Actualisé 07.07.2020 à 04:41

Nous sommes peu d'infectés: gare à la deuxième vague!

Coronavirus

Même dans les foyers de l'épidémie, la part de la population contaminée est faible, selon une étude genevoise. L'immunité collective est irréalisable.

par
lematin.ch
Selon les constats, le virus pourrait à nouveau circuler comme au début de la pandémie dans une deuxième vague si les précautions ne sont pas prises.

Selon les constats, le virus pourrait à nouveau circuler comme au début de la pandémie dans une deuxième vague si les précautions ne sont pas prises.

Keystone

Combien de personnes dans le monde ont attrapé le coronavirus? Plus de 11 millions selon le bilan du 6 juillet. Mais il s'agit là de cas diagnostiqués. Sachant que 80% des personnes contaminées ne montrent que peu de symptômes, voire pas du tout, elles sont donc nombreuses à ne pas être allées faire le dépistage.

Pour se rendre compte du taux de la population infectée, plusieurs études ont été menées, notamment dans des régions particulièrement touchées par le coronavirus, dont les États-Unis, la Chine, l'Espagne et même Genève. Il s'agissait de prendre un nombre de personnes au hasard, en excluant celles vivant en institutions (EMS, prisons, etc.) et d'analyser leur séroprévalence. C'est-à-dire la présence d'anticorps au coronavirus, signe manifeste que le virus est entré dans le corps, même si le patient n'a eu aucun symptôme. Par extrapolation, on peut ainsi calculer le pourcentage de la population d'une région qui a été au contact avec le coronavirus.

10% de séroprévalence à Genève

Et ces chiffres sont, malgré le nombre mondial d'infections et, hélas, de morts, très bas, comme le révèle un article publié ce lundi 6 juillet dans «The Lancet». Isabella Eckerle, du Centre de Genève pour les maladies virales émergentes et Benjamin Meyer, du Centre de vaccinologie de Genève ont comparé les données. À Genève, le taux de séroprévalence est de 10,8% et de 5% en moyenne nationale pour l'Espagne, mais avec des taux dépassant les 10% dans les zones urbaines autour de Madrid. Des chiffres comparables à ce qui s'est produit au plus fort de l'épidémie à Wuhan, en Chine, berceau de la pandémie. Toutefois, dans une nouvelle étude faite dans cette région, mais entre 4 à 8 semaines après le pic, ce taux n'était plus qu'à 3,8%, «même chez des travailleurs de la santé très exposés et malgré des centres de soins débordés».

Majorité non exposée au virus

La première conclusion est donc évidente: «la majeure partie de la population semble être restée non exposée au SRAS-CoV-2, même dans les régions où la circulation du virus est répandue». Grâce aux mesures de confinement? Non, puisque même la Suède, qui tablait plutôt sur l'immunité collective et ne s'est pas particulièrement protégée enregistre un taux de séroprévalence de 7,3%. Ce qui fait dire aux auteurs de l'étude que «toute approche proposée pour obtenir l'immunité collective par infection naturelle est non seulement hautement contraire à l'éthique, mais également irréalisable».

Donc non, la population ne s'est pas armée contre le virus et, puisque 90% des gens ne l'aurait pas attrapé, «la circulation du virus peut rapidement reprendre ses dimensions pandémiques précoces dans une deuxième vague une fois les mesures levées».

Immunité partielle et temporaire

En outre, on ne sait pas encore si les personnes qui ont développé des anticorps sont protégées d'une deuxième infection ou non. Par analogie avec d'autres virus, les chercheurs estiment qu'une immunité ne serait qu'incomplète et de plus temporaire, durant de quelques mois à quelques années. Sans compter, nous précise le professeur Eckerle qu'une personne partiellement immunisée pourrait à nouveau être infectée par le virus et, ne présentant peut-être pas de symptômes, pourrait toutefois être contagieuse. Donc le coronavirus a encore un réservoir de circulation considérable. Les chercheurs genevois concluent: «Comme nous sommes toujours au milieu d'une crise sanitaire mondiale sans précédent, de telles données de séroprévalence continueront d'être nécessaires aux autorités de santé publique pour estimer les taux d'exposition».

Michel Pralong

Au Tessin, une personne sur dix a développé des anticorps contre le virus

Afin de mesurer la diffusion du nouveau coronavirus parmi la population tessinoise, une étude sérologique qui s’étendra sur un an, de mai 2020 à mai 2021, a été lancée, a expliqué lundi lors d'une conférence de presse le Département cantonal de la santé publique.

Les premiers résultats obtenus sur la base d'un échantillon représentatif de 1500 personnes contactées, révèlent qu’au Tessin une personne sur dix a développé des anticorps contre le virus. Aucune différence n’a pu être établie entre le sexe et l’âge des personnes testées. Parmi les sujets asymptomatiques, cinq sur 100 étaient positifs au test sérologique.

Des enquêtes de séroprévalence ont aussi été menées dans les cantons de Genève et de Vaud en avril et mai. Elles servent à mesurer la proportion de la population qui a déjà été exposée au coronavirus. Pour Genève, le taux était de 10,8%, pour Vaud de 7%. - (ATS)

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