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FinanceNotez les pays sur Wikirating

Deux ingénieurs suisses ont mis au point la première agence de notation communautaire. Ils rêvent d’en faire une alternative sérieuse à Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch.

par
Renaud Malik
Michele Limina

C’est officiel, la Suisse a perdu son triple?A. Tout comme la France, qui n’en garde plus qu’un seul. Tel est en tout cas le verdict de Wikirating, première agence de notation communautaire du monde. Conçue par deux ingénieurs zurichois, elle se veut une alternative sérieuse aux poids lourds que sont Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s.

Esprit participatif Actif depuis quelques semaines, le site Wikirating.org ressemble comme deux gouttes d’eau à Wikipédia. C’est le même esprit participatif qui y règne: chaque inscrit vote pour noter un pays ou une société. Et ça fonctionne, observe le Franco-Suisse Erwan Salembier, cofondateur du site: «Les contributeurs sont des amateurs, mais avec un certain degré d’expertise. Beaucoup d’étudiants en master finance nous ont dit participer. Le résultat des votes correspond d’ailleurs bien à la réalité. Par exemple, quand la France écope d’un simple A, cela me semble plus crédible que le triple A que lui donnent Moody’s et Standard & Poor’s!»

Erwan Salembier et son confrère Dorian Credé ont beau se défendre d’être des «indignés», ils partagent le même agacement devant la toute-puissance des grandes agences. C’est la manière contestable dont elles ont noté les obligations liées aux subprimes à l’origine de la crise de 2008 qui a conduit les deux informaticiens à créer Wikirating: «On a été ébahi devant la puissance des agences de notation, le manque de transparence dans leur méthodologie, et l’absence d’alternative offerte aux investisseurs. On a eu l’idée de créer une communauté d’utilisateurs qui seraient aussi acteurs. Il nous a fallu un an et demi pour mettre Wikirating en ligne.»

La jeune plate-forme aurait-elle la prétention de concurrencer les Fitch et Moody’s? «On ne se voit ni comme des concurrents ni comme des ennemis de ces agences, sourit Erwan Salembier. Nous voulons simplement combler le manque de transparence et offrir la possibilité de comparer.»

Devenir une référence Certes, poursuit le trentenaire d’origine bretonne, il reste beaucoup à faire. Développer les méthodes de notation et élargir la masse des contributeurs, notamment. A terme, Wikirating pourrait pourtant bien s’imposer comme une référence crédible pour les banques et les risk managers, conclut Erwan Salembier: «Oui, on pense qu’ils peuvent parfaitement accorder leur confiance à un site communautaire. Ce n’est pas si insensé. Après tout, au début de Wikipédia, les gens étaient sceptiques. Aujourd’hui, c’est une référence!»

LA QUESTION DU JOUR

Faut-il un contre-pouvoir aux agences de notation?

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