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Musique«Notre boulot, c'est de détendre»

Après leurs passages en 2003 et 2007, le quatuor français de Tryo aux chansons festives et engagées reste parmi ceux auxquels le Paléo est le plus attaché.

par
Laurent Flückiger
Sony Music

Tryo sur la Grande Scène et sous une belle nuit étoilée juste avant minuit sera sans doute l’un des moments marquants de cette 38e édition. Le public aime ses hymnes festifs et engagés et son côté self-made, qui lui permettent d’être dix-huit ans encore après ses débuts (avec un 5e album en poche, «Ladilafé», sorti en 2012) l’un des poids lourds de la chanson française. Coup de fil au plus dégarni des quatre, Guizmo.

Tryo se sent comme à la maison au Paléo. Pourtant vous n’êtes pas revenus depuis six ans, c’est long!

C’est bon de se faire désirer un peu! Après la tournée de nos 10 ans de groupe, on a fait un break entre 2009 et 2012, afin d’écrire des chansons mais aussi de se ressourcer pour mieux se retrouver.

Quel souvenir gardez-vous de votre premier passage en 2003?

On connaissait le Paléo de réputation et il s’y est passé quelque chose de spécial: notre rencontre avec la compagnie Les Arrosés. On les a invités à nous rejoindre sur la scène de l’Olympia quelques mois plus tard, puis on a fait une tournée de cirque ensemble durant une grosse année.

Tryo, c’est le groupe par excellence des festivals…

C’est vrai que les festivals nous rendent particulièrement heureux. C’est l’occasion de revoir les gens, de remercier ceux qui nous sont fidèles et de conquérir un public qui n’est pas forcément acquis. On est fans de Santana, aussi. C’est la punition de passer après lui, ce soir. On est comme ça, on a encore peur. C’est bien que ce sentiment soit encore présent.

Que nous réservez-vous pour ce soir?

Eh bien, tout le monde a vu Tryo bien entouré. Ce soir, on sera que les quatre pour un retour aux sources: juste des voix, des guitares, des percus. Un concert très festif et sans fioritures.

On vous décrit souvent comme gentiment contestataires. Ça vous convient?

Oui. Tryo n’est ni un parti politique ni une association mais un groupe de musique. Donc on a ce côté militant mais notre boulot reste de détendre. D’ailleurs, on aime bien citer Desproges ou Coluche en exemple.

Vous devez être sollicités pour toutes les causes altermondialistes.

Énormément et on ne peut pas dire oui à tout. On veut rester crédibles, ne pas donner de faux espoirs. Depuis dix ans, on se concentre sur Greenpeace.

Quinze ans après «L’hymne de nos campagnes», vous reparlez d’écologie dans votre dernier album avec désillusion.

A l’époque de «L’hymne de nos campagnes», on nous traitait de babas cool qui allaient faire leur fromage le soir à la laiterie. Aujourd’hui, l’écologie est à la mode et les publicitaires s’en emparent, c’est ce dont on parle dans «Greenwashing». Oui, il y a de la désillusion. En quinze ans, il y a eu une prise de conscience générale mais ça ne va pas assez vite. Malgré tout, il y a de l’optimisme.

Vous avez longtemps hésité à vous affichez dans les médias. Pourquoi?

On avait très peur de devenir le tube de l’été et de disparaître comme Regg’Lyss ou Les gamins en folie, qui étaient des groupes qu’on aimait bien. L’engouement autour de Tryo s’est fait au bouche-à-oreille, sans les médias, et on n’avait pas envie de vendre notre musique comme de la poudre à lessive.

Preuve que Tryo a déjà 18 ans d’âge, vous avez écrit «Nous génération» dans le dernier album. De quoi parle-t-il?

Quand mon fils partait à l’école avec son caleçon qui dépassait du pantalon, sa mère lui disait: «Tu vas à l’école, pas à une boum!» Ça m’a rappelé moi quand j’avais ma crête et mes Doc Martens, et le discours de mon père. Le look et l’adolescence se répètent. J’ai écrit ce morceau, qui a été validé par mon fils (il a 14 ans). D’ailleurs, je l’emmène pour la première fois au Paléo en tour bus. Il pourra découvrir que les concerts, ce n’est pas que de la rigolade.

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