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Attentat de Boston«Obama a la larme sélective»

L'UDC jurassien Dominique Baettig se dit écœuré par l'attitude de Barack Obama, qui ne pleure les victimes que quand elles sont Américaines.

par
Renaud Michiels
Dominique Baettig: «Les larmes d'Obama, ce sont des larmes qui préparent la répression ou la guerre».

Dominique Baettig: «Les larmes d'Obama, ce sont des larmes qui préparent la répression ou la guerre».

Keystone

Le contre-pied est parfait. Tandis que l'on suit depuis une semaine l'attentat qui a endeuillé le marathon de Boston, le destin tragique des victimes ou la traque des suspects, Dominique Baettig fustige, lui, «l'indécence d'Obama». Dans un courrier publié hier par Le Temps, l'ancien conseiller national (UDC/JU) dénonce «l'attitude compassée, hollywoodienne» du président américain. Pourquoi cette charge? Il s'explique.

Vous estimez que les larmes d'Obama, c'est du chiqué?

Je ne sais pas si ce sont des larmes de crocodile. Mais les Etats-Unis mettent en scène de façon hollywoodienne et indécente l'attentat de Boston. Ça me choque.

Qu'est-ce qu'il y a de choquant? L'attentat a fait 3 morts et plus de 100 blessés: il y a de quoi être ému, non?

Oui, et les actes commis à Boston sont évidemment injustifiables et horribles. Mais je remarque que M. Obama pleure pour les siens, pas pour les autres. Il a la larme sélective. C'est ce «deux poids deux mesures» que je veux dénoncer: quand ce n'est pas sur leur sol, les Etats-Unis font preuve d'une indifférence voire d'un mépris total pour les vies humaines.

A quoi pensez-vous?

Barack Obama est le président américain qui a autorisé le plus d'assassinats ciblés de terroristes ou supposés terroristes. Des interventions qui font beaucoup de victimes innocentes. Mais il ne pleure pas quand un drone fait exploser une voiture avec toute une famille en Afghanistan ou au Pakistan. L'histoire du petit garçon américain qui a embrassé son papa avant de succomber dans l'attentat de Boston a tourné en boucle sur tous les écrans américains. Mais les enfants du Pakistan ou d'Afghanistan tués par des drones n'ont pas droit à une seule seconde sur ces mêmes écrans. D'ailleurs ils n'ont ni nom ni visage. C'est exécrable: la perte d'une vie innocente a partout la même valeur!

Vous jugez Obama indécent. Mais votre critique qui tombe alors que les Etats-Unis sont en deuil n'est-elle pas elle aussi indécente?

C'est un coup de gueule qui répond à un coup de larmes. Mais l'indécence est de pleurer sur les écrans intérieurs tandis qu'on massacre de manière aveugle à l'extérieur. Et je voulais aussi attirer l'attention sur ce qui est en train de se passer: les Etats-Unis sont très forts pour nous dire qui sont les méchants et les gentils avant même d'avoir toutes les réponses. Ils nous refont le coup du 11 septembre, avec les policiers et pompiers érigés au rang de héros de la nation. Cet art maîtrisé de l'utilisation de la sensibilité de la population me semble suspect. Barack Obama conditionne l'opinion, il la chauffe. Et je pense qu'il va l'utiliser.

Que suspectez-vous?

On peut tout imaginer. Une restriction de l'accès aux armes. Une limitation des droits civiques, comme ça a été le cas après le 11 septembre avec le Patriot Act. Voire une opération militaire d'envergure au Moyen-Orient. En tout cas, je sens que les Etats-Unis vont utiliser la situation. En matière de politique extérieure, de realpolitik, Obama est exactement comme Bush. Et ses larmes, ce sont des larmes qui préparent la répression ou la guerre.

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