Actualisé 21.02.2013 à 17:01

Afrique du sudNouvel enquêteur nommé dans l'affaire Pistorius

Alors que le principal enquêteur de l'affaire Pistorius a été inculpé jeudi pour tentative de meurtre, la justice a annoncé l'arrivée d'un nouvel enquêteur.

La directrice de la police nationale sud-africaine, Riah Phiyega.

La directrice de la police nationale sud-africaine, Riah Phiyega.

AFP

Un nouveau chef enquêteur a été chargé de l’enquête sur l’affaire Pistorius, a annoncé jeudi la directrice de la police nationale sud-africaine, Riah Phiyega. Il remplace son confrère, qui est sous le coup de poursuites judiciaires pour tentatives de meurtre après une fusillade en 2009

«Nous reconnaissons l’importance et la gravité de l’affaire», a-t- elle souligné au cours d’un point presse, annonçant la désignation d’un nouveau policier de haut rang pour poursuivre l’enquête dans le meurtre de la jeune mannequin sud-africaine Reeva Steenkamp tuée par le champion paralympique Oscar Pistorius le jour de la Saint- Valentin.

Inculpation pour tentative de meurtre

Jeudi matin, la police de Pretoria avait confirmé une information de presse, selon laquelle l'officier Hilton Botha est sous le coup d'une inculpation pour tentative de meurtre, pour avoir tiré sur un taxi collectif en 2009, alors qu'il était ivre.

L'affaire avait d'abord été classée, avant d'être récemment rouverte. Mais l'officier de police n'a pas été suspendu, et on lui a même confié cette affaire hyper-médiatique, où il avait en face de lui l'un des meilleurs avocats du pays.

Mardi déjà, l'officier avait été bousculé par l'avocat Barry Roux, donnant l'impression au public de la salle d'audience que le dossier de l'accusation s'effondrait pan par pan. Botha avait dû admettre successivement que ses hommes avaient «oublié» de prélever une douille dans la cuvette des toilettes, et étaient entrés dans la maison sans chaussures de protection.

Il avait aussi dû reconnaître la faiblesse de témoignages clés. Me Roux a eu beau jeu de noter qu'un témoin, affirmant avoir entendu des cris de dispute dans la nuit, habite à plus de 300 mètres de la maison de Pistorius. Et qu'un autre témoin, affirmant avoir entendu une femme crier entre deux séries de coups de feu, a fait état de cinq ou six tirs, alors que la police affirme que Pistorius n'a tiré que quatre fois.

Cette affaire va porter un nouveau coup à l'image de marque de la police sud-africaine, qui passe pour corrompue et peu compétente. Le mauvais exemple est venu de haut, deux des récents chefs de la police nationale ont été condamnés ou suspendus pour faits de corruption, en 2010 puis 2012.

La police sud-africaine critiquée

Le massacre de 34 mineurs en grève à Marikana en août a encore terni cette réputation. Mais aucun policier ni responsable n'a démissionné ni été sanctionné à la suite de cet événement, qui a pourtant bouleversé le pays. Le manque de rigueur de la police «est un désastre pour ce procès, et soulève des questions», a commenté l'analyste Frans Cronje, de l'Institut sud-africain des relations entre les races.

«Dans une affaire aussi importante, on verrouille tout pour être certain que rien ne peut mal tourner.» «15'000 personnes sont assassinées chaque année dans ce pays, et le taux de résolution des enquêtes est de 10%, ce qui donne l'étendue du problème», souligne-t-il.

Plusieurs de ses confrères notent en outre que l'affaire Pistorius, qui concerne des célébrités vivant dans un quartier huppé, bénéficie sans doute de beaucoup plus de moyens policiers que n'importe quelle enquête pour un meurtre dans une township.

Pour le criminologue et auteur de livres à succès Anthony Altbeker, il faut cependant relativiser les critiques: «De bons avocats peuvent souvent ridiculiser la police», dit-il. «L'enquête n'est pas terminée, il y a encore beaucoup d'inconnues et il y a probablement des éléments que la police ne veut pas révéler» avant le procès, selon lui. L'audience qui se tient cette semaine à Pretoria n'est en effet pas le procès de Pistorius, mais seulement une procédure pour décider d'une éventuelle remise en liberté sous caution.

(AFP)

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