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Amérique latineNouvel appel à la grève en Colombie

Après un dialogue infructueux avec le président Duque mardi, un mouvement de grève doit avoir lieu mercredi en Colombie.

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Après la mort de huit dissidents Farc mercredi, l'armée colombienne a annoncé avoir tué quatre autres rebelles vendredi. (17 avril 2020)

Après la mort de huit dissidents Farc mercredi, l'armée colombienne a annoncé avoir tué quatre autres rebelles vendredi. (17 avril 2020)

AFP
La Haute commissaire de l'ONU pour les droits humains a alerté mercredi sur les homicides et autres abus présumés commis par des militaires et des policiers en Colombie, depuis l'accord de paix de 2016 avec l'ex-guérilla Farc. (Mercredi 26 février 2020)

La Haute commissaire de l'ONU pour les droits humains a alerté mercredi sur les homicides et autres abus présumés commis par des militaires et des policiers en Colombie, depuis l'accord de paix de 2016 avec l'ex-guérilla Farc. (Mercredi 26 février 2020)

Keystone
Mardi, les forces de l'ordre étaient encore déployées à la tombée de la nuit dans le centre historique, proche du siège de la présidence.  (Mardi 21 janvier 2020)

Mardi, les forces de l'ordre étaient encore déployées à la tombée de la nuit dans le centre historique, proche du siège de la présidence. (Mardi 21 janvier 2020)

AFP

Le mouvement social en Colombie ne faiblit pas avec un nouvel appel à la grève pour mercredi, la deuxième en six jours contre le président Ivan Duque, dont l'offre de dialogue n'a pas enrayé des manifestations d'une ampleur inédite dans ce pays.

«Toutes les actions de mobilisation sont maintenues», a déclaré Diogenes Orjuela, président de la puissante Centrale unitaire des travailleurs (CUT), à l'issue d'une réunion mardi avec Ivan Duque au palais présidentiel Casa de Nariño.

Il s'agissait de la première rencontre entre les leaders du mouvement, lancé le 21 novembre, et le chef de l'État de droite, très impopulaire après moins de seize mois au pouvoir. Mais aucun accord n'a été trouvé.

Mort d'un étudiant

Au nom du comité national de grève, le leader syndical a annoncé «manifestations (...) veillées et cacerolazos » pour le jour même, «grève pour la journée de demain» mercredi et «d'autres actions» à venir.

La mort lundi d'un étudiant de 18 ans, blessé à la tête au cours du week-end par la police anti-émeute, a amplifié le mécontentement, notamment des jeunes qui réclament la dissolution de l'Escadron mobile anti-troubles (Esmad).

Des centaines de personnes se sont regroupées mardi devant l'hôpital où est décédé Dilan Cruz. Un rassemblement silencieux a aussi été organisé ailleurs dans Bogota. «Nous voulons le démantèlement de l'Esmad. C'est une entité qui réprime la protestation sociale et nous assassine», a déclaré à l'AFP Juan Guerra, un étudiant de 19 ans.

Mécontentement accumulé

Sous la pression de la rue, qui conteste ses politiques économiques, sociales et sécuritaires, Ivan Duque, en fonction depuis août 2018, a lancé dimanche un «dialogue social» pour répondre à ce mouvement, inédit depuis les années 70, et assorti de concerts de casseroles, forme de protestation peu habituelle en Colombie.

Des milliers de manifestants occupent chaque jour les rues de Bogota et d'autres villes du pays, où une répression policière parfois brutale a suscité l'indignation. En majorité pacifique, le mouvement se solde à ce jour par quatre morts, environ 500 civils et forces de l'ordre blessés, tandis que 172 personnes sont détenues et que 60 Vénézuéliens ont été expulsés pour «actes de vandalisme».

Mardi, un policier a été grièvement touché par «un engin explosif non conventionnel», à Neiva, au sud-ouest de Bogota.

Impatience

Cette mobilisation contre Ivan Duque, qui pâtit de 69% d'opinions défavorables selon un récent sondage, intervient dans une climat de crises socio-politiques, sans dénominateur commun, qui secouent l'Amérique latine depuis plusieurs semaines.

Le président de 43 ans, sans expérience politique si ce n'est un mandat de sénateur, a proposé un «dialogue social» pour tenter de répondre au mécontentement accumulé dans un pays parmi les plus inégalitaires de la région, mais réduit au silence par le conflit armé.

«Nous sommes une génération qui a dû grandir en voyant les parents souffrir pour obtenir le minimum. Pour nous, l'enseignement public est réduit et souvent, c'est compliqué d'obtenir un prêt» pour étudier dans le privé, a déclaré à l'AFP Ivonne Garay, 23 ans, étudiante en psychologie.

Les Colombiens protestent aussi contre les retards dans l'application de l'accord de paix signé en 2016 avec la puissante guérilla des Farc, depuis transformée en parti politique, et contre une recrudescence de la violence financée par le narco-trafic.

«L'impatience des citoyens est grande (...) mais il est important de comprendre que les gouvernements ne peuvent faire de promesses, n'ont pas de baguettes magiques pour des solutions miraculeuses et immédiates», a argué Ivan Duque lundi.

Eventail de revendications

Initialement, les syndicats avaient appelé à la grève contre la volonté du gouvernement de flexibiliser le marché du travail, d'ouvrir le fonds de pension public au secteur privé et de reculer l'âge de la retraite.

Le dialogue proposé jusqu'au 15 mars vise à recueillir les propositions des Colombiens sur la lutte anticorruption, le chômage, une croissance économique équitable, l'éducation, le renforcement des institutions, l'environnement et la paix.

Selon son coordinateur national Andrés Molano, il s'agit d'élaborer un train de mesures législatives, des initiatives de politiques publiques, et de faire en sorte que les «inquiétudes» des Colombiens soient prises en compte par les maires, élus le mois dernier et qui prendront leurs fonctions en janvier.

Les leaders du mouvement ont présenté mardi un éventail de 13 revendications diverses, allant du retrait d'une réforme fiscale à l'engagement de ne pas privatiser des biens publics, en passant par la mise en oeuvre «immédiate» de règles anticorruption, selon le Comité national de grève.

(AFP)

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