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Polémique«Nos chevaux ne font pas de lasagnes!»

Les défenseurs des animaux s’insurgent que les poulains de la race franche-montagne subventionnés par la Confédération finissent à la boucherie. Réactions.

par
Vincent Donzé
Photos Passion-Fotolia

Elles sont quatre, les associations regroupées dans l’Alliance Animale Suisse, à dire ce matin «stop au subventionnement des lasagnes». Leur cible: la subvention fédérale de 500 francs accordée aux éleveurs et aux paysans à chaque naissance d’un poulain de la race des franches-montagnes.

Des poulains de l’unique race indigène du pays, il en naît 2100 par an, pour une enveloppe fédérale de 1,2 million. Le hic, selon un décompte rapporté par SonntagsBlick , c’est que la moitié de cette somme finance des poulains promis à la boucherie. Pour Katharina Büttiker, présidente d’Animal Trust, «cette subvention à l’abattage n’a rien à voir avec le maintien d’une race», selon les propos de l’hebdomadaire alémanique. Elle propose donc de reporter le soutien fédéral à des chevaux de 4 ans qui ont échappé à l’abattoir.

«Nos chevaux ne font pas des lasagnes», s’insurge Bernard Beuret, président de la Fédération suisse d’élevage du cheval de la race des franches-montagnes. Selon lui, ce sont un tiers des poulains subventionnés qui sont vendus 1300 francs pour être bouchoyés, mais pas de gaieté de cœur: «J’affirme que 99,5% des éleveurs vont à la boucherie avec un pincement au cœur.» Pourquoi ne pas changer le mode de calcul? «Pourquoi pas, mais les variantes étudiées ne feraient que précipiter plus encore la diminution des naissances», répond Bernard Beuret, en évoquant un «processus de régression de la race».

Chroniqueur chevalin au Franc-Montagnard , Michel Lambert explique pourquoi des poulains partent aux abattoirs à 6, 8 ou 10 mois: «Un éleveur doit éliminer ceux qui présentent un défaut, après avoir payé pour la saillie, le vermifuge, le fourrage.» Un éleveur, soit, mais un paysan? D’après des témoins, certains, en plus de leurs bovins, gardent une jument juste pour toucher 500 francs.

Mais qu’il trotte mal ou qu’il n’ait pas la croupe assez rebondie, un franche-montagne finit en steak ou en bourguignonne, en saucisse ou en viande séchée, mais jamais en lasagnes: «Les poulains de nos pâturages fournissent une viande bio de premier choix», assure Michel Lambert.

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