, Dupont avait annoncé sa retraite sportive suite à une relégation en LNB. «Je n'avais pas rangé mes patins à cause de la rétrogradation, insiste-t-il. Michael, le plus jeune de mes deux garçons, allait commencer sa scolarité à l'automne et, avec mon épouse, on avait choisi de le faire dans un environnement stable, sans devoir le changer d'établissement en fonction d'éventuels changements de clubs. On était donc rentré au Québec.»

Le 7 décembre 1991, il avait inscrit 6 buts pour Ajoie contre le Lausanne HC.

Le 7 décembre 1991, il avait inscrit 6 buts pour Ajoie contre le Lausanne HC.

Où Normand Dupont n'a jamais coupé le cordon avec un sport qui a toujours bercé son existence. Après avoir travaillé durant trois ans au sein d'une compagnie d'agents de joueurs, il a créé sa propre entreprise, certifiée par la NHL, en 1997. Outre-Atlantique, son plus illustre client a été l'attaquant Jason Pominville qui a patiné durant 16 ans pour les Sabres de Buffalo et le Wild du Minnesota.

En Suisse, il s'est très longtemps occupé des intérêts de Goran Bezina. «Je représente aussi des joueurs nord-américains sur le marché européen, notamment en Allemagne et en Suisse. D'ailleurs, j'en profite pour venir dans votre pays une fois par année, et c'est toujours un plaisir.»

Passage de témoin

Ces jours-ci, il mesure parfaitement la nouvelle réalité économique. «Tout est à l'arrêt, ce n'est pas le bon moment de parler de contrats avec les clubs. Je sens que les organisations craignent une baisse de rentrées et elles sont logiquement prudentes en dessinant les plans de leur futur immédiat.» A 63 ans, Normand Dupont a peut-être déjà signé son dernier contrat puisque l'un de ses fils est sur le point de reprendre le flambeau et de perpétuer le lien entre la famille Dupont et le hockey sur glace.

En 2009, à l'occasion des 100 ans du Canadien de Montréal, il avait été à l'honneur dans «Le Journal de Montréal».

En 2009, à l'occasion des 100 ans du Canadien de Montréal, il avait été à l'honneur dans «Le Journal de Montréal».

Normand, lui, aura alors le loisir de fréquenter en toute quiétude le salon des anciens du Centre Bell et de suivre les matches du Canadien de Montréal, à qui il a pardonné l'épisode de l'été 1980. Et, de temps à autre, chausser les patins avec les anciens Canadiens, qui disputent régulièrement des matches à but caritatif. Il y croise notamment d'autres joueurs passés par le championnat suisse, tels qu'Oleg Petrov, Stephan Lebeau, Gilles Thibaudeau et Patrice Brisebois. L'occasion, à chaque fois, de parler de ce bon vieux temps.

Emmanuel Favre

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