Votation: Nucléaire: l'initiative va trop vite pour les opposants
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VotationNucléaire: l'initiative va trop vite pour les opposants

Le 27 novembre, les citoyens devront décider s'ils veulent sortir du nucléaire d'ici 2029.

Si le peuple dit «oui», Beznau I, mise en service en 1969, devrait être arrêtée l'année prochaine.

Si le peuple dit «oui», Beznau I, mise en service en 1969, devrait être arrêtée l'année prochaine.

Archives/photo d'illustration, Keystone

La gauche juge l'énergie nucléaire dépassée et plus assez rentable. La droite et le Conseil fédéral mettent en garde contre un arrêt précipité et préfèrent miser sur la stratégie énergétique 2050.

L'initiative populaire des Verts veut débrancher les centrales nucléaires après 45 ans et remplacer le courant qu'elles produisent par des énergies renouvelables. Le PS, le PEV, les Vert'libéraux, quelques frondeurs de droite et plusieurs organisations de l'environnement la soutiennent.

Si le peuple dit «oui», Beznau I, mise en service en 1969, devrait être arrêtée l'année prochaine. Idem pour les centrales de Beznau 2 et de Mühleberg, construites en 1972. Gösgen devrait être arrêtée en 2024 et Leibstadt en 2029, soit dans treize ans. Les BKW, l'exploitant de Mühleberg, ont déjà décidé de fermer le site en 2019 pour des raisons économiques.

Selon les initiants, l'énergie nucléaire est dépassée et dangereuse, d'autant plus que le Parlement a refusé de renforcer la sécurité et de donner plus de moyens de contrôle à l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire.

En plus de ces risques, le nucléaire est un «fiasco financier». Avec les bas prix de l'électricité, il n'est plus rentable. Les initiants craignent qu'au bout du compte, ce soient les contribuables qui paient la facture.

Stratégie énergétique préférée

Si le Conseil fédéral admet qu'une alternative doit être trouvée au nucléaire, il refuse d'agir de manière aussi précipitée. Car développer les nouvelles énergies renouvelables, comme le solaire ou l'éolien, prend du temps.

La droite et le gouvernement préfèrent miser sur la stratégie énergétique 2050. Elle pose les jalons d'un retrait par étapes en visant une réduction de la consommation d'électricité, un accroissement de la part de courant vert et une réduction des émissions de CO2. Adoptée en septembre par le Parlement, elle est cependant remise en cause par l'UDC, qui a lancé un référendum.

L'initiative, en imposant l'arrêt de trois centrales en 2017, forcera la Suisse à importer de l'énergie de France ou d'Allemagne, où elle est produite par des centrales nucléaires, ou pire, à charbon. Cette vision est donc contre-productive, critiquent les opposants.

Dédommager les exploitants

Finalement, débrancher prématurément les centrales pourraient aussi coûter très cher à la Confédération. Leurs propriétaires pourraient en effet réclamer des dédommagements à hauteur de centaines de millions de francs, selon la ministre de l'énergie Doris Leuthard.

La Confédération a déjà dû indemniser deux exploitants. En 1989, elle a versé 350 millions de francs suite à l'arrêt de la construction de la centrale de Kaiseraugst (AG). En 1996, un arrêt du Tribunal fédéral l'a contrainte à débourser 227 milllions pour avoir provoqué l'avortement de la centrale de Graben (BE).

Un oui et six non depuis 1979

Le peuple suisse s'est déjà prononcé sept fois concernant l'énergie nucléaire. Son seul oui date de 1990, lorsqu'il a approuvé un moratoire de dix ans sur la construction de centrales atomiques.

Cette initiative lancée peu après la catastrophe de Tchernobyl (1986) a obtenu 55% des voix malgré l'opposition du Conseil fédéral et du Parlement. Le même jour, une initiative socialiste proposant l'abandon progressif de l'énergie nucléaire a été rejetée par 53% des votants. En 2003, le peuple a refusé par 58% de prolonger de 10 ans le moratoire et de limiter dans la foulée la durée d'exploitation des centrales à 40 ans.

Les Suisses s'étaient déjà prononcés trois fois dans les années 80. La première initiative sur l'énergie nucléaire a été rejetée de justesse (51% de non) en 1979. En 1984, le peuple a repoussé deux initiatives des organisations écologistes par 55 et 54% des voix. La première réclamait «un avenir sans nouvelles centrales nucléaires». L'autre proposait de favoriser, en compensation, les énergies renouvelables, notamment par des taxes sur les autres agents énergétiques.

Cinq centrales

La Suisse compte cinq centrales nucléaires. Elles sont entrées en service entre 1969 et 1984. Actuellement, deux d'entre elles ne fonctionnent pas. La production varie donc beaucoup selon le site et l'année.

(ats)

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