23.07.2020 à 08:51

GrèceL’affaire de corruption de Novartis rebondit

Dimitris Papaguélopoulos, ancien ministre de la Justice (2015-2019), pourrait être jugé pour huit chefs d’accusation. Il est soupçonné notamment d’abus de pouvoir et de violation de devoir.

Le Parlement grec a ouvert la voie à des poursuites pénales contre un ancien ministre dans le scandale Novartis.

Le Parlement grec a ouvert la voie à des poursuites pénales contre un ancien ministre dans le scandale Novartis.

AFP

L'affaire judicaire Novartis en Grèce a pris une nouvelle tournure ce jeudi après le feu vert du parlement à des poursuites pénales contre un ancien ministre, réveillant la bataille politicienne entre le gouvernement de droite et son prédécesseur de gauche.

Le parlement grec a voté dans la nuit de mercredi à jeudi l'ouverture de poursuites pénales contre Dimitris Papangelopoulos, 68 ans, ancien ministre de la Justice du gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras (2015-2019).

Cet ancien ministre est accusé d'avoir exercé des pressions sur l'enquête pour corruption visant le groupe pharmaceutique suisse Novartis. Des pots-de-vins auraient été versés à des responsables grecs sous les précédents gouvernements de droite et socialiste.

Depuis la révélation de cette affaire il y a quatre ans, et l'implication de conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et de socialistes du Kinal (ex Pasok), la droite aujourd'hui au gouvernement accuse l'ancien gouvernement de Tsipras d'avoir orchestré cette affaire pour lui nuire.

Au total, 177 députés de ND et du Kinal sur les 180 présents ont voté pour l'ouverture de poursuites pénales contre l'ex-ministre de Tsipras.

Les élus de Syriza, le parti de Tsipras, aujourd'hui dans l'opposition, n'ont pas participé à ce vote.

Papangelopoulos est soupçonné notamment d'abus de pouvoir et de violation de devoir.

La Cour suprême grecque doit maintenant entamer une procédure judiciaire pour décider de son renvoi ou non devant une cour spéciale qui sera constituée ad hoc, selon la Constitution.

Pots-de-vin avérés

En juin, la filiale grecque de Novartis avait admis avoir versé, entre 2012 et 2015, des pots-de-vin à des employés d'hôpitaux publics du pays pour augmenter ses ventes de produits pharmaceutiques, selon un communiqué du procureur fédéral du New Jersey, aux Etats-Unis, où l'enquête pour corruption avait démarré.

Pour clore le dossier américain, Novartis a accepté de verser 299 millions d'euros (321 millions de francs) aux autorités américaines dans le cadre d'un accord amiable.

Le laboratoire a aussi avoué à cette occasion que des médecins avaient été rémunérés entre 2009 et 2010 pour participer à une étude épidémiologique, alors qu'il s'agissait en fait de les pousser à prescrire davantage de ses médicaments.

Des pratiques qui aurait permis à Novartis d'acquérir une position privilégiée sur le marché grec et de faire gonfler les prix, alors même que la Grèce traversait une grave crise financière.

Selon l'enquête menée par la justice grecque, ces pratiques ont coûté quelque 3 milliards d'euros à l'État.

Débat parlementaire houleuxLe vote au Parlement conclut une enquête parlementaire ouverte quelques mois après l'arrivée au pouvoir, il y a un an, du Premier ministre de droite de Kyriakos Mitsotakis.

Pour son parti, Nouvelle-Démocratie, et celui de centre-gauche Kinal qui forment la majorité gouvernementale, la révélation de l'affaire, en 2016, relevait du «complot».

Car l'enquête avait alors mis en cause plus d'une centaine de médecins et une trentaine de hauts fonctionnaires mais aussi une dizaine d'hommes politiques des précédents gouvernements, dont l'ancien Premier ministre ND Antonis Samaras (2012-2015).

Parmi eux, seul l'ancien ministre socialiste de la Santé Andreas Loverdos (2010-2012) est pour l'instant poursuivi pour corruption dans ce dossier.

Débat parlementaire houleux

L'enquête se poursuit concernant l'actuel ministre du Développement Adonis Georgiadis (alors ministre de la Santé) et l'ex-commissaire européen Dimitris Avramopoulos (également ancien ministre de la Santé).

Lors d'un débat parlementaire houleux, en l'absence du Premier ministre, Antonis Samaras a accusé les députés de Syriza d'avoir préparé «un complot misérable».

Adonis Georgiadis, ex-député d'un petit parti d'extrême droite avant d'adhérer à ND, les a traités de «pire bande qui ait jamais gouverné le pays».

Les alliés de Tsipras ont alors dénoncé «le revanchisme» des partis majoritaires qui tentent de «couvrir leurs responsabilités».

Pour Alexis Tsipras lui-même, «alors que le Premier ministre évoque +l'unité nationale+, il plonge en même temps la vie politique du pays dans la boue».

(AFP/NXP)

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