Votation du 25 septembre: Notre consommation de viande au coeur de l’initiative contre l’élevage intensif

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Votation du 25 septembreNotre consommation de viande au cœur de l’initiative contre l’élevage intensif

Les partisans de l’initiative, sur laquelle le peuple se prononcera le 25 septembre, ont lancé leur campagne lundi. Voici leurs arguments.

par
Christine Talos
Les partisans de l’initiative lundi devant la presse à Berne.

Les partisans de l’initiative lundi devant la presse à Berne.

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Le peuple devra se prononcer le 25 septembre prochain sur l’initiative populaire contre l’élevage intensif. Les initiants ont lancé officiellement leur campagne lundi à Berne pour ce texte combattu par la droite, les milieux économiques, le Conseil fédéral et une grande partie des milieux paysans. Le texte s’attaque à la production animale industrielle et surtout à la consommation de viande jugée bien trop élevée en Suisse. On décortique les revendications de l’initiative.

1. Plus de place et des soins respectueux

En Suisse, la publicité pour la viande aime montrer des animaux gambadant heureux dans les prés. Mais la réalité est tout autre dans les élevages industriels, souligne la conseillère nationale Léonore Porchet (Verts/VD). Quelque 50% des porcs ne voient jamais le soleil et certains ne disposent pas de plus d’un mètre carré dans les halles qui peuvent contenir jusqu’à 1500 animaux, dénonce-t-elle. Chez les poulets, 90% d’entre eux ne voient pas le jour et les exploitations peuvent abriter jusqu’à 27’000 volailles. En outre, le nombre d’abattages a doublé en 20 ans, selon le codirecteur de campagne Philipp Ryf et 83 millions d’animaux ont été tués l’année dernière. Les initiants demandent donc plus d’espace pour les animaux, des sorties régulières en plein air et des soins adaptés.

2. Le respect de la dignité animale

Pendant leur trajet vers l’abattoir, les animaux sont souvent soumis à un stress intense. Ils sont ensuite étourdis avec des méthodes sujettes aux erreurs. «Or la communauté scientifique reconnaît que les animaux sont des êtres sensibles capables de ressentir la douleur», soulève Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber. «Un vrai dilemme pour nous: pouvons-nous continuer de les exploiter en leur infligeant mutilations, confinement contre nature, manipulations et abattage violent pour notre consommation tout en sachant qu’ils sont des êtres sensibles comme nous?» Et de réclamer une transition protéinique qui vise à passer progressivement à une alimentation faite de protéines végétales. L’initiative demande en outre des méthodes d’abattage sans souffrance.

3. Mieux répondre aux enjeux climatiques

Les produits d’origine animale sont responsables de 85% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole en Suisse. De plus, la production animale industrielle entraîne la production d’ammoniac qui représente 94% des émissions nationales de ce gaz polluant, selon Delphine Klopfenstein. Lutter contre l’élevage intensif, c’est donc contribuer à résoudre les enjeux climatiques, notamment ceux liés à la surfertilisation des sols et à la qualité des eaux. En outre, la Suisse est trop petite pour nourrir ses animaux et doit importer 1,4 million de tonnes de fourrage. Diminuer la production animale permettrait de diminuer l’importation du fourrage qui leur est destiné. Ce qui permettrait aussi de lutter contre la famine dans le monde puisque de nombreuses populations cultivent leurs terres arables pour le fourrage.

4. Normes bios suisses pour les importations aussi

Les agriculteurs suisses sont en concurrence avec des exploitations étrangères qui ne se préoccupent pas du bien-être animal. L’initiative demande que seuls les animaux et les produits animaux répondant aux normes de Bio Suisse puissent être importés. «De telles interdictions sont conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)», assure le conseiller aux États zurichois Daniel Jositsch (PS).

Un texte inutile qui risque de faire grimper les prix, selon les opposants

Le Conseil fédéral et le parlement rejettent l’initiative qu’ils considèrent comme inutile, puisque les formes d’élevage qui portent atteinte au bien-être des animaux sont déjà interdites en Suisse. De plus, la dignité et le bien-être de l’animal sont protégés par la loi et de plus en plus d’animaux de rente sont détenus de façon particulièrement respectueuse.

Du côté des opposants, un comité constitué de personnalités de droite et d’organisations paysannes et économiques estime que «l’initiative imposerait à l’élevage de se conformer aux directives bios, privant ainsi la population de sa liberté de choix et donnant lieu à une hausse massive des prix». Selon leurs estimations, les prix augmenteraient de 20 à 40% et la frange la moins favorisée de la population n’aurait plus les moyens de se payer de la viande et se tournerait vers le tourisme d’achat.

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