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DébatNos politiciens sont de plus en plus vulgaires

Les politiciens ont tendance à dangereusement se lâcher au niveau du vocabulaire. La palme revient à Genève où les dérapages se multiplient. Comment pourrait-on sanctionner ces goujats, selon vous?

par
Valérie Duby et Cléa Favre

C'est devenu «l'affaire Menoud». Le monde politique genevois est en feu après les propos tenus par le conseiller municipal MCG mercredi dernier. Au cours d'un débat consacré à la Commission de naturalisation, Denis Menoud s'en est pris férocement aux rangs de la gauche et plus particulièrement à des députés aux noms de famille à consonance étrangère. Extraits choisis: «Vous devriez être fiers d'être Suisses. (…) Mais qui servez-vous, bande d'hypocrites? Oui, tu sers quoi? Tu sers la NSA? Tais-toi. Mais tais-toi. (…) Taisez-vous et retournez à Belleville si vous n'êtes pas contente. Retournez dans votre quartier français. Nous ne voulons pas de vous. Et si vous êtes Suisse pour nous cracher dessus, c'est inacceptable.» Et Denis Menoud d'enjoindre en vociférant une conseillère municipale à «rendre son passeport» et d'accuser un autre élu de n'être rien d'autre qu'un «parasite social».

Ironie du sort, l'intervention de Denis Menoud survient alors que les maires des communes genevoises ont reçu une lettre du Conseil d'Etat leur remémorant les règles de civilité et de retenue des élus. Dans ce courrier (lu par Sandrine Salerno la veille de l'incident), il est rappelé qu'il est répréhensible de prononcer des paroles pouvant porter atteinte à l'honneur ou à la considération ainsi que d'employer une expression méprisante ou outrageante. Il y a un an, le même Denis Menoud avait accusé les Verts et les socialistes de faire de la «propagande camouflée pour les pédophiles».

Davantage de respect il y a 50 ans

Cette tendance aux dérapages verbaux de la part de la classe politique n'est pourtant pas l'apanage de Genève, ni même de la Suisse. Les illustrations sont aussi légion chez nos voisins français, où par exemple une candidate du Front national – depuis suspendue – a récemment comparé la ministre de la Justice à un singe. Selon le professeur à l'Institut de hautes études en administration publique Andreas Ladner, «il y a 50 ans, il y avait un plus grand respect attaché à la fonction de responsable politique. Leur langage était donc plus policé, plus soutenu.»

Plusieurs explications peuvent être avancées pour expliquer ce phénomène. Notamment l'avènement des réseaux sociaux et l'accélération de l'information. «Tout se passe très rapidement. Les politiques n'ont pas forcément le temps de réfléchir. Mais savoir ce que l'on doit dire si on réagit vite et maîtriser Facebook et Twitter est faisable. On ne peut pas excuser n'importe quoi!» commente le politologue.

D'autant plus qu'à ses yeux, ces coups d'éclat ne sont pas sans conséquence pour le fonctionnement démocratique. «Il faut distinguer les sorties qui répondent à un calcul et celles, spontanées, qui échappent à la personne. On attend d'un responsable politique qu'il maîtrise ses émotions et son discours. Au final, le risque est de voir la classe politique se décrédibiliser.» Cependant, le politologue relativise: selon lui, ce phénomène s'autorégule car la vulgarité mène à l'échec électoral. «Trop de dérapages entraînent une non-réélection», explique-t-il.

Du côté de Genève, le président du Conseil municipal, l'UDC Pascal Rubeli, a pris les choses en main. Pour lui, l'incident n'est pas «accidentel mais au contraire délibéré». Il a convoqué une séance aujourd'hui, consacrée à l'affaire Menoud. Mercredi, il sera débattu en commission de trois nouveaux points du règlement du Conseil municipal pour améliorer le «maintien de l'ordre». Parmi eux, l'exclusion possible d'élus en plénière et en commissions, comme c'est déjà le cas au Parlement genevois.  

L'EDITO

L'avis de Gianni Haver, sociologue des médias

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