01.03.2012 à 16:52

Programme nucléaire«Nous jugerons les dirigeants nord-coréens sur leurs actes»

La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a aussi parlé d'un «premier pas modeste dans la bonne direction». Les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord ont enregistré un net réchauffement avec l'accord donné mercredi par Pyongyang.

La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton s'est exprimée de manière prudente.

La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton s'est exprimée de manière prudente.

AFP

Selon le département d’État américain, la Corée du Nord a accepté la mise en place d'un moratoire sur les lancements de missiles à longue portée, sur les essais nucléaires et les activités d'enrichissement d'uranium menées à son usine de Yongbyon. L'annonce a été confirmée par l'agence de presse officielle nord-coréenne.

La Corée du Nord a également accepté le retour d'inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour superviser le moratoire sur l'enrichissement. L'agence a salué un «important pas en avant».

Assistance alimentaire

«Encouragé», le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a appelé à une «dénucléarisation vérifiable» de la péninsule. Les États-Unis se sont engagés à faire avancer le dossier concernant la livraison de 240'000 tonnes d'assistance alimentaire.

Le programme prévoit de la nourriture pour les jeunes enfants et les femmes enceintes, une population délaissée par le régime, selon un responsable américain.

Prudente, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a parlé d'un «premier pas modeste dans la bonne direction.» «Nous regarderons bien sûr très attentivement ce que feront les nouveaux dirigeants nord-coréens et nous les jugerons sur leurs actes», a-t-elle déclaré au Congrès.

Même son de cloche à la Maison Blanche qui a évoqué «un premier pas positif». «Mais nous devons nous concentrer aussi bien sur les actes que sur les accords et les déclarations», a précisé le porte-parole Jay Carney.

Négociations à Six

La Chine, seul soutien de poids de Pyongyang, s'est félicitée jeudi de l'annonce du moratoire et de «l'amélioration des relations entre la Corée du Nord et les États-Unis.»

La Russie a aussi salué la décision de Pyongyang, ainsi que celle de Washington de lui octroyer une aide alimentaire.

Paris s'est de son côté félicité d'une «avancée encourageante» mais a demandé qu'elle soit «suivie d'effets concrets, et que Pyongyang rejoigne le chemin du dialogue et de la légalité internationale en vue d'un démantèlement complet, vérifiable et irréversible de son programme nucléaire et balistique.»

Ces nouvelles avancées interviennent après des pourparlers en Chine entre Washington et Pyongyang visant à reprendre des négociations à Six (les deux Corées, Chine, Japon, Russie, Etats-Unis) sur l'abandon du programme nucléaire nord-coréen, au point mort depuis décembre 2008.

Le Japon a jugé prématurée toute reprise de ces pourparlers, mais estimé que l'accord Pyongyang-Washington allait dans la bonne direction.

«L'environnement entourant les pourparlers à Six s'améliore peu à peu (mais) si vous nous demandez si nous pouvons les reprendre immédiatement, je dirais que nous n'en sommes pas là», a déclaré jeudi le ministre japonais des Affaires étrangères, Koichiro Gemba.

Gouvernement moins hostile

Les discussions américano-nord-coréennes étaient les premières depuis la mort du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il en décembre, remplacé par son fils Kim Jong-Un.

Responsables et experts américains se gardent bien de miser gros sur d'hypothétiques dispositions pacifistes de ce dernier qui, contrairement à son père et à son grand-père, s'est frotté à l'Occident pendant ses études en Suisse.

«Ce rebondissement semble suggérer que le nouveau gouvernement est ouvert aux réformes et qu'il est, en tout cas, beaucoup moins hostile que par le passé», a cependant estimé Bruce Cumings de l'Université de Chicago.

En 2009, la Corée du Nord avait expulsé les inspecteurs de l'AEIA puis procédé à un essai nucléaire, le second depuis 2006.

En novembre 2010, elle avait dévoilé son usine d'enrichissement d'uranium, nouveau moyen pour le régime communiste de développer l'arme nucléaire en parallèle à un programme de fabrication de bombes au plutonium.

Pyongyang a réaffirmé mercredi que les deux parties avaient reconnu l'accord de 2005 entre les Six comme base de la reprise des pourparlers. Cet accord prévoit la dénucléarisation de la péninsule en échange d'une aide économique, en particulier énergétique.

En 2005, les Six avaient accepté de «respecter» la volonté du Nord de se doter de réacteurs à eau légère pour se fournir en électricité, moins susceptibles d'être détournés à des fins militaires.

Pyongyang a par ailleurs confirmé que les deux parties s'étaient engagées à reconnaître l'armistice de 1953 entre les deux Corées comme «pierre angulaire de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne jusqu'à la conclusion d'un traité de paix.»

Alors que des manœuvres militaires conjointes entre Américains et Sud-Coréens ont démarré lundi, la porte-parole de la diplomatie américaine a assuré que les «États-Unis n'avaient pas d'intention hostile envers la Corée du Nord».

(AFP)

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