09.08.2020 à 10:19

LibanA Beyrouth, la mobilisation fait tomber deux ministres

Les Libanais étaient à nouveau dans la rue ce dimanche pour dénoncer l’incurie du pouvoir. Deux responsables gouvernementaux ont annoncé leur démission.

Un manifestant libanais face à la police.

Un manifestant libanais face à la police.

AFP

Deux premiers membres du gouvernement ont démissionné dimanche au Liban. Des heurts ont opposé pour le second jour consécutif les forces de l'ordre à des manifestants accablés et furieux contre les autorités, cinq jours après l'explosion meurtrière du port de Beyrouth.

Lors d'une visioconférence co-organisée par l'ONU et la France pour aider le Liban (ci-dessous la diffusion de ladite conférence par l’Elysée), 252,7 millions d'euros d'aide -immédiate ou mobilisable à brève échéance- ont été collectés pour porter secours aux victimes de l'énorme déflagration, selon la présidence française.

La communauté internationale y a affirmé qu'elle n'allait «pas laisser tomber» le pays du Cèdre, mais exigé que son aide soit «directement» distribuée à la population et qu'une enquête «transparente» soit menée sur les causes de la catastrophe.

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Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)

Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)

Keystone
L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

AFP
Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

KEYSTONE

Face à l'ampleur du drame et l'ire de la population qui réclame le départ de l'ensemble de ses dirigeants, la ministre de l'Information Manal Abdel Samad (en photo AFP ci-dessous) a annoncé sa démission, la première d'un membre du gouvernement libanais. «Je m'excuse auprès des Libanais, nous n'avons pu répondre à leurs attentes», a déclaré Abdel Manal Abdel Samad devant la presse.

Manal Abdel Samad, ministre démissionnaire de l’Information.

Manal Abdel Samad, ministre démissionnaire de l’Information.

AFP

Quelques heures plus tard, le ministre de l'Environnement et du développement administratif, Damianos Kattar (notre photo AFP ci-dessous), annonçait lui aussi son départ du gouvernement «face à l'énorme catastrophe (...) et (...) un régime stérile qui a raté de nombreuses opportunités».

Le ministre démissionnaire de l'Environnement et du développement administratif, Damianos Kattar.

Le ministre démissionnaire de l'Environnement et du développement administratif, Damianos Kattar.

AFP

Le chef du gouvernement, Hassan Diab, avait rencontré dans la journée plusieurs ministres, les médias locaux évoquant de possibles démissions.

Un cratère de 43 mètres

La déflagration a fait mardi 158 morts et 6000 blessés selon un bilan officiel. Une vingtaine de personnes sont toujours portées disparues mais l'espoir s'amenuise de retrouver des survivants, a souligné l'armée.

Elle a été causée par 2750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées depuis six ans au port de Beyrouth «sans mesures de précaution», de l'aveu même du chef de l’Exécutif, Hassan Diab.

Dans un pays déjà mis à genoux par une crise économique inédite aggravée par l'épidémie de Covid-19, des quartiers entiers de Beyrouth ont été dévastés par l'explosion, qui a provoqué un cratère de 43 mètres selon une source de sécurité. Et des centaines de milliers de Libanais se retrouvent sans abri.

Un drone a capturé l’ampleur du désastre suite aux déflagrations survenues mardi.

Le président du Parlement, Nabih Berri, a convoqué une réunion du Parlement jeudi «pour interroger le gouvernement sur le crime qui a frappé la capitale», d'après l'agence de presse étatique ANI.

«Mon gouvernement m’a tuée»

Cette tragédie a revigoré la contestation inédite déclenchée fin 2019, qui s'était essoufflée avec la pandémie. Chômage, services publics en déliquescence, difficiles conditions de vie: un soulèvement avait éclaté le 17 octobre pour réclamer le départ d'une classe politique quasi-inchangée depuis des décennies. La crise économique s'était encore aggravée les mois suivants, malgré l'avènement d'un nouveau gouvernement.

Dimanche, sur l'emblématique place des Martyrs, des centaines de manifestants se sont à nouveau rassemblés, brandissant des drapeaux libanais, sur fond de chants patriotiques. Des tentes ont été installées pour distribuer du pain, de l'eau et des repas chauds.

Trois jeunes femmes ont brandi des portraits de leur amie Rawan, 20 ans, qui se trouvait lors de l'explosion dans le quartier de Gemmayzé, aujourd'hui dévasté (notre photo AFP ci-dessous). Ses proches l'ont retrouvée mercredi dans un hôpital, décédée. «Mon gouvernement m'a tuée», pouvait-on lire sur son portrait.

«Ceux qui sont morts payent le prix d'un Etat qui s'en fout, qui ne s'intéresse qu'au pouvoir et à l'argent», lâche Tamar, 23 ans. Plus tard, sur une avenue menant au Parlement, des manifestants ont jeté des pierres et tiré des feux d'artifice en direction de la police qui a répliqué avec des tirs de lacrymogènes, a constaté un correspondant de l'AFP.

Des amies de Rawan Misto, 20 ans, tuée dans les déflagrations de Beyrouth, réclament justice ce 9 août 2020 en brandissant son portrait affublé de la mention «Mon gouvernement m’a tuée».

Des amies de Rawan Misto, 20 ans, tuée dans les déflagrations de Beyrouth, réclament justice ce 9 août 2020 en brandissant son portrait affublé de la mention «Mon gouvernement m’a tuée».

AFP

250 blessés samedi

Les manifestants scandaient «Révolution révolution!", certains tentant d'escalader les imposantes barricades de fer érigées par la police dans le secteur du Parlement. Samedi, des milliers de manifestants avaient brièvement pris d'assaut les ministères des Affaires étrangères, de l'Economie, de l'Energie, ainsi que l'Association des banques.

Quelque 250 personnes ont été blessées dans les heurts de samedi, dont 65 hospitalisées, d'après la Croix-Rouge libanaise. Vingt personnes ont été interpellées, selon un comité d'avocats pour la défense des manifestants, qui a dénoncé la «violence excessive» des forces de l'ordre. Et un policier est mort d'une chute après avoir été agressé par des «émeutiers», selon la police.

«Pont aérien et maritime» français vers Beyrouth

La France a mis en place un «pont aérien et maritime» afin d'acheminer plus de 18 tonnes d'aide médicale et près de 700 tonnes d'aide alimentaire vers Beyrouth après la gigantesque explosion qui a frappé la capitale libanaise, a annnoncé samedi soir le ministre français des Affaires étrangères.

Huit vols – les premiers partis mercredi, dès le lendemain de la catastrophe – et deux liaisons maritimes sont pour l'heure programmés, a détaillé le ministère dans un communiqué.

Un cargo A400M de l'armée de l'Air a ainsi décollé dimanche matin d'Orléans (centre) avec du fret alimentaire et médical, a précisé l'état-major des Armées. Un Transall doit partir de la même base dans l'après-midi avec du fret de même nature. Samedi, un A400M avait déjà été mobilisé. Ces trois vols vont permettre d'acheminer au total 13 tonnes de produits alimentaires et trois tonnes de médicaments, a-t-on précisé au Quai d'Orsay.

(AFP/NXP)

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